‹ La philosophie des médecins grecsChapitre 80 sur 83 · M PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

M PHILOSOPHIE

soit PlaLon. D'abord, nous avons le bonheur de pouvoir lire ces deux maîtres dans leurs propres ouvrages. Ensuite, le parallèle qu'en lait Galien n'est ni complet ni exact. 11 les compare seulement sur trois points: la Ihéorie des facultés de l'âme, celfe des éléments, celle de la méthode. Et pour ne pas parler de la théorie des éléments , d'un médiocre intérêt aujourd'hui, il ne parait pas démontré que les deux autres aient été communes aux chefs de l'école de Gos et de l'Académie (1). Le véritable intérêt du traité Des Dugmes d'Hippocrate et de Platon, on ne s'y attendrait guère , est dans les nombreuses et précieuses indications qu'il nous fournit sur la théorie des facultés de l'âme du stoïcien Chrysippe.

Voici l'explication de ce phénomène.

Le traité Des Dogmes d'Hippocrate et de Platon est très-inégalement partagé entre les trois théories cidessus mentionnées. Des neuf livres dont il se compose, le dernier a trait à la méthode, l'avant-dcrnier aux éléments, et les sept premiers à l'âme, c'est-àdire à ses facultés et à leurs sièges. Pourquoi celte disproportion 7 La raison en est à la fois dans les circonstances et dans la liberté de composition habituelle à Galien. Son vérilable objet est de montrer que la théorie de trois facultés résidant en trois organes, ordinairement considérée comme exclusivement platonicienne, est commune à Hippocrate et à Platon. Mais les stoïciens sont là, dans la personne des disciples de Ghrysippc, qui soutiennent la thèse contraire d'une faculté unique résidant en un organe unique. Et Galien de partir en guerre. Et comme,

(!) Voir Ri-iieviintiofl. Iiipp., p. -23, et P/ii/s. hipp.,p. P

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IIIILOSOPHIE.

paraît-il, l'ennemi, attaqué, riposte, et que Galien prétend rester maître du terrain, l'allaire se prolonge indéfiniment. De là les chapitres s'ajoutait aux chapitres, et les livres aux livres. De la une discussion acharnée, et qui, quand ou la croit finie, recommence de plus belle. De là tous les arguments de Chrysippe reproduits, pour otre réfutés. De là, non pas sans doute une exposition suivie de la théorie de Chrysippe, mais une exposition libre, à bâtons rompus, très-étendue toutefois et très-variée, bien faite pour nous instruire et nous édifier dans la pénurie où nous sommes.

Mais ce n'est pas tout. Si Galien se bornait à reproduire le fond de l'argumentation de Chrysippe, nous n'aurions rien ù ajouter à l'analyse que nous en avons donnée dans une autre partie de ce livre (1), et nous n'aurions pas lieu d'écrire ce chapitre. Mais Galien fait plus. H interroge deux traités de Chry- : l'un De l'âme (V* livre) , l'autre Des passions, où ce philosophe avait soutenu la thèse stoïcienne en la renouvelant et la corroborant; et, pour plus d'exactitude, il prend la forme avec le fond et cite textuellement son auleur. Il nous donne ainsi île nombreux extraits de deux ouvrages perdus, et nous permet de nous en faire quelque idée. 11 est vrai que le médecin, dans ses citations, ne s'astreint pas toujours à l'ordre suivi par le philosophe ; mais il y tel passage où cet ordre est assez clairement indiqué, et, sur quelques-uns des points obscurs, Diogène Laërce et Cicéron nous fournissent, sinon une pleine lumière, du moins des lueurs encore bien précieuses.

(1) Voir ci -île va rit, Pitjcluilogie de Galien, eh, ni, p, 3M,

Il n'est donc pas impossible, avec les données de Galien et les éclaircissements de Cicéron et de Diogène Laërce, de restituer en quelque mesure le premier livre du traité De lame de Ghrysippe, et les quatre livres de son traité Des passions : c'est ce délicat et curieux travail que je vais mettre sous les yeux du lecteur.

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