LIVRE II
«7 se sert des hommes pour communiquer aux hommes la vie naturelle.
Habiliter les hommes au ministère du salut, leur commu-* iiîquer Tart divin de se sanctifier les uns les autres , telle est la mission spéciale de FEsprit sanctificateur. Esprit de vérité, c'est lui qui a inspiré, qui inspire encore toutes les paroles de vérité qui dirigent les âmes dans les voies de la sainteté et de la justice; c'est lui qui a parlé par les prophètes de l'ancienne loi, comme dit le Symbole de Kicée; c'est lui qui chaque jour nous parle par les ministres de la nouvelle loi , qui disent comme les apôtres : Il a paru à V Esprit^Saint et à nous (1). Esprit vivifiant, c'est lui qui a communiqué aux sacrements, soit de Tancienne , soit de la nouvelle loi, leur puissance vivificatrice.
Il y a toutefois une grande différence entre l'action du Saint-Esprit sur le vieux monde et son action sur le monde régénéré.
D. Quelle est cette différence?
R. La différence est en ceci, que, avant l'incarnation du Fils de Dieu, l'action de TEsprit-Saint sur les âmes était Toilée, restreinte, intermittente, irrégulière. — Voilée : le mystère de la sainte Trinité n'étant pas généralement connu chez le peuple juif, l'Esprit-Saint n'était généralement ni conDU ni invoqué comme lé sanctificateur et le gouverneur des âmes. — Son action était restreinte, chez les Juifs, à l'enseignement d'une loi imparfaite et à l'administration de sacrements peu abondants en grâces. Son action était intermittente , les prophètes, ses principaux ministres, ne paraissant qu'à de grandes distances les uns des autres. Elle était irrêguUérej en ce sens que, sanctifiant les Juifs par la foi au Bédempteur et la pratique de la loi de Moïse, il n'éclairait et ne sanctifiait les gentils de bonne volonté que par des voies particulières. En somme, avant Jésus-Christ, l'Esprit- Saint agissait sur les âmes, mais il n'agissait pas avec la
(I) Actes des apôtres^ xv, 28.
258 LA PHILOSOPHIE DU CATJ&GttlSME CATHOLIQUE.
permanence, la régolarité, l'éclat et la plémt\icle de lumière et de \ie qu'il devait déployer dans le gouvernement de la nouvelle Église. Cette prodigieuse effmion de Vespril de Dieu sur toute chair, prédite par les prophètes (1), devait être le résultat de la mission du Saint-Esprit, que le Fils obtiendrait du Père, et qu'il promettait à ses apôtres la veille de son sacrifice.
Je suis sorti de mon Père , leur dit-il dans le disœurs de la Cène, et je suis venu dans le monde ; maintenant je laisse le monde, et je retourne à mon Père... Et je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous : V Esprit de vérité , que le monde ne peut recevoir , parce qu'il ne le voit pas et qu'Une le connaît point. Mais vow^, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et qu'il sera en vous... Mais l'Esprit- Saint consolateur, que le Père vous enverra en mon nom9 vous enseignera toutes choses et vous suggérera {rappellero) tout ce que je vous aurai dit... Il vous est avantageux que je m'en aille; car si je ne m'en vais, le consolateur ne viendra point à vous ; mais si je m'en vais, je vous V enverrai. •* Il me reste beaucoup de choses à vous dire, mxiis elles ipnt encore aurdessus de votre portée : mais quand V Esprit de vé' rite sera venu, il vous enseignera toute la vérité.. . Celui4à me glorifiera, de même que, moi, j'ai glorifié mon Père (2).
Indiquons ici, en passant, un sujet de méditation pour le philosophe catholique qui veut s'élever, sur les ailes de la foi, à la contemplation du système général, reliant le créé à l'incréé.
Dieu, ayant créé l'univers et l'homme par l'inspiration de lamour, a du les créer à son image et ressemblance; car le propre de l'amour est de tendre à s'imager, à se reproduire. Nous devons donc trouver dans la création première de l'univers et dans sa régénération l'image de& générations divines.
(1) Actes des apôtres, II, 16*21.
(2) Saint Jeao, XIV» ti, 17, 26; XVI, 7, 12-14, 28; XVII, 4.