‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 134 sur 230 · LIVRE III. 3H · texte numérisé non relu

LIVRE III. 3H

entretenus par les sueurs de millions et de millions de laboureurs esclaves.

Quant aux temps modernes, croyez- vous que l'humilité chrétienne ait perdu sa divine énergie, sa merveilleuse fécondité , et que ses œuvres redoutent la compai:aison avçc les œuvres des vertus philosophiques? Mettez en présence deux vies très-connues, posées, Tune dans le mépris, l'autre da^ l'adoration de soi.

D. Lesquelles? : . ,. s .j,.

K. La vie du saint prêtre Vincent de Paul et celle dû philosophe Jean-Jacques. — Je n'ai pas besoin de détailler les œuvres du premier, On ne peut expliquer les prodiges de sa bienfaisance , embrassant l'universalité des misères présentes et futures, que par la belle maxime du thaumaturge :, JWeu entft en nou$ dans la juste mesure que lui fait l'humilité. Son humilité fut, comme sachante, sans bornes. Arrivé à la fin d'une carrière qui suffirait à la glorification devant Dieu et devant les hommes de cent prêtres, le saint vieillard ne savait comment exprimer l'horreur qu'il avait de lui-même et le mal que lui faisaient les éloges (1).

Écoutons maintenant le philosophe portant à Dieu et aux hommes cet inconcevable défi, à la première page du livrjB de ses Confessions : « J'ai dévoilé mon intérieur tel que tu Tas vu toi-même, Être éternel! Rassemble autour de moi rinnombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions..., et puis qu'un seul dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là ! » El que fut-elle, cette vie qu'il osait dire, à l'épreuve du re|?ard de Dieu et des hommes ? Elle fut, de son propre aveu^ un tissu de puérilités, de cou-' tradictions , de bassesses , de turpitudes , une perpétuelle

(I) « Un trèS'digiie prélat, voyant M. Vincent s'hiiniiliei* en fouJcs < lio.-es, no pnts'enipéc'hot' de lui dire qu'il éiait un parfait chiôlicn; snr (pioi vv.l luitnjtl^ srrvlteiir de i)iru sY'cria : «G MonscigHtiir, (|ii»' (llh^s-vons? moi un p;irfait chrétien î On nie doit plutôt tenir pour un damné, vi pour le plus grand pécheur de TuoiYcrs. » Vie de saint Vincent de Paul, par Abelly, ch. 13, sect. I.

adoration de lui-même. INous y voyons le mépris des liens du mariage et de la famille. Les hospices que Yincent avait ouverts aux enfants abandonnés, le philosophe les peuple des jeunes victimes de son concubinage et de son humeur en* nemie de toute gène. Les bagnes j oùja charité de Yincent faisait revivre le repentir et la vertu , qui pourrait dire le nombre d'habitants que leur a procurés Tapolc^ste du vice et le fanatique blasphémateur qui déclara la religion cbré^ tienne plus antisociale que celle des Lamas et des Japonais ! Que devons-nous encore à ce discoureur sensible , qui n'a pas une ligne d'éloge pour les viciées admirables que Yincent consacra au soulagement et au service de tous les genres d'infortunes, mais qui a des milliers de pages propres à créer des Héloise , des Sophie , qui ne sortent des temples du vice que pour être jetées par la justice dans les couvents du crime ? Nous lui devons les doctrines sauvages du Discours sur l'inégalité et du Contrat social, deux livres dont on a dit avec raison qu'ils ont fait tomber plus de têtes qu'ils ne contiennent de lettres. Nous lui devons enfin VÉmile , c'est-à-dire un plan d'éducation qui substitue aux enfants de Dieu et de l'Église des enfants de la nature, n'ayant foi qu'à eux-mêmes, n'aspirant qu'aux jouissances, ne redoutant d'autre enfer que celui du travail et des privations.

L'Europe actuelle , menacée par le poignard de millions d'Émiles enrégimentés par le socialisme, croyez-vous qu'elle puisse se sauver autrement que par l'esprit de sacrifice et de dévouement qu'inspire l'humilité chrétienne ? Et si elle périt, ne sera-ce pas par le débordement des filles de l'orgueil : l'avarice, l'envie, la luxure, la gourmandise, la paresse , et une colère montée jusqu'à la rage contre tout ce qui leur fait obstacle ?

D. Ces considérations me paraissent très-propres à corriger la fausse idée que l'on se fait dans le monde au sujet de rhumilité. Mais , pour exalter cette vertu , ne lui attri-

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