LIVRE III
les illusions de l'esprit, fout éclater le cœur en transports <)'ambury de reconnaissance, de repentir. Lisez les tliéolo^ giens plus fameux par le talent et Térudition que par Tesprit de prière, vous j trouverez moins de véritable science de Dieu, de rhpmme et du monde, que dans le paysan et l'ouvrier qui ont Fhabitude de s'entretenir avec Dieu de la parole de leur catéchisme et de celle de leur pasteur. Que àe fôîs le prêtre, partagé entre Vétude et l'exercice du saint ministère, a pu faire cette observation et répeter la parole du Maître : Je vom bénis, 6 Pèire, Seigneur du ciel el de la lerre , de ce que vous avez révélé aux petits ces choses cachies aux sages et aux soLvants {\y\
A ces trois moyens d'instruction : écouter, lire, méditer, j'en ajouterai un quatrième pour les hommes d'étudq^ Rapporter tfàutes ses connaissances à leur unique but ; la conncUssance et l'amour de Dieu. Cela importe beaucoup plus qu'on ne pense au progrès scientifique, rien n'étant plus vain, plus léger que les esprits dans lesquels la science de Dieu n'occupe pas sa légitime place ^ c'est-à-dire la première (2). Cela importe surtout au salut de notre âme, que la science enfle j ballonne, expose à périr par Te météorisme de l'orgueil, quand la charité ne l'édifie pas. Cela est facile, naturel à tout esprit sérieux qui n'étudie pas en perroquet. Quelle idée peut-on se faire, soit de la nature en général, soit de chacune de ses parties : l'homme, les animaux, les végétaux, les minéraux, les astres, si l'on n'y voit pas avant tout Vœuvre du Dieu des dieujCj qui, après avoir parlé, presque sans succès, aux hommes, par ses œuvres et ses prophètes^ nous a enfin parlé par son Fils{i), et donné la clef de la science universelle ? En repoussant les données de la foi, les sciences naturelles ont perdu leur àme : ce sont des cadavres dont la dissection et l'analyse peuvent amuser l'esprit, mais n'ont rien qui élève la pensée. Les dix raille volumes que
(1) s. MaUliieii, XI, 25.
(2) Sagesse, xm^ ï,
(3) s. Paul, flwa? Hébreux, f, 1, 2.
nous ont donn& dans ces derniers temps rantbropologie, la zoologie, la botanique^ la minéralogie, rastronomie, etc., ne valent pas la page que Linné a mise à la tête de sou 5y^ time de la nature (1). On ne saurait trop répéter les a\is suivants aux personnes qui veulent avancer dans la connaissance et l'amour de Dieu, et y faire avancer les autres. Après la théologie surnaturelle, votre principale étude doit être celle de la théologie naturelle (dont on a donné un l^er spécimen dans Fétude du premier fait). — Si vous ne rattachez pas, par d'heureux rapprochements, aux iaits de l'ordre visible les vérités de l'ordre invisible , celles-ci auront peine à fixer la légèreté de votre esprit et ne diront rien à votre imagination, qui est une des grandes puissances de l'âme. — S'élever sans cesse, par la comparaison, du spectacle des choses sensibles à la considération des choses supérieures aux sens^ c'est la méthode de l'Évangile^ la méthode des saints, la méthode la plus convenable à notre nature sensuelle. — Il est dans la destinée des créatures de nous mener au Créateur ou de nous eu détourner (2), et l'expérience prouve que les mouvements du
(1) Deum sempitemum, omnisciunif omnipotentem a tergo transeun--
tem vidi et obstupui I Legi aliqtM ejus vesiigia « Tai Ta passer l'Être
étemel, qui sait tout, qui peut tout, et j'ai été dans l'extase de l'admiration ! l'ai osé suivre de loin ses traces en contemplant ses ceufres : même dans les plus petites, les plus imperceptibles, quelle énergie t quelle sagesse! quelle indicible perfection ! J'ai tu les animaux reposer sur les végétaux, les végétaux sur les minéraux , les minéraux sur la terre ; la terre entraînée autour du soleil, où elle puise la vie ; le soleil roulant sur son me, entraîner toutes les planètes dans sa sphère. J*ai vu le système du monde, le nombre incalculable des soleils suspendus dans le vide, recevant le mouvement et la vie du pre* mier des moteurs, de l'Être des êtres, de la cause première de Ions les effets, de celui qui régit, anime et conserve le grand œuvre, du maître et du sublime
architecte des mondes Si vous le nommez Providence, vous parlerei
avec justesse ; c'est par ses conseils que le monde est régi C'est celui
sans lequel rien n'existe, qui a tont coordonné; qni, en se couvrant d'un voile impénétrable, nous éblouit cependant par les actes de sa toute-puissance, ou ne peut l'entrevoir que par la pensée ; les sens n'ont aucune prise snr son essence; l'esprit seul peut connaître ses attributs en contemplant ses ceuvres, etc., etc. » Systema nattirâe, sub init, (2) Sagesse, XW^ii,