LIVRE III
réteruel cantique que l'Esprit-Saint met dans leur bouche : Nous n'QVQns été que des insenséSj 7iqiis qui avons accusé dç folie les serviteurs d§ DieUj etc. (1).
D. Commept préserver sa foi?
R. I)'a))Qrd, çn la pratiquant , en la fortifiant p^ir les raoyeps indiqués : inslructiop, méditation. Oq ne s'attache aux yépXé^ religieuse|§ qu'autant qu'oii les aime. On nç les aim^ qu'autant qu'on les pratique. La véritable sagesse^ dont la foi e$t le principe,^ n'habite pas élans une âme (iff^ctiqnpié,^ au désordre, ni dam un corp^ so^iyiw qu péché (3), pi Vorgweil est le ^and enuemi d^ la foi, ses flUes le «ont m^\y surtout l'ayaricfî çt la lu^ur^, Le propre dç ces deux passions est de ravaler, d'aveugler, d'apimali^er rbQiUQ)^- Qr VhQni^m^ animal ne çomprmél, rien aux chQses ^ Vesj^rit i^ Dieyi (3). Que d'incrédules à qui ou pourrait dire ayeç Pascal : « Quittez VQ^ pa^sjous , et vpu^ croi-
re^'! «
Jl faut eppuite ($nter comme la peste les entretiens et le« lectures contraires h la foi. Il n'y a qu'pne raison de prêter l'oreille aux discours des geu^ sans religion : la charité, ^pand» étaut sqi-iuême bien instruit, ou espère qu'eu les écoutofiti ou pourra s'eu faire écouter e,t dissiper leur iguoronoç. Quaut ^ux livrei^ contraires à la foi , frappés expr^gément ou ^luplicitement de la réprobation de r£;glise,^ 1q qftftpUque pe peut ni les lire, ni même les retenir sans permission ; et quand on a cette permission y la prudence chrétienne veut qu'on eu use, non pour satisfaire sa curip^it^, mais pour se mettre eu état de mieux défendre la rel|g}on çpntre ses ennemis. Celui qui, au mépris de ces règles, veut écouter et lire le pour et le contre, et croit son àme à l'abri des poisons de Terreur, est un sot orgueilleux qui a déjà perdu le don de la foi, puisqu'il ose s'établir juge entre les enseignements de l'Église de Je-
(1) Sagesse, Y, 4-14.
(2) IMd., I, 4.
(3) S. Paul, Prem. ép. aux Cor.y II, 14,
324 LA PHILOSOPHIE DtJ CATÉCHISME CATHOLIQUE.
sus-Christ et les enseignements contraires. Il portera bientôt la peine de sa présomption en allant grossir le troupeau des libres penseurs , condamnés à tout croire, à tout adorer, hors ce qu'il est juste de croire et d'adorer.
Il faut, en troisième lieu, éviter les investigations de pure curiosité en matière de foi, sachant que Jésus-Christ, en nous enseignant toujours par son Église , s'est proposé de faire, non des philosophes capables de tout discuter, mais des disciples dociles qui , par la simplicité de leur foi et l'abondance de leurs bonnes œuvres , se rendent moins indignes de voir un jour la lumière dans la lumière (1), et d'arriver à la science universelle en possédant Celui qui en est le premier et le dernier mot.
Chercher dans les vérités de la religion une évidence que nous ne trouvons pas dans les sciences naturelles, qui ne sont, ainsi que je l'ai observé ailleurs, qu'un assemblage de mystères, c'est une grande déraison. Elle ne se trouve guère que dans les esprits affolés par Torgueil du demisavoir, dont le propre est d'ignorer les profondeurs de Fignorance humaine. Cette disposition mène droit à Thérésie, et l'hérésie, en ne voulant croire que ce qu'elle conçoit, est logiquement poussée aux absurdités de Tathéisme; car comment concevoir clairement un être éternel, infini, etc.? Autant la raison et le bon sens nous démontrent que cet être existe, autant ils nous disent qu'il ne peut être bien connu que de ceux à qui il lui plaira de se faire connaître. En somme , si l'existence de Dieu est un fait éminemment démontrable par les lumières de la raison , la vraie notion de Dieu ne peut être que le fruit des lumières de la foi.
uvRE m. 325
De l'espérance et de la crainte de Dku.
D. Qu'est-ce que l'espérance?
B . C'est une Tertu surnaturelle, par laquelle nous attendons de Dieu la vie éternelle et les moyens d'y arriver.
L'espérance est la seconde fille de l'humilité , opposée à la seconde fiiUe de l'orgueil : la cupidité.
L'àme orgueilleuse , repoussant ou mettant en oubli les promesses de la foi, ne croit qu'à ses lumières, n'estime et n'aime que ce qu'elle voit de ses yeux et palpe de ses propres mains ; rien donc de plus naturel que de la voir aux pieds des idoles vivantes ou inanimées que lui offre la terre. L'âme humble , au contraire, s'attachant à la parole de Dieu comme à la source infaillible du vrai, découvre, à l'aide du télescope de la foi, un monde infiniment supérieur à notre pauvre planète. Ce monde éternel, infini, c'est Dieu même, Dieu le Père, Di^ le Fils, Dieu le Saint-Esprit ; c'est l'adorable Trinité qui était tout, avaut que, par un jeu de son amour, elle eût créé l'universalité des mondes, qui est encore tout et qui sera à jamais le Grand-Tout, puisque les mondes , avec tout ce qu'ils renferment , n*ont été , ne sont et ne seront que parce qu'elle a dit : Qu'ils soient !
Ce Dieu nous dit qu'il aime grandement les âmes créées à son image, et qu'il veut être leur étemelle récompense ( 1 ), Et comment en douter, quand nous voyons le Fils envoyé par le Père s'humilier jusqu'à la mort de la croix, pour nous délivrer de l'étemelle mort, et le Saint-Esprit, envoyé par le Père et le Fils , soutenir depuis dix-huit cents ans cette Église dont l'unique but est de nous conduire à la possession du royaume éternel que Jésus-Christ nous a mérité par son sang P La foi aux promesses divines ne doitelle pas nous faire soupirer après notre demeure étemelle ,
(1) Genèse, XV, i,^ Sagesse, xr, 27.
considérer ce monde comme uti lieu d'exil et de passage, et ses richesses comme un mal, si nous ne les faisons pas servir à l'acquisition du bien suprêitief
C'est ainsi que la foi , fondée sur l'humilité, engendre l'espérance, ayant-goût du ciel , qui consolait Job sur sou fumier, enivrait de joie les martyrs au milieu des tortures, sanctifiait les Gharlemagne, les Louis IX , et tant d'autres , au sein des splendeurs du trône.
D. Oui, certes, l'espérance est une belle vertu, très -nécessaire au petit nombre des heureux du siècle pour tempérer leurs joies, et à l'immense famille des malheureux pour essuyer leurs larmes et élever leur cœur vers un meilleur avenir ; mais n'est-il point à craindre qu'à force d'exalter ce sentiment, on ne jette un peu les âmes dans l'indiiïérence pour les intérêts matériels, qui ont pourtant leur prix ? M 'estce pas le reproche que l'on peut faire avec quelque foudement aux nations catboliques qui ont été plus fécondes en prodiges ée sainteté qu'en prodiges de travail et d'industrie?
li. Gomme ce reproche sera la matière de la dernière partie de nos entretiens , souffrez que je ne le discute piis ici. En attendant, yeuillez bien ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans les pays catholiques ou non ^ et me dire si c'est pour Taincre l'indifférence générale en matière d'iutérêts matériels, que l'Europe tient sur pied près de deux millions de soldats^ l'arme au bras, le sac sur le dos.
Il me semble) à moi, qu'Une sainte indifférence pour les biens de (se monde est la condition indispensable pour en faire un bon usage, et je trotive que saint Paul pensait de même , lui qui , écrivant aux Corinthiens ^ disait de lui et de seA collègues : Nous êommes pauvtêê^ et nom 9n enrichiisons beamoup; nous ne poi^édon$ n>n, et nous diêposmis des poss^siôïis destiutres (1). Et, de fait^ qui à imj^riméun ihotiTement plus utile aux richesse!; de ce monde et les a fait arriteraux niains d'un plus grand liotnbffo^ que Ces douze pauvres?
(1) Deux, ép., VI, 10.
LitHÈ) lu. 3âT
Le meilleûi* ébïploi des richfessesl, même âU pbiîit de tue ccoiiomiqiie et social, est de les Communiquer à ceux qui n'étt but pak. C'est ce (juis lie fait pas celui qui les aittiei il ne Yoit dans la richesse Jqu'un moyen de s'etttichir eucôre, et dans l'âbôhidâtit5ë des richesses qil'Ufa ttloyeU de jouir : Sd «Upidité ne ptôdtiit qUe Aëi paiiTtéfe^ sa feettâtt»lité que des tictiihes. Ld sjdnt, dti dôrittail^ë , qui méprise Yot et i'argëut, lè^ èiiipldie à ddUlaget* les pauvres et à les gagner à la tertd. Detix oti tms exemples^ qUe je prefads au hasard dans lei^ Annales dés saints.
Ail (JtiàtHème Sièfclë, tirait eii L;tcië UU jeUne homme dd nom de lîicblà^ y dëf &na deptdë le grâtid et ëaint évéque dé Myre, Maître d'une belle fortuhe pur là niott dfe ses pèhrents, il s'àmusàit à la seiher dahs le sëih des pauvres. Instruit ^ti'ùri de seg ëdhcitoyens n'atait pour toute richesse ({de ttoli^ filles, dontlàbeâtité et là Msèi'ë fixaient déjà les fegàrds du tiee^ il s'àA^lSâ d'ësèalàdëi' uuitammetit les fehêttes du Jiàdtre honiliie '{jôttr y jëtël* là dot des troife flUës, qui fiiretit aussitôt mariées ; Un élève dti siècle m eut agi autrement, màià toiis m'accorderez que Nicolafe servait très-biëh ses ifatértts itéels , ceUi de Celte pauvre famille, et aussi les iutérêts de la moralité publique.
Vers le iUiîieti du quinzième siècle, moh pttjrs était gouverné par un prince qui désolait les courtisàtis pat sa parcimonie eiivers lui-même et ses prodigalités envets les pauvres. Avéë dé belles forêts abondantes eu gibier, il n'avait pas un chien pour là châsse, et le trésor, à force d'y puiser deS aiimôues , devëtiàit légei*. Aux plaintes qu'Oh lui en faisait , le biehheureuûo Amédéé IX rëpohdait plaisamment : <* Que tbUlei-Voùs? Au lieu de courre le cerf, je veux courre le ciel , et les meilleurs limiers et piqueurs pour cela, ce sont les pauvres. Quant au trésor^ plutôt que de le remplir par dé nouveaux impôts , j'y porterai tout, jusqu'au collier de mon ordre. » Il me semble que les meutes d'ibdigeuts dont s'entourait Amédéé IX étaient préférables aut mëUteë caniûes, surtout aux meutes coustitutiônnelles
qui dévorent en quelques mois les finances les plus prospères, écrasent l'État d'impôts et le mènent à la banqueroute morale, financière, politique, au milieu des sifflets de l'Europe.
Un siècle plus tard , le vaste diocèse de Milan était aussi gouverné par un grand dissipateur : saint Charles Borromée. Un matin on lui apporte le prix d'une principauté vendue : quarante mille écus d'or! le soir même, les sacs étaient vides. Quelle folie ! disaient les sages ; que de belles choses on aurait faites avec cet or ! — Oui, mais quel est Févèque ménager qui, durant son épiscopat, a enrichi son diocèse d'autant de magnifiques établissements d'éducation, de bienfaisance, etc., que le saint dissipateur ?
Ah ! qu'il serait à désirer que nos États, livrés au paupérisme par l'idéologie des économistes et les spéculations des adorateurs de l'industrie, vissent se multiplier dans les sommités sociales ces enfants prodigues, nés de l'exaltation de l'espérance chrétienne ! En propageant l'horreur des jouissances du luxe, la passion de la bienfaisance , l'utile emploi des capitaux et leur sage dissémination, on opposerait au socialisme athée et sauvage son unique antidote : le divin socialisme de la charité.
D. Pourquoi joignez-vous à la vertu de l'espérance la crainte de Dieu ?
R. Parce que l'espérance, sans la crainte, dégénère ea présomption : — parce que, si Dieu est fidèle dans ses promesses, il ne l'est pas moins dans ses menaces ; — parce que notre Dieu est infini en tout , dans sa justice aussi bien que dans sa bonté et sa miséricorde, et que, si nous avons l'esprit assez faible pour regarder comme incompatibles sa justice et sa miséricorde, le Très- Haut est assez fort pour les concilier.
La foi, en nous dévoilant le monde éternel, nous y montre deux cités, séparées par uu infranchissable abime : l'une où les joies et les grandeurs dureront autant que Pieq, l'autre où le désespoir, les pleurs, les grincçmepts de