VI
De la charité .
D. Qu'est-ce que la charité ?
Q. C'est une vertu surnaturelle, qui fait que nous aimons Dieu par-dessus tout, et notre prochain comme nous-mêmes, pour l'amour de Dieu. C'est la troisième fille de l'humilité, qui tend à détruire radicalement en nous toutes les filles de l'orgueil , surtout la troisième : la sensualité, qui ravale nos affections au culte ignoble et égoïste de notre personne et de notre chair.
Foi^ espérance, charité y voilà les trois dons par excellence j nous dit TApôtre; mais le plus excellent f c'est la charité (1). En effet, le Dieu Très-Haut que la fcrl nOtté ittôn-
(1) Prem, ép. aux Cor., Xll, 31 ; XIII, 13.
tre créant et gouvernant les mondes du sein de la lumière inaccessible au regard des mortels ; le Dieu dont l'espérance nous promet la possession dans Tavenir ; la divine charité monte jusqu'à lui ou l'oblige à descendre jusqu'à nous , et fait que, par une possession anticipée , T/iomme demeure en Dieu et Dieu demeure en lui{i). La foi s'évanouira avec ses ombres, respéranc^avec ses langueurs et ses craintes, quand Dieu daignera nous apparaître sans voile, nous unir à lui pour toujours. Mais la charité alors , loin de défaillir, acquerra sa perfection souveraine ; dévorant en un clin d'œil les imperfections et les faiblesses de notre èlre, elle nous rendra éternellement semblables à notre Père, parce que nous le verrons tel qu'il est (2).
En attendant qu'elle nous plonge dans les ravissements éternels, la charité nous presse, nous pousse à élargir la sphère étroite de notre vie. Elle s'indigne de voir que, Jésus-Christ étant mort pour tous^ ceux qui lui doivent la vie veuillent vivre pour eux-mêmes , et non pour la gloire de celui qui est mort et ressuscité pour eux (3). Par ses divins enchantements, elle aplanit la voie des commandements de Dieu et de l'Église, les couvre de fleurs, de parfums, y fait, non marcher, mais courir une infinité d'àmes chrétiennes engagées dans les obligations de la famille et des affaires du siècle (4). A ceux qui observent tous les préceptes, elle montre la carrière des conseils évangéliques, et leur dit, comme le divin Maître au jeune homme: VouïeZ'Vous être parfaits? allez, vendez toits vos biens ^ donnez les aux pauvres, et suivez-moi.
Là c'est une jeune personne née sur les marches d'uD trône impérial, dont elle est un des brillants joyaux. La cliaritélui dit : Renonce à tout cela, dusses-tu encourir les anathèmes de ton auguste parenté; prends cet habit, et
(1) s Jean, Prem, ép,, IV, 16.
(2) /frid., III, 2.
(3) Deux. ép. aux Cor., V, 14, 16.
(4) P8. CXVni, 14, 32.