‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 145 sur 230 · LIVRE III. 3â · texte numérisé non relu

LIVRE III. 3â

orgueil par des phrases doucereuses, mais en les plongeant et replongeant dans la boue immonde qu'ils ne cessent de vomir contre le ciel et ce qu'il y a de plus respectable sur la terre.

Revenons à la charité, et, quoique nous n'ayons presque rien dit sur un sujet intarissable , je finis par une réflexion qui y bien méditée , vous en apprendra plus sur la puissance religieuse et sociale de la charité, que bien des volumes.

L'incrédule Hobbes a eu raison de dire que les hommes sont naturellement ennemis des hommes. Saint Augustin a dit avec raison : Nul être n'est autant que Vhomme insociable par ses vices, sociable par sa nature {i). Laissez-le tourner vers les biens de ce monde ses immenses convoitises, le voilà en guerre avec tous ses voisins qu'il s'étudiera à diviser, à appauvrir, à déshonorer, à asservir, à moins qu'ils ne se liguent pour l'enchaîner. Gomment unir les hommes , obtenir du moins qu'ils se supportent et vivent en paix? Il n'y a qu'un moyen, nous dit le même grand docteur : c'est de leur faire aimer celui qui est la Vérité, la Beauté, le Bien suprême. £à, dit-il, nous avons de quoi jouir tous également et en commun : rien d'étroit, rien de défectueux dans l'objet de cet amour. Il ne repousse aucun de cetujc qui Vaiment, se communique à tous, et se donne tout entier à chacun. Nul ne peut dire à un autre : Oletoi de Id, que je m'y mette; et ne prétend pas jouir seul de ses embrassements. Tous peuvent s'attacher à lui , l'étrein-ire dans leur coeur. C'est une nourriture que tous dévorent sans la diviser, une coupe où chacun s'enivre sans préju^ dicier aux autres (2).

Oui, ne négligeons rien pour aimer et faire aimer Dieu par-dessus tout. C'est l'unique moyen de combler l'abîme que l'égoïsme creuse entre les individus, les familles, les

(1) De la Cité de Dieu, I. XII, c. 27.

(2) S. Augustin, du Libre arbitre, \. XI, c. 14.

conditions sociales , les nations, et de substituer aux fureurs infernales de la haine, de Tenvie, de la vengeance, les divines inspirations de la charité. Entre une infinité d'exemples, citons-en un.

Une dame bolonaise, d'une grande charité , a l'affreux malheur d'apprendre que son fils unique vient d'être tué dans une rixe. A l'entrée de la nuit, le meurtrier, traqué par la police, va frapper à son insu à la porte de la maison qu'il a l'emplie de deuil, et demande asi^e par amour pour Jésus-Christ. A ce nom, la dame lui fait ouvrir, et après avoir pourvu à sa sûreté, elle va cacher ses larmes. La nuit se passe en colloques avec Jésus-Christ, priant pour ses bourreaux et leur ouvrant le ciel, avec la Mère des douleurs, acceptant pour fils au pied de la croix ceux qui y avaient attaché le divin fruit de ses entrailles. Le matin , la charité a si bien triomphé de la nature, que l'infortunée mère dit au coupable : « Mon ami, comme l'œil de la justice pourrait vous découvrir ici, prenez cette bourse et profitez des moyens d'évasion que je vous ai préparés. Je m'engage à obtenir votre grâce, maïs à une condition: que vous réparerez le mal en devenant mon fils et mou héritier ; car il faut bien que je vous dise que je suis la mère du pauvre jeune homme à qui vous avez donné la mort(l). »

§ vn.

De la Religion et des vices opposés.

D. Qu est-ce que la religion ?

B. C'est une vertu surnaturelle qui nous porte à bien rempUr intérieurement et extérieurement tous nos devoirs envers Dieu.

En réalité, la vertu de religion ne diffère pas des trois vertus précédentes, qui renferment, ainsi que je l'ai déjà

(1) Tiré des oRiivres du p. Seigneri.

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