LIVRE III. 3o
nistres qu'il a établis pour notre bien (1), Dieu entend que nous les honorions ; et je vous prie de remarquer le choix du mot honorer.
D. Vous prévenez une question : Pourquoi, Tes père et mère honoreras, au lieu de : aimeras ?
B. Parce que l'amour des parents vit dans tous les cœurs non dénaturés ; mais il n'est pas toujours une garantie de l'honneur et du respect dus à l'autorité paternelle. L'amour de la paternité religieuse et politique est également encore naturelle. Nul peuple ne prend en haine son sacerdoce et son gouvernement, tant que des fautes de régime ne l'ont pas jeté dans les convulsions de la fièvre et du délire. Les Orientaux eux-mêmes aiment leur pouvoir politique , bien que Texercice en soit très-avilissant pour les sujets, et ils ont raison. L'anarchie, si désastreuse chez les chrétiens familiarisés avec l'intelligence et avec l'amour de l'ordre public et des libertés honnêtes, que serait-elle, que produirait-elle chez des peuples habitués à ne craindre que le bâton et le sabre, à ne voir dans la liberté que le droit de faire tout ce qui plaît ? Le despotisme qui les régit a donc cela de bon et d'aimable, qu'il les empêche de s'entre-dévorer. Ce qui perd le pouvoir dans le cœur des peuples, ce sont ses faiblesses, ses lâches complaisances en<vers les ennemis du bien. Pour vaincre l'indifférence et changer le mépris public en enthousiasme, il n'a qu*à passer en des mains capables de remplir sa mission divine ; rassurer les bons, faire trembler les méchants.
n n'était donc pas nécessaire de commander aux inférieurs Tamour du pouvoir, mais il importait fort de prémunir celui-ci contre les périls que lui crée l'amour aveugle des subordonnés. £n effet, que de pères et de mères ont perdu leurs enfants et se sont perdus eux-mêmes , devant Dieu et aussi devant les hommes, en ne remplissant pas ou en remplissant mal les devoirs saints et sévères de la paler-
(I) Ép. aux Rom.y XIII, 1-4.
358 Là philosophie DtJ CATÉCHISME CATHOLIQUE.
nité, de peur de contrister leur progéniture et de perdre son affection ! Que de pasteurs se sont précipités dans l'abîme avec leurs troupeaux, parce qu'ils ont oublié ^e Dieu les envoyait , non pour gagner l'affection des hommes , mais pour conquérir les hommes à sa loi , et s'opposer comme une colonne de fer et un mur d'airain à toutes leurs volontés coupables (1)! Que de princes et de magistrats, par le désir d'une vaine popularité, ont laissé leurs États marcher à la ruine, et otit concouru eux-mêmes à cette œuvre de mort!
C'est pour prévenir ces criminelles faiblesses que, par le quatrième commandement, Dieu a voulu que le pouvoir de la paternité fût honoré de tous et tenu pour inviolable, tant par ceux qui l'exercent que par ceux au profit de qui il s'exerce, attendu que le pouvoir n'est ni la propriété de ses dépositaires, ni une concession de leurs inférieors, mais une charge, une délégation divine établie poUr le bien de tous. Il ù. voulu que les supérieurs quelconques, pères , mères, maîtres, maîtresses, prêtres, magistrats , comprissent bien que leur devoir est, non de subir les volontés de leurs inférieurs, mais de les diriger au but qu'il a lui-même iassîgnë à toutes les volontés humaines, et qu'ils sont grandement coupables quand ils laiissent diminuer et avilir dans leurs mains Je principe de tout ordre, de toute liberté honnête? Qui ne voit , en effet , que le désordre , la licence , et jpar conséquent la mort , entrent dans la famille , dans la religion, dans l'État, dès que l'autorité y dort ou devient par sia faiblesse le jouet de tous?
D. Il importe sans doute que le pouvoir sôit respecté; mais pour cela faut-il rétablir aussi nettement que vous le faites la théorie du pouvoir divin et du gouvernement paternel^ théorie que l'école dite libérale conspue, abhorre, vous ne l'ignorez pas, comme le foyer du despotisme ?
R. Oui; et vous devez voir que, par ses œuvres, aussi
(1) Jérémie, 1, 18.