LIVRE III
désastreuses que ses théories sont fausses , l'école libérale contribue infiniment plus que les théologiens et les philosoplies catholiques à nous ramener aux vrais principes sur Torigine et la mission du pouvoir. Nul mieux qu'elle n*a mis eu lumière ces deux axiomes du bon sens chrétien : Le pouvoir est nécessairement l'une de ces deux choses : ou le droit de protéger le bien et de réprimer le malj au nom de Dieu et des consciences amies de la justice, ou le droit pour les plus forts d'ordonner ce qui leur plaît et d'assommer cev^ qui résistent. — Tout gouvernement qui n'est pas le père d'un peuple en est l'ennemi.
Les libéraux modérés sont partis, comme je l'ai prouvé ailleurs , de ce principe qui est l'âme de V Esprit des lois : « La société étant l'œuvre de la libre volonté des hommes, le pouvoir qui la gouverne, pour n'être pas oppresseur, doit sortir du suffrage des citoyens et se faire l'exécuteur de leurs volontés , si sujettes qu'elles soient au changement (1). » Le principe une fois admis, il a fallu en accorder au libéralisme radical l'irrécusable conséquence : le suffrage universel. Celui-ci, exploité par le radicalisme, a eu pour résultat de rendre le gouvernement impossible et de préparer Tavénement des scélérats qui trônent dans les sociétés secrètes. C'est ainsi que le libéralisme dit modéré s'est partout fait l'aveugle introducteur des misérables qui ne voient dans l'exercice du pouvoir que la liberté du pillage et de l'orgie sur les ruines de la moralité et de la prospérité publique.
Accuser les défenseurs du caractère divin et paternel du pouvoir de soutenir le despotisme, c'est une stupide calomnie, puisqu'ils sont les seuls qui assignent des limites inviolables au pouvoir, en lui donnant pour règle de ne jamais ordonner ce que Dieu défend, ni défendre ce qu'il ordonne. Cette garantie, qui est la première et la meilleure de toutes, n'empêche pas les organes légitimes d'une nation
(1) V. la Science sociale, liv. 1, ch. 2, 3.
de s'en doiiner d'autres dans les lois fondamentales qui règlent, pour chaque État, la transmission du pouvoir et la forme de son exercice. L'Église catholique reconnaît et bénit toutes les formes de gouvernement, mais elle ne doit pas souffrir que le peuple, qui jouit du droit d'élire ses chefs, prétende créer le pouvoir lui-même, ni qu'il le dorade, qu'il le perde et se perde lui-même, en disant à ses élus : « Nous vous établissons nos souverains, à charge de n'ordonner que ce qui nous plaira, et sous la réserve de vous renvoyer dès que vous suivrez d'autre règle que notre bon plaisir. » Elle enseignera toujours ce que Jésus-Christ lui a ordonné d'enseigner : — que la nation qui élit ses souverains ne crée pas plus la souveraineté que l'homme qui entre dans le mariage et devient père ne crée la paternité ; — que le magistrat investi du pouvoir suprême et l'individu devenu père tombent inévitablement sous les prescriptions de la loi divine, qui a fixé les devoirs généraux du pouvoir politique et du pouvoir domestique ; — que le devoir immuable du souverain et du père est, non de flatteries volontés capricieuses de leurs inférieurs , mais de les détourner du mal et de les diriger au bien, tels que l'un et l'autre sont connus de toute conscience chrétienne suffisamment éclairée ; — que toute volonté qui s'oppose à l'accomplissement de ce devoir résiste à Dieu même et encourt la réprobation du Père des pères, du Souverain des souverains (1).
Est-ce là, je vous le demande, diviniser le despotisme et anéantir les libertés légitimes d'un peuple ?
D. Non, cela ne tend qu'à détruire la liberté des factieux, qui voudraient se faire octroyer par la populace le droit d'opprimer et d'exploiter le vrai peuple.
R. Cela est évident. Aussi croyez que le moins populacier des gouvernements sera toujours le plus populaire. Qu'est-ce en effet que le peuple , mot dont on abuse tant? C'est la grande masse des âmes droites et honnêtes qui, de-
(l) Ép.aux nom., XIII, 2.