‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 162 sur 230 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

relies de foi, d'espérance, de charité, et qui s'entretient et s'accroît par les moyens de sanctification établis par le Sauveur.— Ai-je besoin de vous prouver que telle est, pour les chrétiens, la notion complète de la vie humaine ?

D. Non; cette notion est le corollaire de vos explications soit du premier commandement, soit du Symbole des apôtres.

B. £h bien, de ce qu'il y a deux vies dans l'homme, il résulte qu'il y a deux homicides , l'un physique , l'autre spirituel. On n'est pas seulement homicide quand on prive un homme des aliments et des soins indispensables à sa vie, quand on mêle à sa nourriture du poison, ou qu'on brise par la violence les liens qui unissent son corps à l'âme ; on est encore homicide quand , par une criminelle indifférence , ou de propos délibéré , on prive un homme des moyens d'éducation religieuse indispensable à la vie de son âme ; quand on mêle volontairement le poison de l'erreur à sa nourriture spirituelle; quand, par la séduction ou la violence, on s'efforce de lui ravir le don de la foi, germe de toute vie chrétienne ; le don de l'espérance , qui en est la fleur et la condition de toute activité dans le bien ; le don de la charité , dont il est écrit : Celui qui n*aime pas demeure dans la mort (l).

Il suit encore de là que l'homicide spirituel , le meurtre du prochain dans son âme , l'emporte de beaucoup par sa nature et ses suites sur l'homicide corporel, à raison de l'immense supériorité de l'âme sur l'organisme qui lui est uni. La destruction lente ou violente d'un corps humain vivant, par l'œuvre de l'empoisonneur ou de l'assassin , est sans doute une chose digne de l'horreur de Dieu et des hommes ; mais, après tout, le mal réel fait à la victime et à ses proches est-il aussi grand que si, au lieu de détruire le corps, le meurtrier avait perdu l'âme en lui faisant goûter le poison de l'erreur et du vice? Dans le premier cas, le

(1) s. Jean, Prew. ép.y UI, 14.

coupable n'a fait qu avaucer de quelques jours la dernière heure de sa victime. Si celle-ci était prête à paraître devant Dieu, n'a-t-elle pas lieu de se réjouir? Si elle était dans Tégarement, l'aiguillon de la mort ne Taura-t-il pas ramenée? En tombant même instantanément sous le poignard , ne peut-elle pas avoir poussé ce cri du cœur auquel Dieu ne résiste pas : Pardonnez-moi comme je pardonne ? Enfin, dans rhypotbèse la plus désolante , elle est désonnais à l'abri du plus terrible des maux^ l'offense de Dieu. Le plus important sans doute est de ne pas nous perdre ; mais , ensuite, c'est d'aller le moins bas possible dans le lieu de perdition.

Dans le meurtre spirituel , au contraire , on ne fait pas seulement une victime, on crée un meurtrier ; car il est rare qu'une âme pervertie n'en pervertisse pas d'autres, qui à leur tour propageront le mal , et prépareront ainsi à ses premiers semeurs une effroyable moisson de vices et de crimes. Enfin, donner la mort à une âme, n'est-ce pas préparer au corps qui lui est uni la plus terrible des morts, celle qui durera éternellement ? C'est ainsi que l'bomicide spirituel implique encore Thomicide corporel et constitue le crime de scandale^ crime dont Jésus-Christ n'a jamais parlé sans l'accabler d'anathèmes.

D. Et qu'entend-on par scandale?

R. On entend toute parole^ toute action qui tend à la ruine spirituelle du prochain. Or je vous montrerai que le pire des scandales est celui qui se donne par la parole, et que toute action scandaleuse implique un mensonge. Mais je pense que vous avez déjà saisi l'étroit rapport qu'il y a entre le cinquième et le huitième commandement.

D. Ce rapport peut exister, mais U me parait bien métaphysique. Ne craignez-vous point de diminuer l'horreur pour le scandale en l'identifiant avec le mensonge, chose qu'on se permet si facilement."^

R. Ce qui perd les hommes , ce qui a fait dire au Sauveur : Malheur au monde à cause de ses scandales l c'est

Page 1