‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 163 sur 230 · LIVRE lU · texte numérisé non relu

LIVRE lU

précisément cette facilité à mentir ; et vous allez voir qu en bannissant du monde le mensonge , on y anéantirait le scandale.

L'àme vit de son union avec Dieu , et cette union , nous dit le créateur et sauveur des âmes , vit de toute parole qm sort de la bouche de la vérité suprême. Si vous persévérez dans ma parole^ nous dit-il encore , vous serez vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la véritéy et la vérité votis délivrera ( 1 ). Nous ne sommes en effet dans le chemin de la vie qu'autant que , considérant les choses dans leur véritable jour et en les estimant ce qu'elles valent devant Dieu^ nous nous appliquons à pratiquer la vérité dans la charité (2). Le mensonge 9 par là même qu'il est opposé à la vérité , est donc le poison de l'âme. Il y a sans doute une foule de mensonges qu'on appelle avec raison légers , parce qu'ils ne vont pas à nier ou corrompre les vérités nécessaires à la vie morale ; mais ce qui n'est pas léger, c'est la tendance naturelle du mensonge quelconque à fausser la vue de l'esprit, à lui faire prendre le vrai pour le faux, le faux pour le vrai. Aussi l'éternelle Sagesse nous dit-elle : La fcowcfte qui ment tue l'âme (3).

Si ces principes vous paraissent métaphysiques, il ne faut pas en être surpris, puisque, notre âme étant chose très-métaphysique, les lois de sa vie doivent l'être également. Tout cela va s'éclaircir à la lumière des faits.

D où sont venus tous les scandales, toutes les ruines spirituelles et autres , tous les maux qui ont désolé et qui désolent encore le genre humain ? Du père du mensonge, et de ceux qui ont travaillé et travaillent encore à perpétuer son œuvre. Votre père, c'est le déw^o», disait à ses contradicteurs celui qui est venu détruire l'œuvre du mensonge, et vous voulez réaliser les désirs de votre père. Celui-là était homicide dès le commencement^ et il n'a point

(1) s. Jean, VUI, 31,32*

(2) S. Paul, Ép, aux Éphés,^ IV, 15.

(3) Sagesse^ 1,11.

persévéré dans la vérité, parce que la vérité fCest point en lui{\). Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ^ parce qu'il est menteur, et le père du mensonge (2).

Allez au fond de toutes les habitudes Ticieuses , de tous les crimes privés et publics ou nationaux , vous y trouverez infailliblement un mensonge. Qu'est-ce qui fait l'homme immoral , le voleur, l'assassin, etc. ? C'est une parole mensongère qui a 9 sinon détruit , du moins altéré et corrompu dans son âme la notion du bien et du mal. C*est du coeur, nous dit encore Jésus-Christ, que sortent les mauvaises pensées, les homicideSj les adultères^ les fornications, les vols^ les faux témoignages, les blasphèmes (3). Or qu'est-ce qui allume et entretient dans le cœur le feu des passions criminelles? C'est toujours un mensonge formel ou implicite qui égare Tâme et lui fait voir le bien dans le mal, le mal dans le bien. Je vous ai dit qu'on scandalise par paroles ou par action ; mais que le pire des scandales est celui de la parole, et que d'ailleurs il est presque inséparable de l'action scandaleuse. Expliquons cela.

Quiconque fait le mal devant un enfant , lui dit , par le fait même , que le mal est un bien , car Tenfent est naturellement porté à tenir pour bien tout ce qu'il voit faire à plus grand que lui. Et voilà sans doute pourquoi Jésus-Christ parle à peu près dans les mêmes termes du scandale donné aux enfants et du crime de Judas. Il dit du premier : // est nécessaire qu'il y ait des scandales ; cependant malheur à l'homme par qui le scandale arrive... Celui qui aura scandalisé un de ces petits qui croient en mot, il eût mieux valu pour lui qu'on l'eût jeté à la mer avec une meule au cou. Il dit de l'autre : Le Fils de l'homme^ il est vraij s'en va {à la mort)^ selon qu'il est écrit de lui; mais

(1) Paroles qui indiquent la canse de la cliate de rarchange rebelle, et dont le sens me paraît être celui-ci : Il n*a pas persévéré dans V amour de la vérité, parce quHl rCétait pas la vérité (orgueil}.

(2) S. Jean, Vin, 44.

(3) S. Matthieu, XV, 19. ■

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malheur à Vhomme par qui le Fils de rhomme sera trahi ! Il eût été bon à cet homme-là de n'être pas né{t).

Celui qui donne l'exemple du mal à ladulte qui a la connaissance distincte du bien et du mal, est très-coapable sans doute ; car il le porte au désordre , d'abord par l'appel fait aux sens , et ensuite par cette parole tacite : Ce mal n est pas si grand que tu le crois. Mais le scandale est bien autrement funeste quand , par le yenin de la parole y on corrompt la conscience de cet adulte, et on lui fait approuver, justifier le mal. Dans le premier cas y si le scandalisé tombe dans le crime, il lui reste du moins la lumière qui, en l'éclairant sur son malheureux état, l'invite à en sortir et le dispose au repentir par le remords. Il a perdu la charité , mal immense y mais il conserve les deux premières conditions de la vie spirituelle : la foi , Fespérance. Quand, au contraire , le souffle infernal de l'erreur a éteint ces deux flambeaux, l'âme demeure tranquille dans le mal; la tranquillité dans le mal produit la joie dans le mal, la joie dans le mal produit la rage du mal. Or, quand une âme en est là , croyez bien que sa résurrection est le chef-d'œuvre de la miséricorde infinie.

Voyez-vous maintenant un peu plus clair dans le rapport du mensonge avec Thomicide spirituel ?

D. Oui, et j'incline même à penser qu'on supprimerait Ihomicide corporel en supprimant le mensonge.

B. Bien de plus vrai. Que sont ces grandes et tant meurtrières commotions sociales qu'on appelle révolutions ? Ce ne sont jamais que des mensonges entrés assez avant dans l'âme des peuples pour qu'ils essayent de les réaliser. Pour ne pas remonter plus haut , quelle fut la cause première et

(1) s. Matthieu, XVIII, 6, 7; XXVI, 24. — Celui qui chercherait le motif de cette assimilation de l'infanticide spirituel au déicide, le trouverait dans ces paroles du Sauveur : Celui qui reçoit un de ces petits enfants en mon nom^ îne reçoit (XVIII, 5). Jésus-Christ vit, règne dans Tftme innocente de Tenfant ; celui qui y introduit Tamour du mal, la plus terrible des morts, y crticijie donc de nouveau le Fils de Dieu (Hébr,, VI, 6), et mérite de partager le sort de Tinfâme disciple.

principale des horribles gaerres religieuses et civiles qui firent de 1 525 à 1 648 nne époque de sang et de ruine ? Ce fat indubitablement ce mensooge accrédité par Luther et le9 siens : L Église catholique eit l'œuvre de V Antéchrist; q\^e tous , princes et peuples , prennent donc la BibU et se hâtent de reconstruire la religion de Jisus-Ckrist sur les rMines de rabQtninable papisme /

Nos premières révolutions politiques j filles de nos révo« lutions religieuses , ont-elles été autre diose qu'un violei^t et si^nguinaire effort vers la réalisation de l'absurde roman du Contrat sooieUy issu lui-même du roman de VEsprit des lois P Enfin que veulent les l^^ns sauvages de la démagogie? Réaliser Tinfemal roman de Weishaupt , de Mazzini, de Proudhon , etc.

Que conclure de ces expériences en grand que l'Europe a faites de la liberté du mensonge ?

D. On en pourrait conclure, ce semble , qua cea expériences sont suffisantes, et qu'après tout, la liberté poar les hommes de vivre en bons chrétiens est préférable à la liberté de quelques romanciers orgueilleux qui , sciemment ou non , poussent les multitudes au carnage , en les pasaionnant pour des chimères.

B. Oui , il est temps que ks dépositaires du pouvoir comprennent le rapport intime qui existe entre le cinquième et le huitième commandement , et qu'ils soient bien convaincus que la liberté du mens^ge et du scandale est inséparable de la liberté de l'homicide.

Avant de passer aux autres commandements de 1^ seconde table , il importe de rappeler ici le précepte général qui est l'âme de tous les autres et la plénitude de la loi, selon saint Paul; car, dit-il , ces paroles : Tu ne seras pas adultère j tu ne seras pas homicide, tu ne déroberas pas, tune diras pas de faux témoignage , tu ne convoiteras pas ; et tous autres commandements , se récapitulent dans cette parole : Tu aimet as ton prochain comme toi-même (1).

[ (1) Mp* auxJtom,, XIII, 9, 10.

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