LIVRE Illé
rappelassent simplement le vice, le mal, et désignassent son contraire par ce beau mot : la vertu (1). Tant que ses vic-î» times respectent cet arrêt de la conscience universelle et savent rougir de leur faiblesse, elles ne doivent inspirer aui cœurs chrétiens qu*uue tendre commisération. Ce sont des enfants prodigues que la charité doit ramener aux bras du meilleur des pères. Ce sont des pécheresses publiques^ des épouser infidèles, qu'il faut accueillir, comme le bon pasteur ) en leur disant : Allons, courage ! aimez et serves désormais ce Dieu qui payera d'Un éternel amour le sacri-^ fice de vos vices, tandis que les hommes n'ont payé qiie dé leur mépris le sacrifice de votre vertu.
Ce qui mérite l'exécratioû de Dieu et des vrais amis de rhumanlté, c'est la glorification publique du vice, le mépris solennel, là négatioU opiniâtre de la vertu. Avec sori immense corruption, le paganisme U'eu vint pas là : il ado^ rait tout, le iriCe, la vertu, et cherchait uUe espèce de contre-poids à des mœurs abominables, à uU culte infâméy dans les honneurs extraordinaires décernés à la chasteté conjugale, surtout à la virginité. Or ce que les enfants de ténèbre^ n'ont ni fait ni souffert, les etifants de lumière l'ont fait, le font encore.
Je le demâUde à tout homme un peu versé dans Thistoirè Uttéraiw moderne î Quelle est la thèse qui, depuis le sermou de Luther sur les nécessités du matiage^ jusqu'à nos feuilletonistes et Vaudevillistes actuels, a rallié le plué^ grand nombre de plumes européennes , et excité de plus* vifs applaudissements ? N'est-ce pas celle-ci : Nul ne peut résister aux convoitises de la chair ; quiconque tente de ïé faire est un sot présomptueux; ceUx que Von croit y avoir réussi, tênéz^les pour des tartufes?
Le fait vous paraît-il asseî notoire pour que je sois dispensé d'en administrer la preuve ?
D. Oui, quant au siècle de Voltaire, qui malheureusement dure toujours.
(1) y. la Science de la vie, t. H, leçon xuii.
K. Gela me sui'iit, et je ne m'arrêterai pas à prouver que le siècle de Voltaire u'a fait que vulgariser et paganiser les infamies que les âges précédents avaient essayé d'ennoblir, et même (ce qui est horrible) de christianiser (1).
Voilà ce que j'appelle la honte et le mal par excellence de TËurope; et voici le remède que l'auteur et le conservateur de la vie des corps , de la vie des esprits et de la vie sociale, a opposé au mépris des lois qui sauv^ardent tontes ces vies. Ce remède, ce sont les trois anathèmes gravés dans le fond de notre constitution physique, de notre constitution intellectuelle, de notre constitution sociale.
D. Quels sont ces anathèmes?
R. L'anathème gravé dans notre constitution physique n'a pas besoin de longs commentaires (que vous trouverez d'ailleurs dans les livres spéciaux de médecine). A ceux qui refusent de croire que le vice putréfie les âmes, il suffit de dire : Regardez les corps ! « Les tyrans, demandait Bourdaloue préchant à la cour, ont-ils jamais inventé des tortures plus insupportables que celles que les plaisirs font souffrir à ceux qui s'y abandonnent? Ils ont amené dans le monde des maux inconnus au genre humain ; et les médecins enseignent d'un commun accord que ces funestes complications de symptômes et de maladies qui déconcertent leur art, confondent leur expérience, démentent si souvent leurs anciens aphorismes, ont leur source dans les plaisirs (2). » L'anathème physique peut se formuler ainsi : Le corps humain qui gouverne l'âme, au lieu d^en être gour verné, tombera au-dessou>s de la bêle, car celle-ci ne pourrit pas de son vivant.
L'anathème intellectuel est écrit dans cette parole prophétique du patriarche Jacob à un fils sans pudeur : Tu t'es répandu comme Veau^ jamais tu ne f élèveras (3). Qui u a pas appris de la religion ou de la philosophie éclairée par
(1) La Science de la vie, leçon xliv.
(2) Sermon contre Vamour des plaisirs, premier point.
(3) Genèse, \U7i,^,