CHAPITRE VI
Que Dieu a dû se manifester aux hommes d'une manière appropriée à leur
nature.
D. Je ne vois pas comment cette proposition peut se déduire des considérations précédentes ?
R. Avec un peu d^ttention, vous allez le voir.
Le monde est gouverpé par un monarque infiniment sage et bon, qui , étendant ses soins à l'universalité des êtres, assigne à chacun d'eiix une fonction, une place , et ne les 4 doués d'aucune faculté qui n'ait sa raison d'être, son objet propre : tel est le fait général que nous avons constaté et sur lequel vous ne conservez plus de doute. Eh bien, parmi tant de familles végétales et animales, dans I4 constitution et le gouvernement desquelles vous avez admiré une profonde sagesse , ne reconnaissez-vous pas que la famille humaine occupe une place distin* guée?
D. Oui, et cette place est incontestablement la première, puisque, par leurs sublimes facultés, les hommes ne dominent pas seulement les animaux , les végétaux , lea minéraux, mais s'élèvent à la contemplation des mondes célestes et cherchent à se rendre raison du système universel.
R. Voilà donc dans les hommes une faculté à part, une tendance supérieure à celles que nous observons dans les races animales qui se rapprochent le plus de notre espèce par la perfection de leMi* organisme et de leur instinct.
Non-seulement les animaux ne s'occupent pas des affaires ultramondaines, mais on n'en voit aucun qui prenne intérêt à ce qui se passe en dehors de sa petite sphère. Tout à leur tâche, qu'ils remplissent avec une exactitude et une routine inviolables, ils ne sont ni curieux, ni frondeurs, ni progressistes. L'avenir les inquiète aussi peu que le passé, et le présent n'a rien qui les fatigue, quand ils ont leur pâture du jour : ce sont de bons fonctionnaires que le maître a chargés de divers services dans notre demeure terrestre, mais des fonctionnaires limités dans leur rôle et qui ne feront jamais que ce qu'ils savent naturellement faire.
Les hommes, au contraire, aspirent à tout voir, à tout savoir, à tout réformer, à se servir de tout pour s'élever au-dessus de leur condition présente et graviter vers un état de choses plus parfait, dont l'idée mystérieuse les poursuit, dont le désir incessant les dévore. Ces facultés exorbitantes ont nécessairement un objet; ces désirs, ces tendances ont un but. Cet objet , ce but , il est indispensable que les hommes les connaissent ; faute de quoi ils seraient, dans la société des êtres dont ils occupent le sommet, les seuls privés de la lumière nécessaire à leur bon gouvernement. Le Dieu qui a pourvu avec tant de sagesse et de bonté à la vie des moindres plantes, des plus obscurs insectes, croyez-vous bien qu'il ait pu laisser les hommes dans l'ignorance de leur destinée ?
D. Vous savez ce que les déistes ont coutume d'opposer à ces raisonnements. Leurs objections se réduisent à ces deux axiomes : — La raison suffit au bon gouvernement des hommes ; — Faire de Dieu notre pédagogue, c'est ravaler sa majesté infinie.
R.. Je vous prie d'abord d'admirer la logique des déistes dans ces deux assertions : L'homme est trop grand pour avoir besoin des leçons divines ; — L'homme est trop petit pour que Dieu s'abaisse à l'instruire.
La première objection ayant été détruite par ce que nous avons dit , dans les questions préliminaires, de l'impuis-