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Dieu et de l'Église ^ le prêtre fait entrer dans Uame les lois civiles comme émanées du pouvoir établi par Dieu même ; et quand le respect pour les lois et pour ceux qui veillent à leur exécution n'est pas dans la conscience , peut-il subsister au dehors ?
On ravale , dites-vous , le pouvoir politique en le réduisant à réglementer des intérêts matériels ? Mais ce sont là des mots en Tair qui accusent une grande ignorance de la nature du ministère ecclésiastique et du ministère civil. Sur cent mille décisions que rendent chaque jour^ dans le for de la conscience , les prêtres , les évéques , les papes , il y en a quatre-vingt-dix-neuf mille au moins qui (H)ncement les affaires matérielles ; car pour une personne qui s'égarera dans des questions de pure spiritualité, quatre-vingtdix-neuf sont sujettes à se perdre, et devant Dieu et devant les hommes , par Tabus de leurs facultés physiques et de leurs biens matériels, comme aussi parleurs entreprises contre les biens et le corps d'autrui. Dispensez le prêtre de combattre dans les âmes les vices qui tienueiit par quelque endroit à Tordre matériel ; dispensez-le de cultiver les vertus également relatives à cet ordre, telles que la justice , la tempérance , la patience, la charité, etc. ; dispensez-le de prévenir et de réparer les injustices , les crimes contre les personnes et les propriétés; vous réduisez à rien son ministère.
Il est évident que , pour remplir la mission de sauver les âmes , le prêtre a mille fois plus de causes de Tordre matériel à r^lementer dans le for de la conscience , que le magistrat civil dans le for extérieur ; et si son caractère n'en souffre pas , pourquoi celui du magistrat en souffrirait-il ?
D. Ce qui relève le pouvoir ecclésiastique , c'est le but sublime vers lequel il dirige tout, tandis que le pouvoir séculier, confiné dans les limites du temps et de la matière, reste au-dessous du sacerdoce de toule la distance qui sépare Tâme du corps , le ciel de la terre.
B . Si le pouvoir séculier se confine dans les limites du
temps et de la matière , s'il ne veut voir dans ses subordonnés que des animaux , c'est sa faute, et cette faute est uii crime : il méconnaît son auguste mission et se met dans rimpossibilité de la remplir.
Comprenez bien ceci : la division tranchée que l'on étàbHt entre les intérêts spirituels et les întétêts matériels , pour attribuer les premiers au sacerdoce et les autres au pouvoir civil , est un de ces non-sens qui ne peuvent trouver place que dans la tête des sots. IMeu a tellement uni les deut substances qui entrent dans notre nature , qu'on peut et qu'on doit les distinguer, mais non les séparer, sous peine de tuer le corps et de placer Fàme en dehors du moiide. L'àme intervient dans toutes les fonctions oiçaniques, et contracte, par ses organes, une infinité de rapports avec la matière extérieure. De même les organes interviennent dans les opérations de l'âme les plus spirituelles , et celui-là a toujours pensé bas, qui ignore que plus la pensée s'élève, s'épure et tend à planer dans Tordre intelligible, plus il en résulte de fatigue pour certains organes? Si vous voulez donc confier au prêtre tout ce qui intéresse l'âme , chargeile de rendre la justice dans les tribunaux civils, de conduire les armées , de dicter les lois et les moindres règlements de police, de percevoir et d'administrer les deniers publies; car tout cela est d'un grand intérêt pour les âmes. De même, si tout ce qui intéresse l'ordre matériel et la tranquillité publique est du ressort du pouvoir séculier, il est juste de livrer à celui-ci les décisions en matière de foi, de mœurs et de discipline, l'enseignement religieux , radministratioh des sacrements, surtout celui de la pénitence; car il faudrait être aveugle pour ne pas voir que toutr cela exerce une incalculable influence sur l'ordre matériel et la tranquillité publique. L'absurdité des conclusions prouve celle du prin-' cipe, soit de la délimitation des deux puissances par les intérêts spirituels et les intérêts matériels.
D. Sur quoi établissez-vous donc la distinction entre les' deux puissances ?
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R . Le fondement étemel des vrais rapports entre les deux puissances, le voici : Dieu n'a pas entendu créer deux hommes^ l'un spirituel^ l'autre matériel ; Tun temporel, Tautre éternel. L*bomme est un, sa destinée est une. Cette destinée commence, se prépare dans cette vie, et s'accomplit dans l'autre. Pour appeler les hommes à l'existence et les aider à remplir leur destinée, Dieu a établi la paternité humaine, qui se divise, comme je l'ai dit en expliquant la quatrième parole du Décalogue, en paternité domestique, en paternité religieuse et en paternité civile ou politique. Ces trois pouvoirs ont la même source, Dieu; le même but , la bonne éducation des hommes, laquelle consiste à les diriger vers leurs destinées; la même règle fondamentale, la loi de Dieu. Les fonctions seules diffèrent.
Le sacerdoce est chargé de notifier à tous, supérieurs et inférieurs, la loi qui exprime les volontés de Dieu et défliâf nettement le bien et le mal de l'homme. Son devoir est de procurer l'observation de cette loi, par la puissance de la parole, par l'administration des sacrements et par l'emploi des censures ou du glaive spirituel. Ce que le prêtre fait dans la sphère ecclésiastique, le père et la mère doivent le faire , selon la mesure de leurs moyens d'action , dans la sphère de la famille : porter leurs enfants au bien, les détourner du mal, par la parole, par l'exemple, par les récompenses et les corrections. Et ce que ceux-ci font dans la famille domestique, le pouvoir civil le fait dans la grande famille de l'État, en dfctant des lois justes, en veillant à leur exécution, en usant de tous les moyens en son pouvoïf pour favoriser le bien et réprimer le mal. Mais son action ne s'arrête pas là.
De même que le prêtre, pour former l'homme intérieur et asseoir l'ordre social sur son premier et irremplaçable fondement (la conscience), doit pénétrer avec le glaive spirituel de la parole dans tous les détails de la vie individuelle, domestique et civile, pour les conformer à la règle du bien et en retrancher le mal, de même le magistrat politique,
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ax*iné du glaive matériel pour la défense du bien et la répression du mal , doit intervenir dans toutes les sphères de la société où des grands désordres éclatent. Il entre dans le sanctuaire de la famille, quand la tranquillité y est gravement compromise par la révolte des enfants ou les excès du pouvoir domestique. Il y entre comme juge des différends qui y surgissent, des crimes qui s'y commettent, et comme législateur, chargé de défendre Tautorité paternelle contre les attentats de ses subordonnés et contre ses propres écarts. Il entre dans la sphère ecclésiastique, quand, par le mépris opiniâtre de la constitution et des lois de FÉglise, le laïque yeut y usurper ou troubler les fonctions du prêtre, ou que celui-ci, en révolte contre ses chefs, s'érige en ministre de Terreur et du mal ; mais il y entre simplement comme défenseur de Tordre établi par Dieu même et des lois Mclésiastiques destinées à le conserver. S'il veut se porter juge entre le simple fidèle et le prêtre, entre cdui-d et Tévêque, entre Tévêque et le pontife suprême, il trouble dans sa première source Tordre général qu'il doit main* tenir, et introduit la mort au cœur même de la société.
Qu'est-ce donc que le souverain politique au point de vue chrétien? C'est le ministre de Dieu, défendant au dehors Tordre universel, que les ministres de la religion, secondés par les chefs de famille, établissent et fondent dans les consciences. C'est, comme on l'appelait autrefois, Tévéque extérieur y le pontife du dehors, protégeant par Texercice légitime de son pouvoir toutve qui s'accomplit ^e plus grand sous le soleil : la procréation et la bonne éducation des hommes. Aussi TÉglise, considérant la souveraineté politique comme un sacerdoce, a-t-elle dans ses livres liturgiques une formule de consécration pour les têtes souveraines comme pour les têtes sacerdotales, pour le sceptre et Tépée, comme pour le bâton pastoral. Et depuis que l'esprit sécularisateur a porté les princes à repousser Tonction sainte, pour se présenter devant les nations appuyés uniquement sur la loi civile et Tépée non bénite, TÉglise n'a