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D. Pourquoi des fêtes, quaud le chômage religieux du dimauche peut suffire à la sanctification des âmes et au repos du corps?
R. Sur quoi foudez-yous cette affirmation tranchante : le repos du dimanche suffit aux besoins de l'âme et du corps ? Ce n'est pas, certes^ sur l'autorité du seul législateur compétent des âmes et du corps. Quelle nation eut autant de fêtes que les Juifs, obligés, par la loi du Sinm, à se réu** nir, trois fois l'année, des extrémités du royaume, dans le temple de Jérusalem? Outre les grandes solennités dont la première (celle de Pâques ) était de sept jours , la nation élue avait tous les sept ans une fête qui ne durait pas moins de trois cent soixante-cinq jours (année sabbatique). Ce n'est pas sur l'expérience des peuples modernes : montrezmoi les nations protestantes chez lesquelles la suppression des fêtes aurait contribué à la 'sanctification réelle du dimanche et à la prospérité morale et matérielle de toutes les conditions sociales. Ce n'est pas non plus sur le témoignage des masses les plus chrétiennes et les plus laborieuses^ puisqu'il est bien prouvé que ces masses ont toujours été pour la multiplication des fêtes, et que la réduction de ceUes-ci , plusieurs fois tentée par les premiers pasteurs , est allée se briser contre les résistances populaires (1).
(1) V. Bergier, Victionn. théolog.^ art. Féies.
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Quelles sont donc vos raisons et tos autorités pour demander, je ne dis pas une sage réduction des fêtes par raccord des deux puissances, mais leur suppression totale? Tout bien examiné, tous n avez pour tous qiie les théorieis des philosophes et des économistes antichrétiens ; théorie*; qui, en propageant partout lé culte brutal des jouissances matérielles, ont donné au théâtre, au cabaret, aux lieux de débauche, le temps dérobé aux solennités chrétiennes , ont amené du même pas les excès du luxe et ceux du paupérisme, et préparé les boucheries sociales contre lesquelles nous luttons.
D. Il y a du Trai dans tout cela. Mais ùe faut-il pas tenir compte de la situation sociale que nous a Mte la marche progressiTC des arts et de la civilisation ? Atcc des populations agglomérées dans les Tilles et les grands centres de l'industrie, TiTant au jour le jour, traTâillant forcément quand la demande arrive, et chômant de même quand elle n'arrive pas ; aTec cette guerre honorable, mais incessante, que se font les peuples de l'Europe sur le terrain de l'industrie manufacturière et du commerce ; guerre que le perfectionnement prodigieux de nos moyens de fabrication et de communication ne fait que redoubler ; guerre que le triomphe prochain du principe du libre échangé rendra mortelle pour les nations paresseuses : avec tout cela, dis-je, n'est-il pas clair que la nation qui consacrera moins d'heures au travail se verra en proie à la misère, et, par là même, h la démoralisation?
R. Oui, certes, il faut tenir compte de la situation qu'on nous a faite ; car cette situation, c'est la mort.
Est -ce la marche progressive de nos arts mécaniques qui nous a conduits fatalement à ce résultat? Non; nos machines sont ionocentes du mal qu'on leur attribue, et ne reçoivent que les malédictions de l'ignorance. Chez des nations vraiment chrétienties , le perfectionnement des moyens de production, de ifabrication, de transport, aurait pour effet naturel ane augmentation d'aisance et nne dimi-
nution du travail manuel. Si nos admirables progrès en mécanique n'ont fait qu'augmenter le nombre des forçats du travail et des faméliques, le bon sens veut qu'on s'en prenne, non aux machines, mais à l'esprit général qui les emploie.
Est-ce à la marche progressive de la civilisation qu'il faut attribuer notre situation? Pour parler sérieusement des progrès de notre civilisation, il serait bon d'attendre que nous ne fussions plus sous la menace de la plus effroyable sauvagerie. Que l'agglomération des populations ouvrières dans les villes et les centres manufacturiers ait créé des besoins et des nécessités inconnus à nos aïeux, cela est clair; mais voir là un progrès de la civilisation, c'est aveuglement. S'il vous reste des doutes sur ce sujet, lisez le travail consciencieux de H. Yillermé sur Vétat physique et moral des ouvriers en France (1). Quant à l'Angleterre, pays modèle de la civilisation moderne, lisez les Éludes, non moins consciencieuses , mais bien autrement effrayantes , de M. Léon Faucher (2). L'un et l'autre ne parlent que de ce qu'ils ont vu, ne citent que des documents officiels, se montrent pénétrés de respect pour la religion et les bonnes mœurs , mais sont à l'abri du reproche de jésuitisme. Le dernier a même sur l'inintelligence du sacerdoce catholique en matière économique des jugements qui font sourire ceux qui ont médité l'histoire du sacerdoce et de l'Europe (3).
(l)Toy. Tableau de Vétat physiqueet moral de» ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, ouvrage entrepris par ordre et sous les auspices de V Académie des sciences morales et politiques, par M» Villermé, membre de cette Académie (2 vol., Paris, 1840).
(2) Études sur V Angleterre, par M. Léon Faucher (2 toL» Paris, 1846). — Toy. aussi de l'Action de la noblesse et des classes supérieures dans les sociétés modernes, d'après les documents officiels, par M. L. Mounier, avec des remarques par M. Rubicbon (Paris, 1848).
(3) « I9i le prêtre catliolique, ni le manufacturier protestant, n'ont Fintelligence des conditions normales du travail. L'un, n*ayant ni famille ni patrie, et s'exilant dans son caractère comme dans une solitude, cherche perpétuelleinent à détacher du mcnide ceux qui Tiennent à lui i l'autre, placé au centre