‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 180 sur 230 · LIVRE llU · texte numérisé non relu

LIVRE llU

Quand, à force d'exalter le culte des intérêts matériels, on a partout rétabli en Europe ce que le christianisme y avait aboli : une seconde espèce d'hommes; des hommes qui, libres par la loi, mais tombés de fait au niveau des esclaves de l'ancien monde, vivent et meurent sans savoir * s'ils ont une âme, ne voient dans leurs enfants que de la chair à vendre pour un verre d'eau-de-vie , ne sortent de l'enfer du travail que pour se plonger dans celui de l'ivresse et de la plus crapuleuse débauche; quand on voit ces populations, livrées à d'affreuses misères autant par leur sauvage imprévoyance que par l'inconstance et l'irrégularité du travail, n'attendre que des chefs mieux exercés dans l'art de l'insurrection pour promener partout le fer et le feu ; y a-t-il du bon sens , y a-t-il de la pudeur, je vous le demande, à venir nous vanter les progrès de la civilisation?

D. On dira que Textrème civilisation touche à la barbarie.

R. Ce prétendu axiome n'est qu'une des nombreuses absurdités mises en circulation par les gens de la phrase. Je ne m'arrêterai pas à vous montrer qu'un peuple arrivé à l'extrême cmlisation serait précisément celui qui , par la moralité parfaite de toutes les classes et leur étroite union , aurait expulsé de son sein les derniers ferments de la barbarie. Je reviens à notre première objection, pour vous faire observer que nos convulsions sociales appellent un tout autre remède que le redoublement du travail et le triomphe de la théorie du libre échange. ''

Le principe du libre échange, étudié dans le pays des

même du mouvement général et tenant à tous les intérêts, semble vouloir rendre ces positions inaccessibles , et s'y retrancher contre ses inférieurs. » Études, 1. 1, p. 427. — Si le clergé catholique ne fait que prêcher la désertion des liens de la famille et de la patrie, comment a^t-il pu faire surgir de la barimrie du moyen âge cette société chrétienne, tellement puissante par l'esprit religieux de famille et de patrie, qu'il a fallu plus de trois siècles aux philosophes, aux économistes et aux discoureurs sur les conditions normales du travail, pour U réduire en poussière ? Voilà à quoi on s'expose , avec mi beau talent et du savoir, quand on veut parler de ce 4iue savent et font ta prêtres, sans les avoir jamais interrogés ni vus de près à l'œuvre.

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abstractions, est très-propre à passionner les idéologues ; mais, pour qu'il ne fût pas mortel dans la pratique, il exigerait deux choses des peuples qui l'admettraient : V leur ^alité absolue sous le rapport des forces intellectuelles el physiques, et des conditions territoriales, géographiques et politiques ; 2® assez de modération et de sagesse pour ne jamais se faire une concurrence ruineuse. Que l'Angleterre, extrêmement abondante en machines de fer, d'ader, de chair humaine, et dont le sol recèle des houillères d'une richesse inépuisable ; que l'Angleterre, qui a jeté dans les ateliers de l'industrie manufacturière les trois quarts de ses habitants, et qui, pour un chétif morceau de pain, obtient des enfants de ce peuple de forçats un travail non interrompu de dix-huit à Tingt heures; que l'Angleterre, qui possède dans les ludes orientales plus de cent millions de serfs taillables à merci ; que l'Angleterre, qui courre les mers de ses vaisseaux occupés à l'approvisionner de matières premières et à inonder les marchés du globe des produits de ses manufactures; que l'Angleterre, dis-je, soit libre-échangiste, on le conçoit. En attirant les autres peu* pies sur le terrain de la concurrence illimitée, elle donnerait du travail aux masses de populations abruties et affamées qui la fout trembler pour son existence; la ruine inévitable de notre continent livrerait aux capitalistes d*Albion le monopole de l'industrie et du commerce universel, et leur permettrait de soutenir pour un temps la situation sociale et poUtique la plus anormale et la plos inhumaine.

Vous devez comprendre que les intérêts des nations continentales sont absolument opposés à un tel système. Leurs maladies morales et matérielles , et les daugers inunenses qui en résultent, étant visiblement l'œuvre de l'anglomanie, eUes ne peuvent se sauver que par l'opposition la plus énergique à l'esprit de la politique anglaise. La lutte ne sera pas longue, car quiconque se porte bien et n'a que quarante ans peut espérer de voir l'Angleterre revenir à

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l'esprit ffhriéti^» pu payer 4 Dim et mx hommes fia dette poiir J^ l^Ue mission qu'elle s*est doim^e de rétablir lescla» yage 3ur un pied de lHM?bm*ie incomu à Tantiquité. En f^ffei , les législateurs ^tiques 9 «i^ di^larant les esclayes pf oj^té dQmestiquey jn};â!essfdent 1$6 maîtres à la cdnseryatiou de ces machines travaillantes, (.a législation anglaise abandonne les masses à la libre exploitation des maîtres, et, par le don de l'indépendance légale, elle leur assure la liberté de se dépraver sans mesure et de mourir de faim.

Gomment faire rentrer les populations, des voies de Ta* brutissement moral et physique, dans celles d'une véritable civilisation ? C'est en les ramenant aux croyances et aux {Hratiques par lesquelles l'Europe a successivem^t triom* phé des bourbiers de la barbarie païenne, des flots de la barbarie du moyen âge, des assauts de la barbarie musulmane ; c'est en leur apprenant à solenniser les événements qui ont transformé la face du mcmde et déterminé les hommes à s'occuper de la culture de le^r âme, à se traiter en bons frères durant leur voyage vers l'éternelle patrie.

Que sont, en effet, les fêtes catholiques? i expression publique de la joie, de la reconnaissance, de }'amour que doivent inspirer à tous les chrétiens des événements qui dorminent tous les événements : la naissance, les travaux, les souffi'ances, la mort, le triomphe, les adorables institutions du Dieu fait homme et crucifié pour le salut de tous. C'est le juste hommage que la famiUe chrétienne doit à la Femme bénie entre toutes les femmes, et dont le culte, comme je vous l'ai fait voir dans le troisième article du Symbole, a relevé la femme et Ta rendue capable de sa haute fcmction de première éducatrice de V homme. C'est enfin la commémoration des apôtres, des martyrs, des grands homr mes qui, par leur héroïque dévouement et leurs travaux, ont acquis des droits impérissables à la reconnaissance de tous les peuples civilisés.

Une nation nourrie de ces hautes pensées aura toujours assez de forces physiques pour contraindre le sol le moins

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fertile à loi fournir sa subsistance. Elle aura surtout asset de charité pour ne pas laisser ses indigents en proie à la famine. Croyez-le bien : Tart clurétien de faire un bon emploi des richesses importe beaucoup plus à la vie d'un peuple que l'art de les multiplier sans mesure et d'élevé des montagnes d'or à côté des abîmes du paupérisme.

Au reste, je conviens que tant qu'une meilleure politique n'aura pas, à force de patience et de sagesse, rétabli Téquilibre social en reportant vers l'industrie agricole l'excédant de population ouvrière qui s'étouffe dans les villes, la multipUcation des fêtes offrira de graves inconvénients sous le rapport économique et moral. Les campagnes n'auront pas assez de bras pour qu'on réduise leurs heures de travail ; les villes, pas assez d'esprit religieux pour que les fêtes y soient ce qu'elles doivent être, un puissant moyen de culture morale.

Je n'ai pas besoin de dire que le sacerdoce catholique se prêtera toujours volontiers aux arrangements que les circonstances réclameraient en cette matière. Mais il est bon d'observer que, la réduction des fêtes étant une diminution de fatigue pour les prêtres, le zèle pour cette espèce de réformes les exposerait à des accusations qui, pour être injustes, n'en préjudicieraient pas moins à la confiance dont ils doivent jouir pour opérer le bien (1).

(1) Un trait entre mille. A l'époque du concordat de ISOl, un curé ayant chaudement combattu en chaire les clameurs de ses paroissiens contre la suppression d'un grand nombre de fêtes, le patriarche de l*endroit alla lui dire au sortir de Téglise : « Monsieur le curé, tous 6tes jeune, et je suis un des anciens du pays : permettez-moi de tous donner un conseil. Quand yos sjpérieurs vous enyoieot des ordres, des mandements, lisez-noos-les , queb qu'ils soient, c'est votre deyoir; mais n'essayez pas de nous faire goûter une HMSure qui, entre autres bouleyersements, nous ôte quinze jours de repos pour vous les donner. Vous y perdriez yotre latin. »

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