‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 181 sur 230 · HUMBLEMENT · texte numérisé non relu

HUMBLEMENT

D. Vous savez quelle tempête d'objections soulèvent ces préceptes , surtout le premier.

B. Oui ; et comme cette tempête a commencé avec les préceptes et ne finira probablement qu'avec eux j elle est une très-belle preuve de leur solidité. Je crois avoir fait justice de la plupart de ces objections dans les ouvrages où j'ai traité avec quelque détail de la Pénitence et de l'Eucharistie. Ici mon but étant, non de justifier un à un les divers articles de la doctrine catholique, mais de vous montrer la chaîne qui les relie les uns aux autres et en fait un tout indivisible , permettez-moi de ne pas m'écarter de cette méthode ; car il en résultera bientôt, j'espère, une réponse péremptoire à l'universalité des objections contre la Philosophie du catéchisme catholique.

Si l'Église catholique a usé de son pouvoir législatif, ce n'a pas été certes par le vain désir d'en faire parade, comme nos manufactures législatives, qui croient s'immortaliser en publiant plus de lois dans une année qu'un peuple n'en saurait lire. En quoi consiste la législation générale d'un gouvernement qui compte dix-huit cents ans de durée et n'a d'autres limites que celles du monde ? En six lignes, qu'un enfant apprend dans une matinée et récite en moins d'un& minute. Et quel est le but de ces six lignes ? C'est l'application à tous et à chacun des diverses prescriptions de la lot divine.

En effet, quel est le but du premier commandement de l'Église : Les fêtes tu sanctifieras ^ etc.? — C'est la susbtitution des solennités chrétiennes aux solennités juives, prescrites par la loi du Sinaï. Quel est le but du deuxième : Les

dimanches messe ouirasy etc. ? C'est la subsUtution aaxdiyers sacrifices par lesquels les Juifs célébraient la création du nKHide et la promesse de sa régéaération, du sacrifice adorable qui a opéré la rédemption du genre humain, scellé le traité de Féternelle alliance, et ouvert à tous les hommes de bonne volonté le chemin de la vârité et de la vie.

Par ces deux premiers commandements, l'Église pourvoit WBL premier besoin des âmes i Vinstmetion religieuse ; instruction produite par la distribution de la parole divine ; mstruction fécondée par la prière publique ; instraofion sûsissant toutes les facilités de l'Ame par les diverses i&tfté* iHonies du culte. Vous avez pu voir que Texactè observatieii de ces deux préceptes serait le meilleur rempart contre rirruption de la barbarie. Venons maintenant au lerriMe précepte.

Tous tes péchés confesseras^ à tout le fhoins une fbiè fèm. — Que nous est-il ordonné par là ? De travàillei* à raeé6m-> glissement dans notre âme de i'œtivre de la rédemption; Aé remplir le but pour lequel le Fils s'est soumiâ à la ihort delà croix. Quel a été ce but? La sanctification de noe Ames par l'abolition de nos iniquités. Or la méthode à stiivt* petit obtenir la rémission de nos péchés a été déteftiiiiiâB par Jésus-Christ j quand il a dit à seà ministres , après avoir répandu sur eux son souffle : Receve^i le Saint-Esprit ; cm» d qui vous remettrez leurs péchés ^ ils leur seront remis, et ils seront retenus à ceux à qui irons les aurez retenus (1). De là l'obligation pour chaque chrétien de sôumetti^è ses ptché& au jugement de ceux qui sont investis du pottvôit dé les remettre ou de les retenir, selon les bescràs et les dispositions du coupable. Qu a fait l'Église sur cet article? Elie n'a fait que déterminer les limites du temps dans lequel les âmes les moins diligentes doivent remplir un devoir éteentiel à la vie chrétienne. A-t-elle été trop rigoureuse ëh restreignant ces limites à une année ? Avec tes obliga-^ ttons d'un chrétien^ telles que vous leii coniiaiissez, je vous

(1) Saint H9lu, XX, 22, 23.

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lé demande : crbyez-TOus qu*titi adqlte puiââè trayerser une année sans éprouver le besoin de piîrlfier son âme, au moins une fois, dans le baifa du sacrement de pénitence , et d'y puiseï^, ainsi que dans la cOiniiiumon , les forces nécessait^s pont ptatiquèt constamment les vertus dirétienoês et pl*éftefvé^ Son âme de la contagion des viceé ?

D. Si la chose ii'est pas Impôèsiblfe pour tous , èjlè estdn tnoins bien difficile ponr le gràùd nôinbre, tant l'annëe est longue et la vertu humaine courte !

R. Cela ëùffit pour justifier la loi générale de ITÉglïse sur icettë matière et eonfondre toutes îés plaintes qu*ellç sou* lève. CroyeÉ-le bien : Vâtlie qui, à la ^n d'upe année, se trouve sans reproche devant la loi de Jésus-Christ, se jugera encore telle à là fin dé sa carrière. Or lés âmes pùrès qui n'ont, durant la vie, aucune souillure^ aùciih tort à d^ plorër, â réparer, à confesser , en découvriront probjâblelîieAt asèéz au tribunal de Jésùs-Chrîst pour que l'instituteur du sacrement de pénitence leur inflige la pénitence qui n^ ânirâ pas.

Mais le sàcrétiaént dé pénitence ii*est pas seulement le moyeu Spééial établi par le Sauveur des aines pour remet'tre les péchés commis après te bàptênie. Considéré dans les actes qui en préparent, en accompagnent et suivent la réception, à savoir : l'examen de conscience , la contrition, le ferme propos pour l'avenir , la déclaration des péchéiï, les avis du confesseur, la réparation du mal ou satisfaction; considéré, dis-je, â ce point de vue, le sacrement de pénitence est le moyen le plus efficace, disons mieux, le seul efficace, d'appliquer aux individus la règle de la foi et de la morale chrétienne. C'est le christianisme se mettant à la portée de tous et se proportionnant à Tétat et aux besoins de chacun , entrant dans chaque conscience pour éclaire^ les plus secrètes allures de rame, dissiper ses illusions, redresser ses voies, prévenir ses chutes, et la faire marcher sur les traces du divin modèle des élus.

En un mot, c'est le christianisme pratique, le seul qui

sauve les âmes et les corps daus cette vie et dans Tautre. Otez le gouvernail de la confession, les Ames vont à la dérive, emportées par le souffle des passions en mille directions contraires. Il ne reste plus que le christianisme général, vague, indéfini ; on en parlera comme on parle de la pluie, du beau temps ; mais ses préceptes, livrés aux commentaires de chacun , influeront autant sur les mœurs que nos observations météorologiques sur la marche de la température.

Cette toute^puissance morale de la confession a frappé les plus nobles penseurs catholiques, protestants, incrédules. Je vous invite à lire les Lettres d'Atticus, dédiées à Louis XYin par lord Fitz-William (Londres 181 1), vous y trouverez une belle démonstration de cette thèse fort singulière pour unpubliciste protestant : La vertu^ lajuêtice^ la moraUy doivent servir de base à tous les gouvernements, — Il est impossible d'établir la vertu, la justice^ la morale, sur des bases tant soit peu solides, sans le tribunal de la pénitence.,., qui appartient exclusivement aux catholiques romains. — /{ est impossible d'établir le tribunal de la pénitence sans la croyance à la présence réelle, principale base de la foi catholique romaine. — Donc il est impossible de former un système de gouvernement quelconques qui puisse être permanent ou avantageux , à moins qu'il ne soit appuyé sur la religion catholique romaine (1).

C'est aussi ce que reconnaît le rationaliste Pierre Leroux, quand, comparant l'ordre social fondé par l'Église catholique à celui qu'ont voulu lui substituer les sécularisateurs modernes, il adresse à ceux-ci cette éloquente apostrophe : <• Et quel frein avez-vous laissé aux misérables, et quelle règle de vie leur avez-vous donnée ? Vous avez effacé de leur cœur Jésus-Christ qui commandait aux hommes, au nom de Dieu, de s'aimer les uns les autres, et qui promettait un port aux affligés. Mais savez-^vous que c'est

(1) V. le Rémmé du livre, à la fin de la I^ettre F*.

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