LIVRE m
pour faire surgir trois à quatre cents législateurs dans un État grand comme la main. Sa fécondité législative est fabuleuse. Vingt chariots, attelés chacun de quatre paires de bœufs , auraient peine à remuer la montagne de lois , de décrets, de rapports, etc., sortis de ses ateliers et manufactures depuis un demi-siècle.
Cependant où allions-nous , sous la conduite de tant de génies? De révolutions en révolutions, nous touchions à celle qui devait ensevelir dans la fange et le sang les derniers débris de la société.
Heureusement , au-dessous de l'Europe politique se trouvaient les grandes masses de TEurope chrétienne, qui prient, travaillent, parlent très-peu politique, lisent moins encore, n'écrivent pas, et persistent à croire que la meilleure des législations, ce sont les commandements de Dieu, et que le plus parfait des gouvernements, c'est le plus chrétien. Leurs gémissements, toujours étouffés ici-bas par le tonnerre des tribunes législatives et les aboiements de la presse, ont pu monter au ciel et y porter cette requête : «« Jusqu'à quand, Seigneur, laisserez-vous les nations éclairée de votre lumière sous la main de ces aveugles ? Ètatabliasez sur eux un législateur qui leur apprenne qu'ils sont des hommes (1), et qu'il n'appartient pas aux hommes de refaire des peuples régénérés et élevés par vous ! »
La prière, ce semble, a été exaucée. Chez la nation dont les mouvements entraînent l'Europe, à l'heure où les plus intrépides espérances s'évanouissaient, un législateur s*est levé, qui, d'un signe, imposant silence à la France parlementaire, dissipant les armées du socialisme, s'est adressé à la France réelle et lui a posé cette question : « Français, voulez-vous un gouvernement fort et réparateur, qui vous aide à rompre avec les théories des idéologues et des faux dieux^ pour revenir aux préceptes du Christ, et reprendre,
(i) Constitue f Domine , legislaforem super eos, ut sciant gentes guiu homines sunt, Ps. IX, 21.
414 LA PHILOSOPHIE DÛ GAtÉGfiISMË GATHOLIQtE.
an dedans et au dehors^ Fattitude qui convient à Tainée des nations chrétiennes ? Répondez oui ou non ! » On connaît la réponse itérative des Français. Ce peuple, naguère si ditisé, réputé ingouvernable, surtout par un pouvoir monarchique et religieui, vient de porter sur le trône, avec un ensemble et un enthousiasme incoïnparableâ, le prince qui, par ses actes encore plus que pai" seâ paroles, M à promis Un gouvernement décidément chrétien.
En même temps que lia France donhé tè ihetvcilléux spectacle au monde , FAllemagne ^tholique salué avec amour le jeune empereur qui , inaugurant son règne par ttne rupture éclatante avec ^autoCj^âtie ecclésiastique du philosophe Joseph II , et àVec le charlatanisme libéral des assemblées politiques, a aussi voulu que la liberté de l'Église et là bonne entente avec elle fussent une des basés de don gouvernement.
Dans les ardentei^ sympathies qu*a excitées là conduite de ces deux princes, on voit et le témoignage naturel dé là réconnaissance dès peuples envers leurs libérateurs , et le témoignage du Dominateur suprême, remplissant sa ptomesse aut Chefs des peuples : Je glorifierai ceux qui fhe glorifièroni (1). On voit de plus une grande leçon à TEuropè politique et une raison d'espérer qu'elle réalisera bientôt les paroles prophétiques de Fauteur du Génie du christianiime, dans la cohcîusiôn de son immortel travail :
« Peut-être un jour les diverses formes dé gouvérnetnent, horà te despotisme, paraitront-ellès indifiérëntes, et l'on s'en tiendra aux simples lois ihorâlés et religieuses, qui sont le fonds permanent dès sociétés et le véritable gôtivernement des hommes. »
II) î kèg., tl, 30.