LIVRE IV
les répugnances d'un monde bien plus incrédule que le nôtre, et justifié cette parole : Qiuind on m'aura élevé, j' attirerai tout à moi. Cette puissance est toujours la même. On ne saurait trop le redire à ceux qui travaillent à la conversion des âmes : la science des sciences, pour vous, doit être celle de saint Paul, la science de Jésus et de Jésus crU' cifié. A l'exemple du grand convertisseur des nations, pénétrez aussi avant que vous pourrez dans les profondeurs de la charité de Jésus-Christ, et vous en sortirez avec des traits qui iront droit au cœur des ennemis du roi des âmes (t), et y tueront Tesprit d'incrédulité, qui n'est qu'un sentiment de défiance envers Dieu, défiance prompte à dé* générer en aversion. Vous gagnerez plus à répéter les sept paroles descendues de la croix, qu'à emboucher les trompettes et à faire vibrer les foudres et les éclairs du Sinaï.
En faussant dans les esprits la notion de Dieu et en exaltant prodigieusement l'orgueil, le protestantisme, le jansénisme et le philosophisme ont préparé la voie au rationalisme panthéiste et athée. Qu'est-ce en effet que le Dieu de Luther, de Calvin , de Bèze , de Jansénius et d'Amauld ? C'est le dieu fataliste, sans justice, sans amour, qui commande des choses impossibles, et qui prédestine, selon son bon plaisir, les uns à se prosterner éternellement devant sa face pour glorifier sa capricieuse miséricorde, les autres à descendre dans le feu inextinguible , pour servir de monument à son absurde justice ; dieu égoïste et jaloux, qui fait de ses élus des esclaves muets et impuissants, dont il ne veut pas que nous honorions la mémoire, que nous réclamions l'appui. Qu'est-ce que le dieu du philosophisme déiste? C'est le dieu muet et inexorable de la nature, qui, nous gouvernant par des lois générales et inflexibles , regarde du même œil l'oppresseur, l'opprimé , l'assassin, la victime, donne aussi peu d'attention à nos prières qu'au chant de la cigale et au bruit du torrent. Or, pendant qu'ils
(t) P8. XUV, 6.
430 Lk PHILOSOPHIE DU CATÉCHISME CATHOLIQUE.
prêchaient un clicu régnant despotiquement sar des hommes-machines , les réformateurs biblistes et sophistes , par u^e contradiction naturelle à Terreur et très^logique, proelamaient Findépendaiice et la souveraineté religieuse de chacun.
De là, dans les âmes , un fonds d^aigreur et d'hostilité contre la notion d*un Dieu distinct de l'univers et de Vhomme ; de là une tendance à repousser coinme nu abuè tonte autre religion que cdle de l'humanité. Le remède i cette terrible maladie est dans le développement iie œtté définition : La religion par excellence de Vhumanité:^ la religion qui dimnise vraiment les homthes, est celle qui; m lieu de sacrifier les hommes aux dieux qu'ils se sont dànnH dans le del ou sur la terre, a pour base de sa foi et de son culte le sacrifice réel du vrdi Dieu au salut du genre Kumain.
J'ai dévoilé l'objectioq capitale qui se caché dahs les replis les plus secrets de Tàme et y dresse des autels à rorgueil. Il me reste à vous parler de celle qui se produit au grand jour et nous prend du côté de l'intérêt.
CHÂPÎtîlÈ lit.
De l'objection qae Ton ressasse devais sit mille ans, et toujours avec succès.
D. Quelle est cette objection ?
R. C'est l'objection qui séduisit Êvë et qtii se réâft!8ëit à ceci : « Votre soumission aveugle à la loi dé bien fait dé vous des enfants incapables de diâcferner le bien dri ihél| pj'en^ de ce fruit, et , acquérant du même coup la scîenèé et la liberté, vous serez comme des dieux. »
C'est rôbjectioh qui perdit les enfants de Dieu , quand, cédant aux attraits des filles des hommes, ils se dirent : • La famille de Caïn excelle dans l'art d'exploiter la terre et d'élever les enfants; recherchons donc son alliance. »