‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 200 sur 230 · LIVRE IVé 44K · texte numérisé non relu

LIVRE IVé 44K

trônes ministériels, y arrive avec des engagements envers son monde, engagements qu'il faut remplir. D'aillenrs, il a besoin d^hommes nouveaux pour faire de grandes choses, dont la première est de sauver TÉtat; car il est reçu, en pays constitutionnel, que l'État périclite chaque fois qu'un ministère agonise et qu il doit être sauvé par le nouveau ministère. Les sauveurs se succèdent avec tant de rapidité que, dans un petit royaume tel que le Piémont, les cadres de l'armée, de la magistrature, de l'administration, offriront un personnel capable de commander, de juger, d'administrer la moitié de l'Europe. £n somme, la nation privilégiée des électeurs se composera de fouctionnaires en expectative, de fonctionnaires en activité, de fonctionnaires en retraite.

Tel a été, et tel devait être le premier résultat de l'introduction, chez les nations catholiques, d'une forme de gouvernement étrangère et antipathique à leur constitution religieuse et sociale.

D. Il y a du vrai dans ce tableau ; mais on dira que vous n'avez peint que le mauvais côté du gouvernement représentatif.

B. Ne confondez pas, comme on fait trop souvent, le gouvernement représentatif lui-même avec la forme spéciale qu'il a revêtue en Angleterre. Le propre du régime représentatif est de tempérer l'exercice du pouvoir politique suprême, de le contenir dans de justes bornes par certaines lois fondamentales, par la défense, entre autres, d'établir de nouveaux impôts sans le consentement de la nation. Tout peuple qni ne veut pas être taillable à merci et soumis sans réserve au bon plaisir de ceux qui le gouvernent , doit posséder dans son organisation politique et administrative des institutions propres à éclairer le pouvoir suprême, à le seconder dans l'accomplissement de ses devoirs et à le préserver des excès par lesquels il court à sa ruine et y entraîne la nation. Mais il est évident que ces institutions ne peuvent être partout les mêmes, et que les meilleures sonj

446 LA PHILOSOPHIE BtJ CATÉCHISME CATHOLIQUE.

toujours celles qui s'adaptent le mieux à l'état social d'un peuple.

Le gouvernement par deux chambres, Tune héréditaire^ l'autre électiye, avec la liberté de la presse, le jury, etc., était, pour FAngleterre, une forme de système représentatif sanctionnée par les siècles ; et cette forme n'avait duré que parce qu'elle était l'expression naturelle de la sodété imglaise, c'est-à-dire d'une aristocratie compacte, extrême ment riche, conservatrice, régnant sails contrôle et sansi partage, à l'aide d'une royauté fantastique et d'une religion esclave. Transporter cette forme de gouvernement chez des nations catholiques par religion , monarchiques par habitude et par instinct, égalitaires par les mœurs ef par les lois, c'était, comme je vous l'ai fait voir, y semer à pleines mains la division et l'anarchie.. Toute forme gouvernementale tendant à se consolider en réalisant l'ordre social qu'elle représente, les partisans du gouvernement parlementaire devaient nécessairement entreprendre de former à l'eiïîgie de FAngleterre les pays dotés d'une constitution imglaise. Y asservir et annuler le pouvoir religieux et le pouvoir monarchique, protestantiser les masses et les courber sous le joug d'une aristocratie bureaucratique : telle est l'œuvre à laquelle ils ont constamment travaillé, à laquelle ils travaillent encore (plusieurs à leur insu) dans les pays soumis à lenrs manipulations. Et remarquez bien, je vous prie, que ce n'est point là abuser des libertés constitationnelles anglaises, mais que c'est les comprendre et les appliquer. Or vouloir protestantiser et aristocratiser des nations catholiques, c'est les pousser au socialisme, et je pense que vous en voyez la raison.

D. Je m'explique le socialisme, qui est la haine de tout gouvernement, par l'exaspération qu'a produite dans les masses le spectacle du gâchis et des scandaleuses profusions du régime parlementaire.

R. Sans doute, l'exaspération dont vous parlez a beaucoup contribué au succès du socialisme ; mais il ne faut pas

Page 1