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LIVRE IV

De là, dans toutes les classes, un immense, un incessant effort vers la production de la richesse. L'agriculture demandera à la surface de la terre tout ce qu'elle peut donner. L'industrie fouillera les entrailles du globe et y ensevelira de nombreuses populations, pour en e?.traire les métaux et le combustible. L'art manufacturier s'enrichira des procédés les plus économiques, et s'appliquera à généraliser et irriter les appétits du luxe par le perfectionnement et le bon marché de ses produits. Le commerce couvrira les routes de ses w^agons, les mers de ses vaisseaux, pour écouler les créations de l'industrie et lui procurer les matières premières. Le gouvernement sera entraîné dans le mouvement général; il devra mettre sa politique et ses canons au service de l'industrie et du commerce, et n'adopter, dans ses rapports avec les nations étrangères, d'autre morale que celle de l'intérêt matériel.

N'est-ce pas là ce que nous voyons dans les États protestants dont on nous vante les progrès, notamment dans l'Angleterre?

D. Oui; mais, au point de vue terrestre, quel mal voyez-vous dans ce progrès vers le bien-être?

R. Je vois qu'un effort aussi violent vers le bien-être ne fait que des victimes, et que, s'il profite à quelqu'un, c'est à l'ennemi du genre humain. Je vois et j'espère vous faire voir que cette marche désordonnée produit d'énormes misères dans le présent et provoque de grandes catastrophes dans Tavenir.

Commençons par un coup d'oeil sur le bien-être dont jouissent les élus de la richesse dans ces pays fortunés. Que fait de ses revenus, qui surpassent les listes civiles de nos souverains , l'aristocratie anglaise? — « Son activité s'emploie , nous dit M. Faucher , à convertir l'Angleterre en parcs et en prairies, qu'elle dépeuple d'hommes pour les couvrir de bétail et de gibier. Elle construit des châteaux, ou forme des galeries de tableaux, des bibliothèques, des collections scientifiques. Elle tourmente $es richesses

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jusqu'à ce qu'elle finisse par le suicide ou par V ennui (I). » Au-dessous de la classe des bientœureux^ coudamnés à tourmenter leurs richesses pour n'être pas tourmentés de Tennui jusqu'au suicide, que voyons-nous? La classe, beaucoup plus nombreuse, des poursuivants de la richesse, obsédés nuit et jour par le démon du calcul et du travail. Partout ailleurs, la moitié de ces hommes seraient d'honnêtes Crésus qui, retirés des affaires, jouiraient en paix de leurs revenus , et tourneraient leur activité vers la culture des lettres, des sciences, des beaux-arts, et les œuvres de bienfaisance privée ou d'utilité publique. Mais là où l'homme ne vaut que ce qu'il possède, et ne sort pas de la imlgarity^ à moins qu'il n'ait un million de revenu , la richesse n'est qu'un moyen de s'enrichir, et il n'y a de repos ni pour le capital ni pour le capitaliste. Aussi, quel air fiévreux, affairé, quelles mines froides, soucieuses , quel silence, dans ce peuple de spéculateurs ! Quoi de plus triste que ces villes enfumées , où l'on n'entend que les grincements du fer, le bruit monotone des métiers et le sifflement de la vapeur !

Le sentiment du bien-être, qui se manifeste par l'apaisement des désirs , n'est donc pas dans cette classe. Ce sont là néanmoins les hauts et puissants seigneurs de l'industrie, car celle-ci s'est constituée à l'état féodal comme la propriété territoriale, selon la remarque de M. Faucher. « Une filature, une mine, un haut fourneau, est une véritable baronnie, dont le propriétaire , commandité par les banques et gouvernant à l'aide des machines l'eau et le feu , a une autorité moins arbitraire , mais plus absolue, sur ses ouvriers, que le seigneur du moyen âge sur ses vassaux. Les ouvriers sont enrégimentés , et rien ne ressemble plus à une colonie militaire que ces colonies industrielles, dont la manufacture est comme la citadelle, la cheminée de la machine le drapeau , et où le manufacturier , en admettant

(1) Études sur V Angleterre, tom. I, p. 47

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