LIVRE I
Plus féroces encore que la loi , les mœurs romaines exigeaient des esclaves, des prisonniers de guerre, et même quelquefois des citoyens et des citoyennes, qu'ils s'entr'égorgeassent avec grâce, ou qu'ils se fissent dévorer par les bètes, soit dans les divertissements publics, soit dans les fêtes de famille (1).
Les empereurs, les sénateurs et chevaliers, les matrones et les vestales , s'entassant dans les amphithéâtres pour savourer les convulsions des victimes, et ne sortant de là que pour outrager la nature par des voluptés non moins abominables (2) ! — Des princes tels que Titus et Trajan consacrant à ces affreuses réjouissances, lun trois mille, l'autre dix mille malheureux , en une seule fois ! — Des historiens tels que Tacite racontant comme une belle fête regorgement de dix-neuf mille hommes sur le lac Fucin (3) ! — Des moralistes tels que Cicéron se posant cette question :
parole et entraîna ragsemblée en disant que Ton avait besoin de cette loi plus que jamais, depuis que, par l'aflluence des esclaves venus de tout pays et appartenant à divers cultes ou n'en ayant aucun , les familles romaines étaient devenues des nations. Postqnam vero nationes in familiis habemus, quibus diversi ritus, externa sacra, axU nulla sunt, colluviem islam nonnisi metu coercueris, etc. Tacite, Annal., XIV, 44.
( 1 } « Le seul peuple qui ait jamais fait un spectacle de l'iiomicide est lu peuple romain : tantôt c'étaient des gladiateurs et môme des gladiatrices de faiulUe noble, qui s'entretuaient pour le divertissement de la populace la plus abjecte, comme pour le plaisir de la société la plus raffinée; tantôt c'étaient des prisonniers de guerre que l'on armait les uns contre les autres, et qui se massacraient au milieu des fêtes, la nuit, aux (lambeaux, en présence de courtisanes toutes nues : on forçait des pères, des fils, des frères, de s'égorger muluelleroent pour désennuyer un Néron, et, mieux encore, un Ycspasieu et un Titus!. . . Le retentissement des glaives, les mugissements des animaux, les gcmissemeuls des victimes, dont les entrailles étaient traînées sur un sable parfumé d'essence de safran ou d'eaux de senteur, ravissaient la foule... Les festins particuliers étaient rebaussés par le plaisir du sang : quand on s'était bien repu et qu'on approchait de l'ivresse, on appelait des gladiateurs ; la salle retentissait d'applaudissements, lorsqu'un des deux assaillants iluit tué. Un Romain avait ordonné, par testament, de faire combattre ainsi de belles femmes qu'il avait achetées, et un autre, de jeunes esclaves qu'il avait aimés. » Cliateaubriand, Études hist,'. Mœurs des païens.
(2) V. Sénèque, ép, XCV.
(3) Annal, \\\,bQ,
£t spectacle des gladiateurs est4l eruel tt înAnmatn, comme il paraît à qnelqties^uns? et n'onant la résoudre (l) ! — Auguste, qui s'effraye à bon droit de la dépopulation de l'empire, faisant en vain des lois pour mettre un frein à la lubricité, obtenir des unions, sinon légitimes, du moins fécondes, et diminuer le nombre des enfants que ceux qui en font encore vont jet^ chaque nuit dans les marais du Yélabre et au pied de la colonne Lactaire (2), etc. , etc. , etc. ! En fautril davantage pour établir ce fait : La civilisation fimiaine aboutit à Vextinction absolue du sens morale et son dénoûment eût été Vextinction de Vespèce humaine, si Jésus-Christ ne fût venu proclamer le dogme qui seul peut civiliser les hommes, c'e8t*à*^re leur apprendre à se respecter et à s'aimer ?
D. Quel est ce dogme?
R. C'est celui de la Rédemption de tous les hommes par le Fils de Dieu et de leur vocation au royaume éternel.
Au point de vue donné par Jésus-Christ, qu'est-ce que l'homme le plus déshérité des dons de la nature et de la fortune ? Ce n'est pas seulement le chef-d'œuvre des mains de Dieu , son image, la conquête, la propriété du Dieu-*- Sauveur; c'est un membre de son divin corps, un autre lui-même. Tout ce que vous aurez fait au moindre de mes frères (en bien ou en mal), c'est à moi que vous l'aurez fait (3) ! Telle est la règle du jugement qui fixera notre éternelle destinée. Nous en sommes prévenus : que nous traitions avec nos proches, nos concitoyens, avec les habitants de TEurope, de l'Asie, avec les noirs de l'Afrique ou les peaux-rov^ges du nouveau monde, ce n'est plus à des hommes que nous avons affaire. En s*unissant la nature humaine par le plus étroit et le plus indissoluble des liens,
(1) Crudele gladiaiorum spectaculum et inhumanum nonnullis videri solet; et haud scio an iia sil, ul nuncfit. Tuscult quaest. III, 41.
(2) Sur le sort de ces enfants, Yoy IV Histoire de ta société domestique, par M. l'abbé Gaume, F*' part., cli. il.
(3) Saint Matthieu, XXV, 40, 45.