LITRE I. 9S
le Verbe étemel s'est incorporé toutes ces àmef^ tous ces corps. C'est sur lui que portent toutes les injures, tontes les injustices dont ils sont les victimes : malheur à qui ne les aura pas réparées avant le jour desjmtkes l C'est aussi M qui reçoit le morceau de pain , le verre d'eau y donnés à celui qui a faim et soif, le vêtement dont on couvre celui qui est nu, la parole d'instruction, de sympathie, adressée à l'ignorant, à l'affligé : au jour des rétributions, ces oboles semées dans le sein des malheureux auront produit des trésors incalculables.
Vengeur tout-puissant de la faiblesse opprimée, caution des insolvables et des ingrats, rémunérateur magnifique des moindres bienfaits , Jésus-Christ ôte au méchant , futil assis sur le plus haut des trônes, l'espoir de l'impunité, et il dit à la bienfaisance : Ne te lasse pas dans la route du bien, et laisse-moi le soin de compter le nombre de tes sacrifices.
Dans cette adoption universelle des membres de la famille humaine, Jésus-Christ traite avec une prédilection marquée les petits et les faibles, barbarement sacrifiés par la société païenne.
Laissez venir à moi les petits enfants; car le royaume
des deux se compose de ceux-là,.. Vous n'y entrerez pas si
vous ne devenez semblables à eux»,. Celui qui prend soin
d'un de ces enfants en mon nom,, prend soin de moi... MaU
heur à qui par le scandale en perdra un seul ! mieux vau*-
drait pour lui qu'il fût précipité au fond de la mer avec
une pierre au cou (1) !
,.. La femme, avilie, écrasée par toutes les législations reli-
'gieuses et politiques imaginées par la sagesse humaine, le
Rédempteur la relève, en fait un être surnaturel, soit que
par la virginité, qu'il lui offre comme la meilleure part^
elle vive de la vie des anges (2), soit que par le mariage
(1) Saint Matthieu, XVUl, 2-6. — Saint Marc, X, 14-15.
(2) Saint Matthieu, XIX, 12. — Saint Paul, Prem, ép. aux Cùr„ VH.
elle accepte le rôle le plus laborieux dans la fonction plus divine qu'humaine de procréer et d'élever des hommes (1). Abrogeant toutes les concessions que la loi révélée elle-même avait faites à la dureté du cœur de l'homme y il dit à celui-ci : Tu es libre de commencer ici-bas la vie des cieuxy où le mariage est inconnu; mais si tu veux une femme, tu n'en auras qu'une; tu ne feras qu'un cœur et qu'une chair avec elle ; tu Vaitaeras comme j'aime moti Église^ pour laquelle je m'immole (2). Malheur à toi si, détournant d'elle tes regards, tu les portes sur une autre ! le désir seul te rendrait adultère (3) ; et les adultères ne peuvent trouver place dans mon royaume (4).
Ne voyez-vous déjà pas là le principe d'une révolution radicale dans les mœurs naturelles des hommes ?
D. Oui ; mais pour faire entrer ce principe dans le cœur des hommes, quelle difficulté !
R. La difficulté est telle, que celui qui l'a vaincue et a popularisé ces principes est évidemment plus qu'un homme. Mais comment Jésus-Christ a-t-il élevé le cœur des hommes à la hauteur des sacrifices nécessaires pour embrasser une loi si parfaite ? — Il a déchiré le nuage qui couvrait leur avenir, et leur a montré le royaume préparé par le Père céleste des l'origine du monde.
Et qu'est-ce que ce royaume? Ce sont les deux des cieux^ dont les millions de mondes resplendissant dans l'espace ne sont que le péristyle. C'est l'éternelle cité où les maux de l'àme et du corps ne trouveront plus de place, où les biens ne connaîtront plus de mesure, où la lumière sera sans obscurité, l'ivresse de la volupté sans intermittence (5). C'est l'intime société, la possession, la jouissance du Générateur des êtres, de celui à qui l'univers, avec
(0 Preni» ép. à Tim., lï, 15.
(2) Ép, aux Éphés., v, 25.
{3) Saint Matthieu, V, 28.
(4) Prem, ép. aux Connth., VI, 9, 10.
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toutes les beautés qu'il renferme^ n^a coùtd qu'une parole. C est le Dieurcharité qui , pour aceomplir Tœuvre et le» promesses du Verbe fait chair , et nous rendre les consorts de la nature dmne (1), transformera notre corps de boue en uu soleil de lumière et de vie incorruptible , initiera notre àme à tous les mystères de la science divine, in« yestira notre volonté d'une puissance sans bornes , nous r^idra, en un mot, les héritiers de ses grandeurs et les cohéritiers de Jésm- Christ (2). Au-dessous de ce royaume où Dieu déploie les trésors infinis de son amour et de sa puissance pour la glorification et le bonheur de ses enfants, Jésus-Christ nous fait voir le royaume des douleurs sans consolation , des ignominies et des tourments sans fin , réservé aux contempteurs de la loi de justice et de charité.
Je vous prie d'observer que ce double avenir sur lequel s appuie l'Évangile pour arracher les hommes à leurs penchants égoïstes ne surpasse pas seulement en grandeur et en motifs de certitude les croyances des peuples infidèles touchant le sort éternel des bons et des méchants. Il embrasse, de plus y l'universalité des individus humains , et offre une réparation complète et terrible des injustices, des désordres et de toutes les inégalités qui nous choquent dans la vie présente; ce que les théologies humaines n'ont jamais osé faire. Elles ont toujours sauvé les privilégiés de œ monde, perdu ceux qu'il méprise et déshérite. Leur paradis et leur enfer sont la continuation de l'ordre social établi ici-bas par d'inexorables divinités. Le paradis de Mahomet exclut les femmes, vil troupeau que le sale prophète remplace par les houris. Le paradis des Hindous ne veut ni femmes , ni parias , ni artisans , ni laboureurs , ni négociants ; à peine admet-il la noble caste des rois et des militaires.
Que trouvons-nous dans le monde souterrain où les
(1) Saint Pierre, Deita:, Ép., I, 4.
(2) Saint Paul, Ép. aux Rom., VIII, 17.
poètes de la Grèce et de l'Italie faisaient desoendfe ces restes feintastiques des défunts^ qu'ils appelaient mânes? Nous voyons, d'abord, des rives inhospitalières où se pressent et se lamentent les enfants fnorts avant d'avoir gùûté la vie^ et ces masses d'âmes vulgaires dont la vie obscure n'a rien qui fixe l'attention des dieux. Ici est le Tartare avec ses prisons et ses cachots, assez semblables aut souterrains infects où les maîtres renfermaient leurs esclaves, mt amphithéâtres où ils s'amusaient à les feire déchiqueter. Plus loin est VÊlyêée^ où les sages, les héros, les princes, leurs favoris, quiconque a fait de grandes choses, jouissent de la félicité suprême ; félicité néanmoins inférieure à celle des dieux, de toute la distance qui sépare l'Olympe de rÉlysée ; félicité si froide, que les poètes ont eu le bon sens de faire couler près de là les eaux consolantes du Lithé, où les âmes courent boire l'oubli de leur campagne sous terre pour revenir à la belle lumière du soleil. En un mot, les idées païmnes sur la vie future étaiefit éminem'^ m«ut propres à passionner les âmes pour les biens de œ monde. L'Olympe, l'Elysée et la terre redisaient à tous S Malheur aux petits et aux faibles !
Hais le ciel des chrétiens est ouvert à tous, et, avant tous^ à ceux qui ont porté ici-'has avec amour, du moins avec résignation, le poids de la pauvreté, de l^abjection^ du mépris, d'une vie laborieuse et obseure. Là les derni^ê Hront les premiers, et les premiers seront les dernierst JésmhChrist désigne d avance les Indigents comme nos introdincteurs dans les éternels tabernacles^ et comme nos meilleurs avocats au tribunal où les bouches les plus élo« quentes resteront muettes (1). Bienhéureua) les pauvret d' esprit f bienheureux ceux qui sont dans les larmes , ceuœ qui souffrent persécution , etc., car le royaume dee cieuâj avec ses trésors et ses joies, est à euxl La charité, l'amour de Dieu par-dessus tout, et des hommes comme de nous-
(I) Saint Luc, XVI, 9.