‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 35 sur 230 · M, LIVRE · texte numérisé non relu

M, LIVRE

et deoii-di^ux de la terre à se prosterner au pied de la^roix ayec leurs eselayes , c'était bien la plus radicale , la plus étonnante des révolutions.

B. Ajoaten que cette incroyable révolution est depuis des sièdea on fait accompli chez les premiers peuples de Vvin nivers.

Icif la foi n'est nullement nécessaire pour reconnaître œ mirade des miracles. Qu'on vénère ^ avec le monde catho* lique, les apôtres comme les plénipotentiaires de la sagesse itemelle^ comme les temples mvants de V Esprit-Saint ; qu'on les regaixie , avec le rationaliste aux formes polies , comme les disciples enthousiastes d'un grand homme ; qu'on porte la déraison et la rage de l'impiété jusqu'à les appeler, avec Voltaire, douze faquins : leur œuvre colossale n'en est pas moins là, répandant sur le monde un torrent intarissable de lumière et de vie, et échappant, par sa durée et par limmensité des résultats, à toute comparaison avec les chefs-d'œuvre de la sagesse et de la puissance humaine.

En présence du petit livre des quatre Évangiles, des Actes des apôtres et de leurs Lettres^ en présence du catéchisme catliolique , qui en est le résumé , que sont , dites-moi, les productions des plus beaux génies philosophiques depuis Pythagore jusqu'à Kant, Fichte et Schelling? C'est un labyrinthe de contradictions et d'obscurités , fréquenté par quelques esprits qui en sortent avec le mépris et Vineerii'tude de toutes choses (1). Parmi tant d'États qu'ils ont démoralisés, pervertis par leur scepticisme , montrez-moi un seul village que les philosophes aient fondé ou régi avec quelque succès. Mais voilà une moitié du monde qui mar* che depuis des siècles à la lumière de la parole apostolique.

Où sont les plus fameuses législations de la sagesse an tique .^ — Dans la mémoire de quelques érudits, obligés de sourire quand ils comparent ces pauvretés aux fondements donnés par les bateliers de Nazareth aux institutions sociales des peuples chrétiens.

(I) V. plus haut, Quesiions prélim., quest. !'•.

104 LA PHILOSOPHIE DU CATÉCHISIIB GAnOLlQUE.

Comparer les empires grands et petits à Tenij^re de Pierre j remplissant le passé , le j^r^nt , et assistant à la naissance et à la mort de tons les empires.

Les noms et le$ exploits des plus grands hommes ne $&nt plus qu'un thème de collège , selon le mot de Napcdéon. Mais les noms et les exploits des apôtres font toujours battre de respect et d'amour les cœurs de trois cents milKiMis d'hommes, et l'encens de la prière monte incessamment rers ces immortels régénérateurs de l'humanité.

Grande est la jme de l'archéolc^e quand il lui arrive de découvrir un des vestiges, toujours plus rares , du passage sur la terre d'une des illustrations de l'antiquité. Mais les monuments de tout genre que la vénération universelle entretient et élève chaque jour à la mémoire des apôtres et de leurs enfants dans la f(H, qui peut les compter?

Non ; même au point de vue humain , nulle gloire n'a ^alé, n'égalera jamais la gloire de ces pauvres pêcheurs qui se réjouissaient d'être le rd>ut de tom, les balayures du mande. Jamais les Grésus, les Césars, n'ont fait circuler autant de richesses, n'ont remué autant de pierres, n'ont exercé autant de ciseaux , de pinceaux et de plumes , que ces pauvres d'esprit qui disaient : Nous n'avons ni or ni ar^ gent (1). Tandis que les chèvres broutent les ronces qui croissent sur les palais d'or des Césars et des Lucullus, Bome voit tous les peuples qui sont sous le soleil porter aux tombeaux' des apôtres le tribut de leur vénération. Ne trouvez-vous pas que Jésus-Christ a bien tenu la promesse, en apparence absurde, qu'il leur avait faite, de leur donner dans le siècle présent le centuple de ce qu'ils auraient abandonné pour procurer sa gloire et le salut de leurs frères (2)?

D. Oui, certes, et je trouve la réalité au-dessus de la promesse ; des millions de temples, d'autels, de chaires, k la place de ces misérables barques et chaumières dont ils

(I) Acfes des apélres, lil, 6.

Ci) Saint Matthion, XIX, 19.

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firent le sacrifice ; des milliards de clirétieus les saluant de siècle en siècle da nom de pères de leurs àmesy a la place de ces fils à qui ils eussent légué leurs filets , et de ces pe* titfrfils qui les eussent oubliés : c'est là, ce me semble, un peu {dus que le centuple.

B. Avouons néanmoins que tous nos témoignages d'admiration et de reconnaissance restent au-dessous du bienfidt, et que les gloires du ciel peuTent seules acquitter la dette du genre humain envers ses libérateurs. Que sont, en effiet, les exploits des dieux, demi-dieux et héros chantés par la poésie païenne? Que sont les travaux intdUectuds, artistiques et militaires les plus vantés par Thistoire grécoromaine, quand on les compare aux travaux des hercules chrétiens affranchissant les hommes de stupides préjugés , de mceurs abominables, ramenant a la vie morale et civile les dix-neuf vingtièmes de notre espèce , et changeant en hdtels-Dieu desservis par des vierges les cirques et les amphithéâtres où Félite de la société allait savourer les jouissances de rhomicide mêlées aux infamies de la prostitution ?

Ce que je tiens surtout à vous foire remarquer dans cette guerre gigantesque , c'est la qualité des assaillants. D'où sortaient ces légions de martyrs, à la parole si éclatante de vérité et de raison, au cœur si intrépide? Elles sortaient de tous les rangs de la société, mais principalement des masses, c'est-à-dire du chenil des esclaves. Beaucoup de maîtres y étaient enrôlés par leurs esclaves, devenus leurs maîtres dans la foi. A côté des Agathe, des Agnès, des Fâicité, à qui les persécuteurs reprochaient de souiller leur noblesse et de décAionorer leur famille par la profession d'une religion sertile^ on voyait les esclaves Mandine, Potamiène, etc., confondre par la noblesse et la solidité de leurs réponses le savoir des magistrats romains , et les réduire à rebattre sans fin cette injonction brutale : Adorez les dieux de Vempire et les images sacrées des empereurs^ sinon on vous traitera comme votre Christ 1 Que devait produire à la longue, je vous le demande» le spectacle incessant de

oette guerre intelketuelle où l'on voyait les esdaves d&Fnn et de l'autre sexe déployer une sdenee et un eonrage aur dessus de l'humanité ?

D. €^était là, je pense, une belle protestaticm contre le proverbe immémorial qui faisait de Tesolave tme choH nurinê vU0 que nulle , tin eorpi $ani âmê » p#u diffénni de Vanimal.

: R* Oui, si vous voulez lire la véritable hUtoire de la cimlisation européenne, prenez en main l'histoire des cinq premiers siècles de TÉglise. Voua y verres en grand ce lait, que je vous donne en abrégé.

Les grands seigneurs de Borne, qoi^ par la dévastation du monde, avaient fait de leurs familles des nationij selon le mot de Tacite, ne furent pas plutôt chrétiens, qu'ils reconnurent pour enfants et pour frères les innombrables esclaves qu'ils avaient jusque-là considérés comme voués, corps et âme, au culte des intérêts et des vices du maître. Ils travaillèrent eux-mêmes à répandre les lumières et les vertus chrétiennes dans ceux qui avaient résisté jusque-là aux sommations évangéliques. Affranchis au moral, ces enfants de la servitude se préparèrent par la sainteté des mceurs à recevoir raffranchissement civil. Que d'héritiers, que d'héritières des grands noms et des grandes fortunes de l'empire, après avoir distribué leurs biens à leur immen^ ûtmille, allèrent à l'église, suivis de huit mille esclar vtft^ comme Pinien, sa femme Mâanie et sa belle^mère Albine, dire à Vévéque : Au nom du Dieu &it esclave pour notre délivrance, recevez l'acte d'affranchissement de ces bons serviteurs, devenus nos maîtres par leurs vertus, et daignez nous accorder en échange la, livrée des plus pauvres, des plus humbles serviteurs de Jésus^ Christ !

. Ainsi se cicatrisa au feu de la charité chrétienne la plus afhreuse plaie de l'ancienne société.

Quand le monde barbare, se ruant sur l'empire romain, y eut reconstitué de nouveau la division de la famille humaine en seigneurs Irès-hauts et en hommes de néaiU, com-

mmt le» ^ceei^aiif» de» apôtra» miBàrentHUa oatia (mtH é» V^rgmiX et de k eapîdité des Yainqueurs ?

BanouYelaat les prodiges des anciens jours, ils déter* mi^JWtif nm pal quelques seigneurs, mais des rois^ de gpauds princes^ à descendre par Yingtaines des splendeurs du trône, pour se placer sous le gouyernement de leurs serf s^ dans rhumiliié et la pauvreté du cloître. Ce fut pur CÊ$ félm de$ grands^ par eei menén de l'àffnusê ainbiUom des prêtres et des moines , pour parler comme nos libres penseursi que la eitUisation ehrétienne se dégagea triomphante du chaos du moyeu Age.

Que si cette mèaie cif ilisation court aujourd'hui dlnn menées dangers par le débord^nent, dans toutes les cou-> fobes sociales, des trois affluents de la barbarie , l'orgueil^ la cupidité, le sensualisme , vous comprenez déjà, et vous comprendrez toujours plus, à mesure que nous avancerous dans ces études, que l'unique antidote contre la barbarie est dans la foi pratique à la loi de Jésus-Christ.

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