LIVRE I
K. Ëa y réfléchissant bien, vos soupçons se changerout en certitude. Je passe à une seconde considération.
Vuniversaliîè ne resplendit pas moins dans la vie per* sonnelle de Jésus-Gbrist. Depuis Tétable de Betiiléem jusqu'au Calvaire, cette vie résume en soi la vie humaine avec tous ses contrastes, toutes ses péripéties.
Vous voyez là une naissance qui offre le maximum de la misère et de la grandeur : un berceau , ou plutôt une crèche entourée d'hommages , d'adorations , de présents , partis de près , de bas , de très-haut , de très-loin ; une crèche sur laquelle éclatent de longs, de terribles orages.
Plus tard que voyez- vous ? L'enfant obscur d'un obscur ooyrier, que nous trouvons un jour au milieu des docteurs^ les émerveillant par ses questions et ses réponses, et qui de là regagne le pauvre atelier, où il attend sa trentième année dans le travail et l'obéissance.
Sa vie publique représente la vie du pontife des pontifes et la vie du plus bas placé des ministres de la religion; la vie du prince, du grand, recherchés de tous , et la vie du mendiant qui n'a pas un lieu où reposer sa tète. Il nourrit des multitudes, et laisse ses disciples apaiser leur faim avec des épis à demi mûrs. Le voilà assis à la table des riches, leur donnant de sévères leçons ; le voilà assis sur la margelle du puits de Jacob, demandant un verre d'eau à la Samaritaine et lui administrant la parole de vie.
Lui dont la morale si pure fait frissonner même ses disciples, il accueille avec une admirable tendresse les pécheurs et les rebuts de la société. Il prend leur défense contre ceux qui les accusent ; il parle des grandes réjotUs^ êances que leur retour produit dans le ciel, et se contente de leur dire : Allez, ne péchez plm.
Enfin, dans les trois derniers jours de cette vie incom^ parable, vous trouvez la marche triomphale du héros allant recevoir la couronne au milieu des acclamations d'un peuple ivre d'eathoasiasme , et laffreuse agonie du con-
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damne, subissant dans Tânie et le corps tontes les tortnres imaginables, et marchant an dernier snpplice an milieu des hnées d'nne multitude avide de son sang .
11 n'y a personne au monde qui, en étudiant cette vie, ne puisse se dire chaque jour : YoiU ce que Jésus-Gbrist a dit et fait en semblable circonstance.
YonleS'Tons prendre une idée des leçons diverses que les grands esprits puisent dans la vie de THomme^Dien, selon les divers auditeurs auxquels ils s'adressent? Écoutez quet qnes phrases de deux profonds penseurs, du commencement, l'un du cinquième siècle, Vautre du dix-nenvième.
Dans un catéchisme aux pauvres paysans de son diocèse, voici comment saint Augustin rendait raison de la vie de JésuS'Ghrist. Après un tableau historique de ce que Dieu ft ftdt dès Torlgine pour préparer la venue de son Fils et la conversion des hommes de la vie de la diair à une vie nouvelle, il continue ainsi : « En se faisant homme, le Seigneur Christ a dédaigné nos biens terrestres pour nous les faire mépriser, a embrassé tous nos maux pour nom porter à les souffrir, montrant ainsi que le bonheur n'est pas dans cettx-lâ, ni le malheur dans ceux-ci. En naissant d'une mère qui, quoique toujours vierge (vierge dans la conception, vierge dans Tenfantement, vierçe jusqn'à sa mort), était cependant mariée à un artisan , il a étouffé le fol ^ueil de la noblesse charnelle. En naissant dans la ville de Bethléem, la plus petite des villes de la Judée, et qui aujourd'hui encore est un village, il a voulu que personne ne se glorifiât du lien de sa naissance, n a voulu être pauvre, lui le maître et le créateur de toutes choses, afin que nul de ceux qui croient en lui n'osât s'enorgueillir de ses richesses. Quoique toutes les créatures reconnaissent son éternelle royauté , il n'a pas voulu être fait roi par les hommes^ parce qu'il venait ouvrir le chemin de l'humilité aux misérables que l'orgueil avait révoltés contre lui. U a souffert et la faim et la smf, celui qui nous nourrit, qui nous abreuve tous. On a vu harassé de fatigue sur les
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routes, celui qui nous a ouvert la route du ciel ; muet et sourd devant ses calomuiateurs, celui dont la parole ouvre la bouche des muets, Toreille des sourds ; chargé de chat** ne», celui qui a brisé nos chaioes ; cruellement flagellé , celui qui a éloigné lie nous tous les fléaux ; crucifié^ cdui qui a mis fia à nos tourments ; enfin, mort, celui qui ressuscite les morts. Mais il s'est ressuscité lui-même pour ne plus mourir, afin que chacun apprenne de lui à mépriser ia mort par la foi a la véritable vie, etc., etc. (i). d
Après cette leçon de l'aigle d'Hippone parlant aut esprits les plus grossiers, lisez, dans la Théorie du pouvoir civil et religieux, les belles considérations que H. de Bonald «dressait , il y a cinquante ans, aux penseurs de l'Europe, et dont je ne peux citer que le premier alinéa.
o Les autres législateurs donnèrent des préceptes, celuici <Jésus-Gbrist) donne des exemples. J'entends Numa, Solon, Lycurgue ; je vois Jésus-Christ, je le vois dans tous les états, et dans toutes les situations où Thomme politique puisse se trouver sur la terre, le modèle de tous les états et de toutes les situations de la vie. Je le vois dans la société naturelle, dans la société politique^ dans la société religieuse; homme privé, homme public; dans le repos et dans l'agitation , dans le commerce des hommes et dans les communications avec Dieu; dans les occupations extérieures et dans le recueillement et la prière. Dans la famille, il est fils, il est parent, il est ami ; dans la société politique, il est sujet, et même il est pouvoir; dans la société religieuse, il est pouvoir, et même il est sujet. Il partage la table du riche, et éprouve la misère du pauvre; il a des disciples qui l'écoutent, et des calomniateurs qui le déchirent ; il enseigne les docteurs, et il est interrogé par les juges; le peuple veut le faire roi, et ses ennemis le font mourir» Il ne représente pas un homme, car un homme 06 peut pas être platé dans tous les états, ni se trouver
(1) De caiteMsanâls tùditntë, cap. is.
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dans toutes les situations; il représente rhumanitë tout entière, et c'est un des caractères du Sauveur de tous les hommes. Il est fils respectueux envers ses parents, mais il préfère le dcToir d'être utile aux hommes au devoir d'être utile à sa mère. Il paye le tribut à César , mais il concilie ce qui est dû à Dieu et ce qui est dû au prince , au pouvoir religieux et au pouvoir politique. U est lui-même pouvoir par l'autorité de ses leçons et de ses miracles; mais il n'est pouvoir que pour répandre des bienfaits, iransiit benefaciendo. »
L'aperçu que je vous ai donné, dans ces cinq chapitres, de ï existence de JistAS-Christ , si imparfait qu'il soit , ne m'autoriserait-il pas à vous poser avec quelque confiance cette question : Esl-il probable^ possible méme^ que Jésus- Christ ne soit qu'un homme? Cependant renvoyons-la après l'examen de l'œuvre par excellence de Jésus-Christ : l'Église catholique.