‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 38 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Que le plan d*iine Église catholique a dû exister dans la pensée de Dien

el de son Christ.

D. D'ahord , qu'entendez- vous par une Église catholique ?

B. J'entends une société religieuse capable, par son organisation, d'embrasser l'universalité des hommes, et de les former à la connaissance et à la pratique de la loi de justice et de charité que Jésus-Christ a donnée au monde. — Dans

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Thypothèse (qui n'en est plus une) que Jésus-Christ soit renvoyé de Dieu parmi les hommes, le régénérateur du genre humain, ne voyez-vous pas que rétablissement d'une telle société a dû être le but, ou du moins le résultat de sa mission ?

D. L'unité religieuse a sans doute de grands avantages ; Hiais Dieu l'aurait-il autant à cœur que le supposent les catholiques ? La bigarrure des cultes religieux, choquante pour nos idées étroites d'ordre, blesserait- elle au même degré l'œil du Père céleste, riche envers lom ceux qui l'invoquent (1 ), quelle que soit la forme de leur prière ?

R. Si vous ne voyez dans les divers cultes non chrétiens }ai ont divisé Tancien monde, qui divisent encore plus l'une moitié du monde actuel, que des variétés innocentes [ans la manière d'honorer Dieu, je dois vous dire que vous l'avez pas la moindre connaissance de ces cultes, et qu'en es étudiant, vous acquerrez la conviction qu'ils sont DUS éminemment propres à détruire la notion du vrai Heu et toute moralité parmi les hommes. Pour ne rien lire des dieux et des déesses altérés de sang humain et rimpudicités, qu'adoraient VÉgypte , la Phénicie, la comnerçante Carthage, les Celtes, les Gaulois, les Scandinares, etc., qu'adoraient encore les Mexicains au seizième âècle , il me suffira de vous citer en exemple parmi les nations idolâtres les deux qui se distinguent le plus par la douceur et la politesse des mœurs, je veux dire les anciens Grecs, et les Hindous nos contemporains.

Je vous défie de me trouver, chez les premiers, un dieu, une déesse, que le jury le plus indulgent de nos cours d'assises ne se crût obligé d'envoyer au bourreau, ou au moins au bagne. J'en excepte à peine la chasle Diane, qu'on se bornerait à renfermer dans une maison de correction. Demandez à ceux qui ont étudié l'Inde eu quoi consistent la religion du Lingam, le culte de la déesse

(1) ijpUreaux Romains, X, 12.

Sacly^ etc., car je n'ai ui le temps ni le courage de vous le dire. Ils vous apprendront encore que ces Hindous, qui portent l'horreur du sang jusqu'à s'interdire comme un crime le meurtre d'un tigre, d'un serpent, d'un insecte, n'hésitent pas à brûler vives les veuves sur le bûdier de leurs maris, et à solliciter chaque année les bénédictions du ciel sur leurs champs par le massacre d'une multitude d'enfants engraissés à cette fin (1).

Enfin, ces bons musulmans, qui sont certainement les moins corrompus, les moins barbares et les plus priants des peuples infidèles, que demandent- ils à Dieu dans leurs incessantes prières ? Le paradis de Mahomet, c'est-à-dire la faveur de continuer, dans le monde éternel, une vie ordurière fondée sur l'avilissement de là moitié de Tespèce humaine. Le créateur de la femme, qui a fait du cceur de cet être le grand réservoir des vertus nécessaires à la bonne éducation des hommes, croj'cz-vous bien qu'il puisse goûter ces bestiales supplications ?

Que l'opulent déiste qui jouit eu paix dans nos villes des bienfaits de la civilisation évangélique, juge que tout va au mieux dans la famille humaine, renfermée pour lui entre son habitation citadine et sa maison de campagne, à la bonne heure. Qu'il soit plus amusé qu'ému de ce qu'il apprend par-ci par-là des mœurs, des institutions des peuples barbares ; qu'il y admire la sagesse de la nature, diversifiant l'espèce humaine comme l'espèce des singes; on le conçoit. Dieu et l'humanité auraient-ils bonne grâce à se plaindre, quand l'honnête philosophe a un bon lit pour se délasser des nobles fatigues de la table, de la promenade, du théâtre? Mais vous, qui avez déjà acquis une certaine connaissance de la tendresse de Dieu pour l'œuvre de ses mains, et des profondes misères de la plus noble des créatures, ne comprenez-vous pas qu'il y avait urgence

(2) Voy. VHisloïrede la société domestique, par M. Tabbé Gaume, et, plus bas, le ch. l*r du qiiatrièaïc fait.

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pour le genre homain que Jésus^Ubrist vint nous apporter, non une prière plus parfaite^ mais Tunique prière qui pviisse plaire à Dieu et sauver les hommes dans ee mcfnde et au delà ?

D. De quelle prière Toulez-Tous parler?

B. Des sept demandes, si ccmrtes, du Notre Père qui êlës aiêOf eieua. Bien comprise^, elles eontientient tout ee qilè IMeii vent de nous et tout cie qu'il faut $aix hommcfë pour Tlrre en bonne harmonie. Ces demandes étaient et sont encore inconnues aux peuples infidèles. En étudiant leurs enltes, vous Terrez qu'ils n'ont jamais demandé aul dieux leur réforme morale, l'extirpation des vices qui ferment aux âmes le séjour de l'étemelle sainteté , et qui font de la société un bourbier de fange et de sang.

Or si, pour enseigner le Pater noster aux hommes, îl fi'a fidlu rien moins que l'ayénement du Dieu-Homme, ne ▼oyez-ïvous que, pour perpétuer cet enseignement, il fallait une société religieuse embrassant l'universalité des temps 61 des lieux?

D. Oui, une telle institution était la conséquence logique, le complément nécessaire de la mission de Jésus- CSfarist, et je ne conçois pas que le croyant à la divinité du éhristianisme puisse rester dans le doute sur ce sujet. Mais le simple philosophe aura grand'peine à se persuader que l*anité religieuse du monde soit dans l'ordre des choses passibles , et même dans les desseins de Dieu , tant elle trouve d'obstacles dans l'opposition des idées, des mœurs, tant la persistance de la moitié de l'univers dans l'idolâtrie semble montrer, du côté du ciel , peu d'empressement à réaliser les vœux du Christ et des siens !

R. J'ignore l'art de persuader le simple philosophe, c'est-à-dire l'esprit frivole qui, content de phraser sur tout, évite la source première de toute conviction , l'étude eonscieneieuse des faits. Quant aux honunes qui apportent, comme vous, à la recherche' de la vérité des dispositions meilleures , voiei deux faits que je les prie de méditer.

L L*oppo8ition que l'Évangile rencontre actuellement dans les idées et les mœurs des peuples idolâtres n'est certainement pas plus grande, est même beaucoup moins grande qu'au siècle de Galigula , de Claude , de Néron , alors que, repoussée comme un scandale par les Juifs, comme une folie par les Grecs, la nouvelle religion ne parut aux grands esprits de Bome qu'une abominable superstition orientale^ digne de V exécration du genre humain. Si elle triompha alors de la sagesse des philosophes et de la haine des maîtres du monde, comment ne triompheruit-elle pas de Fignorance et de la faiblesse des idolâtres de TAsie, de rAMque, aujourd'hui qu'elle est depuis tant de siècles la religion des superbes dominateurs dont le compas a mesuré le globe à quelques mètres près, dont les flottes couvrent les mers, et font trembler sur leurs autels et leurs trônes les idoles mortes et vivantes de l'Asie et de l'Afrique?

Et puis cette oppo.«ition prétendue invincible que la loi du Christ rencontrerait dans la diversité des idées et mœurs, Tirlglise catholique ne Ta-t-elle pas vaincue depui longtemps ? Ainsi que nous le verrons bientôt, elle a toujour compté, elle compte encore des croyants plus ou moi nombreux chez les nations de toute langue, de tout pays |p d'oii Ton peut conclure, ce semble, que nulle nation u'op^ pose à la lumière évangélique d'insurmontables obstacles*

II. Comment se fait-il donc, demandez-vous, que le plus vaste et le plus populeux de nos continents, l'Asie, soit toujours couvert d'idolâtres , et (juc l'Afrique , en partie chrétienne autrefois, soit retombée sous le joug de la barbarie? Cela n'accuscrait-il pas une sorte de tiédeur du côte du ciel? — Non, certes ! le catholicisme, toujours dominant dans la partie la plus influente du monde, tenant toujours haut son étendard chez cent {)euples divers, malgré le feu incessant des persécutions, n'est-il pas une belle preuve de la persistance du ciel dans son plan d'évangélisatiou universelle? Mais Dieu a mis deux conditions à la conversion des infidèles : T qu'ils fussent attirés à la foi

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