‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 5 sur 230 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

[ Qu'on ne peut sans aveuglement douter de l'existence de Dieu. -~ Le Palais

de cristal.

D. Qu'entendeï-vous par Dieu ?

B. Pour écarter les démonstrations trop longues et scientifiques, je considérerai ici Dieu, non comme créateur, mais comme ordonnateur de l'univers, et je le définirai ainsi : Dieu est le grand maître qui a réglé et qui surveille si bien les mouvements de l'immense famille des êtres, que^ depuis des milliers d'années que l'esprit humain en contemple la marche, on n'a fait que découvrir de nouvelles preuves de la profonde sagesse de son gouvernement et de la profonde ignorance de ses détracteurs. Or, je vous le demande : étesvous bien convaincu de l'existence de ce maître, et de la futilité des raisonnements de l'athéisme et du scepticisme ?

D. Oui, et voici mon argument contre eux : L'ordre, qui se révèle partout dans l'univers, ne peut s'expliquer sans un ordonnateur, et les désordres que nous croyons y voir, s*expliquent surabondamment par notre ignorance.

K. Votre argument est plein de bon sens et de brièveté; mais comme les preuves les plus courtes, si justes qu'elles soient, ont souvent le malheur de ne produire que des convictions courtes et branlantes, je désire une démonstration de l'existence de Dieu, fondée sur une vue moins vague de l'ordre universel.

Analyse feite de ce que les athées et les sceptiques, anciens et modernes, ont dit et écrit de plus fort, on trouve que toute leur philosophie consiste à expliquer la marche du monde par le hasard^ par les lois iuconnues, par las

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forces occultes et fatales de réternelle matière. Et, quand on a fait justice de ce verbiage, ces messieurs ont coutume, les plus spirituels comme les plus sots, de nous jeter cette grossière bouffonnerie : Montrez-nous Dieu, et nous y croirons (l).

Pour couper court à ces déraisons et montrer comment le plus grand des esprits se révèle et se fait, pour ainsi dire, palper à l'esprit des hommes , voici une manière de procéder :

En 1851, des millions de curieux, partis de tous les coins du globe, sont allés contempler un immense palais de cristal, élevé dans un des jardins publics de Londres, et rempli des plus belles productions de l'industrie humaine à tous ses degrés et dans tous les genres. A côté des savantes machines dues aux plus profonds mécaniciens , des tissus merveilleux sortis de dix mille fabriques, des porcelaines de Sèvres et des tapisseries des Gobelins, on voyait les outils, la poterie et les tissus grossiers des sauvages du nouveau monde et de l'Océanie. Le nombre des objets exposés était tel, qu'un examen détaillé, n'eût-on donné qu'une minute à chaque article, n'aurait pas demandé moins de vingt ans.

Maintenant je suppose que, le jour où l'affluence était plus grande , un homme à la voix de Stentor, capable de faire arriver sa parole à cent mille visiteurs , leur eût tenu ce discours :

« Mesdames et Messieurs, vous êtes dupes d'une monstrueuse mystification ! Sur la foi des mauvais plaisants qui vous ont attirés ici, vous croyez avoir sous les yeux des produits de l'industrie humaine : il n'en est rien. Le Palais de cristal lui-même est sorti de terre comme en sortent tant d'autres choses. A la vue de ce champignon d'une forme nouvelle, les Anglais, qui spéculent sur tout et entendent à merveille Fart d'exploiter la crédulité humaine,

(l) V. dans VEssai sur la vie de Bernardin de Saint-Pierrey par M. Aimé Martin, l'orage que souleva Tauteur des Études de la nature, parmi ses collègues de Tlnstitut, en 1798, quand il osa y prononcer le nom de Dieu. , ,

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