LIVRE I. 1S
fiiits, pour en extraire des turpitudes et des crimes individuels qu'on étale, qu'on eiagère, qu*on généralise avec une douleur hypocrite. Que parmi ces deux à trois cent mille prêtres et religieux qui soutiennent par leurs travaux ce qui nous reste de vertus civilisatrices; il se rencontre de temps à autre (ce qui est inévitable) un Judas, un infAme, un empoisonneur, un assassin, un régicide , il n'en faut pas davantage à deux ou trois mille plumes pour ressasser de cent manières, durant vingt ans, ce jugement équitable : Voilà bien les prêtres ! voilà bien les religieux ! Et les auteurs de ces criantes injustices jetteraient les hauts cris contre Fécrivain qui voudrait les rendre responsables des scélératesses qui conduisent annuellement à la prison, au bagne ou à l'échafaud le dixième de leurs frères et disciples en irréligion.
11 y avait quelque vérité dans ce que me disait un honorable protestant, en réponse à mes plaintes sur les préjugés de ses coreligionnaires. « En fait de préjugés anticatholiques, croyez-le, Monsieur, votre monde littéraire surpasse de beaucoup le nôtre. Depuis plus d'un demi-siècle il y a, parmi nos écrivains et littérateurs du premier rang, une sorte de conspiration pour choisir des sujets catholiques et Tcnger votre sacerdoce, vos institutions religieuses des outrages que leur ont prodigués vos plumes en renom. Si la papauté du moyen âge, tant maltraitée par vos historiens, même ecclésiastiques, remonte de jour en jour vers la hauteur que lui assignent la justice historique et la reconnaissance des amis de la civilisation, à qui en est-elle redevable? Autant, et probablement plus, à nos historiens et publicistes qu'à vos Maistre, Bonald, Chateaubriand, etc. Ceux des nôtres qui vous jettent encore la calomnie et l'injure sont des machines de guerre que nous pouvons juger utiles à la défense de certains intérêts, mais que nous abandonnons, comme barbouilleurs, à l'admiration de la populace. Chez vous, au contraire, la classe soi-disant instruite ne se lasse pas de dénigrer vos grands écrivains catholiques et d'élever sur le pavois les plus ignobles barbouilleurs. »
D. Oui, cette hostilité plus qae protestante d'un grand nombre de catholiques est un fait pjdpable, et ce fait donne lieu à une question que je me suis souvent faite et que j'ai entendue encore plus souvejit : Gon^ment se fait-il que les catholiques se moutrent, en général, moins attachés à leur religion que les protestants à la leur ?
B. Je vous prierai, d'abord, d'observer que, si la question a jamais été fondée en fait, elle ne l'est plus aujourd'hui qu'il n'y a qu'un cri dans le protestantisme pour déplorer le vide qui se fait dans les temples. Un de ses mir nistres écrivains, dans le Nord, nous dit que, « sur cent soixante-dix mille habitants, on en compte à peine cinq ou six mille qui fréquentent le lieu saint. >i Un autre nous dit plaisamment, que « les jours saints sont désormais réservés à toutes sortes d'orgies ; que le temple de Thalie l'a emporté sur celui de Jéhovah ; que bientôt on fêtera mademoiselle Sonntag plus que le Sonntag (1), etc., etc. »
Alors même que les ministres du protestantisme n'avaient pas la douleur de voir leurs prêches déserts et une partie de leur auditoire s'écouler, dans les pays mixtes, vers l'ÉgUse catholique, il y avait encore lieu de douter si les Télés protestants étaient plus attachés à leur religion que les catholiques les plus tièdes ne le sont à la leur. L'attachement se démontre surtout par les sacrifices, Or ce n'est pas d'hier qu'on a observé ce fait très-significatif : « Il n'y a point de princesse luthérienne ou calviniste, en Allemagne, qui ne soit prête d'abjurer en un tour de main son hérésie, et de passer au schisme grec pour épouser un grand*duc. Les soldats français qui tombaient aux mains des Aral^, durant la guerre, refusaient, fussent-ils nés daipt la rue MoufFetard, d'embrasser l'islamisme pour sauver l^ui* vie (2). »
(1) Voy. Hœnlnghans, la néforme contre la Réforme, tom. II, eh. lo. ^ Poar comprendre le caleml)our de Wohlfahrty il faut savoir que, eo décomposant le mot Sonntoff, on y troa?e Sonne (soleil), et Tag (jour); par conséquent Sonntag signifie ijour du soleil ou dimanche,
(i) M. L. Venilkit, Likrêt Penseurs, liv. VI.