LIVRE I. i
les ehoses sensibles, naturelles; de glaee pour ce qui est invisiUe et ne dit rien aax sens. Il ne fera donc jamais une religion spirituelle, surnaturelle. Si l*uu l'imaginait, l'autre la persiflerait. Quand les esprits s'élëvmt au-dessus de la sphère des t&a» pour planer dans le monde intelligible , nous les yojrons diverger tous à Tinfini. Les plus forts sont ceux qui , fidèles à leur point de départ et suivant la ligne droite, arrivent jdus tdt au dernier terme de l'erreur, la contradiction flagrante. Bien de plus évident : les petits es^ prits n'<Hit pu inventer le système doctrinal catholique ; les grands esprits l'auraient inventé (par impossible), quils rwraient dix mille fois déMoli dans un quart de siècle. Et puis, ne connaissons-nous pas le cœur des hommes ? 11 est le sanctoaire éternel du moi ; on y trouve une petite place pour Itieu , un coin pour la famille , et voilà foui Est^ee bien de ce foyer dé toutes les petriesses qu'a pu rayonner la charité eatlu^ue, si féconde ea sublimes dévouements?
Impuissants à créer l'unité catholique , impuissants à la conserver entre eux , les membres du sacerdoce n'eussent pas été moins impuissants à la défendre contre tant d'ennemis que je vous ai signalés. Supposé qu'elle eàt pu résister aux efforts de rantichristianisme pur, depuis Néron jusqu'aux jours de Voltaire » de Robespierre et de Mazzini , oomment aurait^-eUe résisté aux assauts intérieurs et extérieurs de Fanticatholicisme schismatique et hérétique (cb. lY)? Échappée aux coups de ceux-ci, n'avons-nous pas va qu'il eût suffi des catholiques mauvais et bons pour la mettre dix mille fois à nénnt (ch. Y)?
Si l'une de ces trois causes de destruction vous paraît suffisante , comment expliquez-vous la résistance de l'Église à l'action combinée et non interrompue , durant dix-huit siècles, de ces trots causes de mort ? Le phénomène de Funité de foi dans près de deux cents millions de catholiques, disséminés dans tout Tunivers, ne tous apparait-il pas comme la plus grande des impossibilités humaines? Et CDmme ce phénomène, qui impliqua la plus grande des im-
16i LA PUlLOSOPIllii: DU GATKCIllSNIf: CaTHoIJQLE.
possibilités , est néanmoias la pins grande, la plus incoivtestable des réalités , je tous laisse à deviner ma dernière dédudion.
D, Je la vois arriver, et, à vrai dire, elle me parait iné* vitaMe, alors même que je vous querellerais sur le diiffre de deux cents millions de catholiques, chiffre qui s'accorde mal avec celui que donnent la plupart de nos géographes.
R. Je regrette de me trouver en désaccord avec la plupart de nos géographes , qui ne veulent pas accorder à l*£glise catholique plus de cent trente*cinq à cent quarante millions d'enfants, et parmi lesquels le protestant danois Malte-Brun trouve que c'est bien as^ez de quatre-vingts millions. Ce qui tempère mes i*egrets , c'est que ces consciencieux écrivains, qui dressent dans le fond de leur cabinet des tableaux de statistique , ont entre eux , snr le chiffre de la population générale du globe, de petites différences de deux ou trois milUardij Tun ( le ministre luthérien Canz, qui écrivait en 1744), réduisant cette population à soixante mllions , tandis que ses contemporains anglicans, les auteurs de VHiitoire univenelle, ne craignaient pas de l'élever à quatre milliards (1) ! Vous comprenez que ces jolies variantes sur la population générale ont dû en produire d'autres dans la classification religieuse des habitants du monde, et par là ébranler un peu notre foi aux calculs des géographes. Il me parait, à moi, que si quelqu'un au monde est en état de connaître approximativement le nombre des catholiques , c'est le chef de TÉglise universelle , sans l'ordre duquel pas un évèque ne peut prendre le gou vernement du moindre troupeau, et auquel chaque évèqu est obligé d^nvoyer un rapport détaillé et consdeucieui^— sur l'état de sou église. Les géographes ecclésiastiques dcr^ Bome oscillant entre le chiffre de cent quatre-vingt-dix f*. deux cent et quelques millions de catholiques , je ne vois pas pourquoi vous me querelleriez sur ce sujet.
(1) V. le Tableau comparatif donné par M. Adrien B.ilbi, dans son Abrégé (fe géographify Principes génér., ch. 8