CHAPITRE II
Que y pour rendre les hommes capables de quelque bien, il importe de ne
pas leur donner le monde à refaire.
D. La méthode éducationnelle qui vise à peupler la société de génies créateurs est trop absurde, ce semble, pour mériter une réfutation sérieuse.
R. Si absurde quelle soit , cette méthode n'en est pas moins extrêmement séduisante, comme le prouve Teffrayant soccës de la devise révolutionnaire : La société actuelle est bonne à brûler , faisons monde neuf! Ne soyons pas surpris des sympathies qu'elle trouve dans notre cœur. Nous naissons tons mécontents de notre condition présente et passionnés pour le changement. La raison en est dans l'amour aveugle, mais ardent, du bonheur ; amour que Dieu lui-
même a rois dans le fond de notre âme j comme le signe de notre grandeur et Taiguillon qui doit hâter notre marche Ters le but élevé qu'il nous assigne.
Dites aux hommes que la marche de ce monde est détestable^ que le désordre et la misère y ont une trop large part : vous serez cru du grand nombre , car vous né direz rien que ne sente toute âme non ensevelie dans l'ivresse des plaisirs. Ajoutez, avec les réformateurs révolutionnaires, qu'il ne tient qu'à nous d'y créer un meilleur état de choses , et que notre bonne mère la nature est assez libérale pour assurer le bonheur de ses enfants , si ceux-ci veulent jouir pleinement de ses dons par une organisation sociale plus conforme à ses vœux : ce sera là une absurdité, nulle organisation sociale ne pouvant nous délivrer des fléaux de notre bonne mère , ni du joug pesant de l'ignorance, des maladies et de la mort. Cependant le succès de cette absurdité est assuré dans les masses que n'éclaire plus la foi chrétienne. Essayons ! diront les moins crédules, et l'essai paraîtra incomplet tant qu'on n'aura pas ramené l'âge d'or sur la terre par l'extermination des prétendus ennemis des vœux de la nature.
La fièvre des révolutions agitera donc notre espèce , et les théories sociales les plus chimériques, les plus monstrueuses, trouveront créance aussi longtemps que nos systèmes d'éducation fomenteront, au lieu de combattre, l'erreur la plus folle, la plus inhumaine, mais aussi la plus chère au cœur des mortels.
D. Quelle erreur?
R. Celle-ci : Les hommes sont au monde pour jouir.
Cette erreur est la plus folle, démentie qu'elle est par l'expérience de tous et de chacun. En promepapt nos regards sur ce globe, où les générations humaines se succèdent avec la rapidité de l'éclair, que voyons-nous? — Cent millions d'enfants qui remplissent de leurs cris les palais comme les chaumières et payent chaque année une forte dîme à la mort. — Deux cents millions d'autres, qui