‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 64 sur 230 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

cessent de désoler leurs nourrices pour désoler les maîtres chargés de leur infliger le supplice de l'instruction. — Quatre à cinq cents millions d'hommes de vingt ans à soixante, condamnés à un travail de forçat» et dont les plus tourmentés sont ceux qui, à l'abri des persécutions du besoin, n'ont affaire qu'au démon de l'ennui. — Quelques cent mille vieillards, tremblant sous le coup de la catastrophe qui termine toutes les existences. — C'est bien sur le triste ossuaire où notre vie s'écoule pleine de douleurs et de déceptions, entre les vagissements du berceau et les horreurs du sépulcre , qu'il convient de nous dire : Jouissez !

Cette erreur est la plus inhumaine. — C'est elle qui créa la politique barbare de l'antiquité , immolant vingt hommes aux jouissances d'un seul. C'est elle qui a fondé et qui soutient le despotisme asiatique et la barbarie musulmane, qui font du pouvoir politique le droit de dévorer les peuples, de la femme une marchandise , de ses enfants un troupeau d'eunuques. Inhumaine envers les petits et les faibles, qu'elle livre à l'exploitation des forts, cette erreur n'est pas moins fatale aux oppresseurs qu'aux victimes. Le créateur de la société a voulu que le méchant fût le premier à souffrir du mal qu'il fait aux autres. Sénèque Fa très-bien dit : La méchanceté est condamnée à boire la pliLS grande partie de ses poisons (1). La passion des jouissances égoïstes et sensuelles est un enfer anticipé, une torture de l'âme et du corps, qui , rendant l'homme aussi insupportable à lui-même qu'à ses entours, le dispose à la manie du suicide ou du meurtre. La fureur des Romains pour les spectacles de sang ne fit que grandir avec leur sensualisme. En lisant l'histoire des plus abominables tyrans, depuis Tibère, Kérou, jusqu'à Henri Vlir, on voit que les excès de leur cruauté ne s'expliquent que par les excès de leurs souffrances morales, comme celles-ci ne

(0 MaUtia ipsa maœimam partem veneni sui bibit. {Ép,, LXXXI.)

s'expliquent que par l'excès de leur lubricité'. Porter les hommes à Tamour des jouissances terrestres, c'est donc les pousser à la barbarie, et là où le christianisme a popularisé le principe de l'égalité des droits, c'est prêcher regorgement général.

Cependant l'erreur qui fait de ce monde un lieu de délices est la plus chère à notre cœur. La soif de jouir nous dévore dès le berceau, produit les vaines agitations de l'enfance, les coupables égarements de la jeunesse, les menées ambitieuses et sul)versives de l'âge mûr, les crimes que la justice punit et ceux que l'opinion couronne. Cette soif, tout conspire à l'exciter, à l'entretenir. Que montre-t-on à l'enfance, à l'adolescence, pour vaincre leur dégoût du travail? Les jouissances honnêtes de la famille, du collège, puis la perspective des grandes jouissances que réserve le monde à quiconque se recommande par la culture de l'esprit et des qualités brillantes. Quand, par une expérience fatale à sa vertu, à sa santé, à sa fortune, le jeune homme a savouré les joies amères du monde, et que le désenchantement commence, arrivent deux nouveaux enchanteurs : le roman littéraire, qui crée des passions héroïques et heureuses pour la consolation de ceux que les passions ont avilis et désolés ; le roman révolutionnaire, qui dit : La société n'est bonne qu'à faire des malheureux ; travailler à sa destruction, c'est ton intérêt, c'est le vœu de l'humanité.

Au milieu de ce concert de voix trompeuses qui peuplent le monde d'esprits extravagants, furieux , la religion de Jésus-Christ travaille seule à dissiper nos folles illusions sur la vie et à nous faire entrer dans le chemin du vrai bonheur. Pour utiliser le temps et les forces immenses que nous dépensons en projets funestes à notre repos et à celui de nos frères, elle nous dit : « Que vom servirait d'àvoir conquis ce monde qui nous échappe , si vous veniez à perdre votre âme? Qui d* entre vous peut ajouter une ligne à sa taille, une minute à la durée de sa vie ? Mais si vous êtes impuissants à changer votre constitution physique, à

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