LIVRE 1. i8i
détruire les germes de dissolution qu'elle recèle, il vous est donné de réformer, d'agrandir indéfiniment votre vie morale; de vaincre vos seuls ennemis réels, vos vices; d'accumuler les seuls trésors qui vous suivront au delà du pas de la mort, vos vertus et vos bonnes œuvres. Là est la tâche que Dieu vous impose en ce monde ; là est l'unique but des enseignements et des sacrifices de Jésus-Christ; là est la source des joies pures de l'àme, du festin de la bonne conscience; là enfin est tout votre avenir; car, au tribunal qui vous attend à l'entrée des demeures éternelles^ il n*y aura de couronnes que pour les victoires que vous aurez remportées sur vos passions pour accomplir la grande loi : Aimez Dieu par-dessus tout et les hommes comme vous-mêmes. »
Voilà ce qu'il faut inculquer de toute manière et sans relâche à l'enfance, à la jeunesse , à l'âge viril , à la vieillesse, si l'on veut former des hommes éclairés , vertueux, qui traversent la vie en ne faisant qwle bien.
Mais, pour que ces principes irremplaçables de toute civilisation non fausse et barbare s'établissent solidement dans la généralité des âmes et passent dans les mœurs, l'action religieuse ne suffit pas; il lui faut le concours du pouvoir paternel et du pouvoir politique , la réunion de toutes les forces sociales pouvant seule produire les trois puissances nécessaires à la bonne éducation des hommes. D, Quelles sont ces trois puissances ?
B. Un exemple constamment chrétien, une parole constamment chrétienne, une discipline constamment chrétienne. D. Pourquoi mettez- vous l'exemple avant la parole? R. Afin de suivre la marche providentielle de la nature, qui veut que l'enfant voie longtemps avant d'écouter, qu'il sente avant de raisonner, et que ses impressions premières exercent une grande influence sur son avenir. Montrez-lui donc dès le commencement ce que vous voulez qu'il aime plus tard. Je suis sûr de n'être pas démenti par les mères intelligentes, quand je dis : L'éducation du cœur "est déjà
bien avancée, quand Tesprit de l'enfant est accessible à la lamière de la parole.
Alors même que Thomme a quinze^ vingt , trente, soixante ans , il reste toujours plus impressionnable par l'exemple que par la parole. On voit chaque jour des vieillards ramenés à la vertu par Texemple de leurs petits- enfants ; on ne voit pas, que je sache, des enfants corrigés par la parole de ceux qui les ont pervertis par leurs exemples, n y a des parents qui vous montrent des enfants naturellement incorrigibles ; ils se trompent : Dieu n'a jamais su en faire un ; il laisse cette triste besogne aux parents coupables ou inintelligents.
Le bon exemple domestique est la base, le bon exemple des maîtres de l'école et du collège est la colonne , le bon exemple des classes influentes, et surtout des hommes publics , est le couronnement de Fédifice des lumières et des vertus qui font vivre et grandir les peuples. Otez le couronnement, la colonne et la base, battues par Forage, chancelleront, et bientôt vous n'aurez que des décombres sur lesquels il pleuvra du sang. — Passons à la parole chrétienne.
D. Qu'entendez-vous par une parole constamment chrétienne ? Faudrait-il donc borner nos connaissances à celle de la religion, proscrire les sciences profanes, la lecture des chefs-d'œuvre historiques et littéraires de l'antiquité païenne, comme semblent le vouloir tels réformateurs de nos systèmes d'éducation ?
R. Je veux dire que toutes les parties de l'éducation doivent tendre, de près ou de loin, à consolider et à développer dans les âmes la connaissance et l'amour de la religion à laquelle nous sommes redevables de n'être plus sous le joug de cultes stupides et d'institutions barbares, inhumaines. Tout système d'éducation qui éloignerait de ce but, au lieu d'y conduire, serait un retour à la barbarie. S'ensuit-il qu'on doive supprimer les sciences profanes, l'étude de la société païenne; de son histoire, de sa littérature?