‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 66 sur 230 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Non, certes ; et je ne vois pas que , parmi les plus chauds partisans des réformes dans nos études classiques , aucun ait proposé rien de semblable.

D'abord, si toute science peut être profanée par le vice de celui qui l'enseigne , nulle n'est de soi profane^ c'est-àdire étrangère au christianisme et propre à en détourner. Physique, chimie , botanique , zoologie , physiologie, ana-^ tomie, astronomie, etc., tout cela, pour les esprits qui ne s'aveuglent pas, est de la bonne théologie, menant droit au Dieu de l'Évangile. (Y. l*'' fait.) La terre et les cieux s'acquittent si bien de leur mission de publier la gloire de leur auteur y que leur étude mériterait encouragement , ne fût* elle pas aussi nécessaire à nos intérêts matériels.

Quant à la société païenne, il importe de la montrer dans son vrai jour à la jeunesse studieuse, car sans cela elle ne connaîtrait jamais ni ce que nous devons d'amour et de reconnaissance au christianisme et aux générations héroïques qui se dévouèrent pour son triomphe , ni ce que méritent de mépris les charlatans qui nous vantent les lumières de la raison et de la philosophie humaine en matière religieuse et sociale. L'histoire des nations idolâtres , notamment des Grecs et des Romains, est, autant que l'histoire du peuple juif, l'introduction naturelle à l'histoire du monde transformé par l'Évangile.

Le tableau vrai du paganisme a deux côtés : l'un immonde, qu'il faut soigneusement dérober au regard de la jeunesse ; Tautre barbare, inhumain, qu'il importe de mettre en lumière ; côté tellement incroyable pour l'adolescent élevé an sein d'une famille et d'une société chrétienne, qu'il est bon d'appeler en témoignage l'élite des écrivains de l'antiquité. L'élégance parfaite de la pensée et de la langue, la culture passionnée des lettres , de la philosophie , des i>eaux-arts, s'unissant à la férocité des mœurs, à l'atrocité des lois ; les plus nobles esprits de l'époque justifiant, déiendant, célébrant des institutions dont la barbarie nous fedt frémir; voilà ce qu'il faut montrer aux jeunes gens , si, au

liea d'esprits faux et de phraseurs ignares, on veut former " des hommes qui joignent la solidité et l'élévation de la . pensée à la beauté de l'expression. C'est ainsi qu'on feitr goûter à la jeunesse les chefs-d'œuvre littéraires, artistiques^ militaires des anciens, sans l'exposeï* à un engouement plus pernicieux encore que ridicule pour les vertus sociales et les formes politiques de ces barbares immortels ; engouement trop favorisé par l'imperfection de nos études classiques , comme l'observait encore naguère un écrivain non suspect de préventions contre la littérature grecque et romaine (1).

L'étude de Thistoire et de la littérature de l'antiquité, et aussi des païens modernes, doit donc trouver place dans un bon système d'éducation chrétienne, surtout comme moyen d'attacher fortement l'esprit et le cœur à la loi de Jésus- Christ. Par là on dispose la jeunesse à goûter et accepter la chose qui heurte le plus dans cette loi , et qui néanmoins constitue sa puissance civilisatrice.

D. Quelle est cette chose ?

B. C'est le sacrifice de nos prétentions infinies, de nos penchants les plus doux , à l'austérité des devoirs. Devoirs généraux envers Dieu, envers nous-mêmes, envers tous les hommes ; devoirs spéciaux de chaque état, de chaque âge, etc. : voilà ce que TÉvangile nous prêche à tous. Quant aux droits qui résulteront pour chacun de l'accomplissement de cette multitude de devoirs, l'Évangile en renvoie la mesure

(1) « Nos études classiques nous ont farci la fête de maximes superbes, tirées des auteurs anciens , sur les dieux , sur la justice, sur le deYoir, sur la liberté ; et nous trouvons quelquefois les écrivains catholiques bien sévères dans leurs jugements sur un temps où Ton disait de si belles clioses. Nous oublions que toutes ces maximes concernaient seulement les hommes libres , mais que l'immense majorité du genre liiiniain n*avait d'autre devoir que d*obéir au maître, et que , pour elle, il n'existait ni dieux , ni justice, ni liberté. » — « Qu'on mette cet esclave en croix ! — Mais de quel crime est-il coupable?... De gr&ce, un instant de sursis; il s'agit de la mort d'un homme.

— Imbécile ! est-ce que Tesclave est un homme ! Il n'a rien fait, soit !

Qu'on le mette en croix, je le veux, je l'ordonne ; j'ai pour raison ma volonté. . . » Voilà le droit du maître dans l'antiquité. » M. F. Lallier, dans un intéressant article sur l'abolitioD de l'esclavage, publié par le Correspondant,

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