LIVRE I
et la rétribution au moment qui suivra notre dernier soupir. Jésus-Christ , juge suprême des vivants et des morts , rendant à cMcun selon ses omvres; Jésus-Christ^ modèle des élus ici-bas, donnant l'exemple des plus douloureux sacrifices à tous les devoirs : tels sont les deux moyens de la parole chrétienne pour nous soumettre au joug de la loi chrétienne. Cela contriste la nature , et pourtant c'est l'unique moyen de civiliser les hommes ; car ils ne deviennent barbaresy ennemis et oppresseurs les uns des autres, que par la substitution qu'ils font de leurs prétendus droits à leurs devoirs réels, de l'esprit de jouissance à l'esprit de sacrifice.
Sortons des généralités , et montrons , par un exemple choisi dans les diverses conditions sociales, comment on fait une société civilisée.
Voilà un enfant royal que lexemple de ses entours, je le suppose, a préparé à recevoir la parole chrétienne. De trois à \ingt ans , il y a accord parmi ses éducateurs à lui faire entrer jusqu'au fond de l'àme , jusqu'à la moelle des os , cette pensée : « Monseigneur , l'éternel monarque devant qui les peuples et les rois ne sont que poussière s'est abaissé jusqu'à naître , vivre et mourir comme le plus pauvre des hommes, pour vous apprendre ce que valent les hommes, et comment ou doit les gouverner. Vous avez, prince, de grands modèles dans votre race ; mais le modèle des modèles est celui qui a jugé vos ancêtres sur sa loi et sur sa vie, et qui unjour vous jugera de même, vous et vos peuples, etc., etc. »
Vous comprenez bien que Tincessante reproduction de cette pensée , sous mille formes appropriées à la portée et au caractère du royal élève, ne nuirait en rien, aiderait même beaucoup à l'étude des mille choses qull faut apprendre aux princes.
Et pour que les courtisans des deux sexes ne renversent pas en quelques jours l'œuvre de vingt ans, il est essentiel que, dans l'affaire si importante du mariage, on consulte «icore plus les convenances chrétiennes de l'homme que les
convenances politiques du prince, attendu qu'un mariage ayant tout politique a souvent un résultat déplorable et souverainement impolitique , la corruption de l'État par son chef. L'ange le plus propre à soutenir le prince dans le& voies de la sagesse et à perpétuer son sang et sa vertu une fois trouvé, il importe que F un et l'autre s'abouchent de temps à autre avec le ministre de la parole chrétienne, chargé de redresser les âmes qui penchent, de relever celles qui tombent.
D. On vous passera le reste ; mais la confession !
R. Vous devriez savoir que le reste est à peu près inutile sans la confession, sans l'heureuse nécessité pour le prince d'approfondir, au moins une fois l'an, cette question : Suisje chrétien, et, la mort venant à me surprendre, puis-je espérer miséricorde au tribunal de Jésus-Christ ?
Que voulez-vous? ici-bas, il est inévitable que tous soient confessés, et les princes encore plus que les autres. Quand on ne se confesse pas au prêtre , on est confessé par soi et par des conseillers et conseillères dont la direction nous perd devant Dieu, devant les hommes et devant notre propre conscience. — J'indique la méthode qui a élevé les Charlemagne, les Alfred le Grand, les Louis IX, et, jusqu'à preuve du contraire, je l'estime préférable à la méthode qui forma les Henri VIU et les Louis XV.
Même méthode pour notre élève bourgeois , avec cette différence qu'il faut surtout lui faire goûter en Jésus-Christ le bon emploi du savoir et de la richesse. Au lieu de lui dire : Regarde en haut, mon enfant , et , comme tel et tel , vise à devenir ministre de l'État , si tu ne peux pas en être le chef ! Il faut, de trois à vingt ans, lui dire, et dans la famille, et dans le collège, et dans les universités : Regarde en bas, vois où en sont les dix-neuf vingtièmes de tes frères, et, comme le Fils du Très-Haut, ne cherche dans la science, dans l'opulence, dans les fonctions publiques, que le moyeu d'aider les ignorants et les misérables à se délivrer de leur ignorance et de leur misère. Par là tu t'ennobliras toi et