LIVRE I
eux les trente-quatre mille \erset3 de la Bible, et qu'il décide en première et dernière instance les dix mille coqtroverses qui divisent depuis des siècles les théologiens protestants sur la mission et la nature du Christ, sur sa doctrine et ses institutions ? S'il est fils de libres penseurs estimant la Bible autant que l'Alcoran, voulçz-vous qu'il mette en question sUl y a un Dieu ou s'il n'y en a pas ; si toutes les religions sont bonnes, ou si toutes sont Tœuvre de la sottise et de la supe;rcherie ; s'il a une âme, et si cette âme doit servir le corps ou en être servie, etc., etc., etc.?
Je vous le demande : une telle besogne convient-elle aui( forces intellectuelles et physiques de nos adolescents et adolescentes? Serait-elle dans l'intérêt de leur bonne instruction, de leur moralité, même de leur développement physique? Serait-elle dans les intérêts et les vœux de leurs parents, quels qu'ils soient?
D. Non, certes; les adolescents qui se jugeraient capa^ Mes d'une semblable tâche seraient des prodiges d'orgueil| ennemis de toute subordination. Si cette coupable méthode n'a que trop pénétré dans Téducation publique, il est juste de dire qu'il n'y a eu qu'une voix dans les parents, sans difltinction de croyances , pour réclamer contre elle, et le résultat de la méthode a crié encore plus haut.
B. n est donc entendu qqe la nature et la société nous yeulent catholiques jusqu'à l'âge de vingt ans.
De vingt ^ns à quarante, les intérêts de Tindividu et de la société exigent-ils un changement radical dans le système de notre viç morale? Les croyances et les pratiques, jusque-là nécessaires pour former des esprits éclairés et des cœurs droits, deviendraient-elles inutiles à la conser^ Tation des lumières et des vertus acquises .î^ Voyons.
Quand le jeune homme bien élevé (c'est»à-dire catholi'»
quement) entre en carrière ; quand il va saisir les cornes
de la charrue , le marteau du forgeron ou l'un des mille
instruments de nos arts mécaniques ; quand il reçoit, avec
^e bonnet de docteur, cette trousse du médecin, du cbi-
rurgieD, qui ne doit faire souffrir les corps hamains qae pour les sauver; quand il ira prendre cette plume, cette main de justice, qui décideront du sort de tant de familles ; quand il va ceindre Tépée, pour braver les fatigues, les privations , la mort , et veiller nuit et jour au salut d'un État qui lui promet un peu de gloire et lui mesure trèscourt le vivre et le couvert, etc., etc., etc.; croyez-vous qu'il soit sage et utile de dire à ce jeune homme : Maintenant, crois en Dieu ou n'y crois pas, pratique ta religion ou fais- en fl, il n'importe; Tessentiel est que tu fasses fortune?
Quand ce jeune homme se prépare à fonder une famille, est-il dans son intérêt, dans l'intérêt public, qu'il devienne libre penseur et qu'il en adopte la morale : « Prends une femme, vis avec une autre, et n'aime que toi? »
Quand cette jeune personne, pieusement élev^, va s'unir à un homme qu'elle croit parfait, est-il bon de l'inviter à reviser sa croyance religieuse, de semer le doute dans son âme , d'y éteindre par là même l'esprit de prière et de confiance filiale en Dieu , qui seul pourra la consoler de déceptions cruelles et lui donner la force d'élever des enfants meilleurs que leur père?
En somme, est-ce bien dans la force de l'âge, dans la saison de la vie où il développe la plus grande activité, exerce le plus d*influence, qu'il convient d'ôter à l'homme le flambeau qui l'éclairé dans ses voies, le frein qui le rend maître de ses passions ?
D. Poser ainsi les questions, c'est les résoudre. Non, ce n'est pas au milieu des mille préoccupations et tentations de Tàge viril qu'il faut dire aux hommes: Refaites vos études religieuses, et, en attendant qu'elles soient achevées, n'écoutez que les inspirations de votre esprit et de votre cœur.
R. Enfin, l'âge mûr et la vieillesse, soit la période de quarante ans à soixante, soixante-dix, seraient-ils l'époque normale des doutes religieux ? Est-ce seulement quand la