‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 74 sur 230 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

B. On s'exprime très-mal quand on dit que le catholique n'est libre de penser et de juger que dans les limites posées par les définitions de l'Église. Celle-ci a-t-elle jamais entrepris de fixer des limites à la pensée des fidèles et de leur dire : Voilà le point au delà duquel il tous est défendu d'é^ tendre vos investigations ? Elle les exhorte, au contraire, à pénétrer toujours plus avant dans les lumières de la foi, à élever incessamment leur esprit et leur cœur vers la eon* templation des vérités éternelles. Que sont ses définitions doctrinales? Des éclaircissements qui, dissipant les nuages de l'erreur et de Tincertitude touchant un article de la doctrine de Jésus-Christ, mettait dans un plus grand jour cet article, affermissent notre pensée là où elle trébuchait, et nous empêchent ainsi de devenir, comme les dupes de l'hér^ie, des enfants qui ^tournent à tout vent de doctrms et ne sortent des flucttuitions du doute que pour être em^ pertes par les mille eourants de l'erreur {\). Les articles de eroyance définis par l'Église comme exprimant la foi de tons les siècles et le vrai sens de la parole de Jésus*Christ et des apôtres, ne sont donc pas des bornes; ce sont des jalons, des phares lumineux, qui dirigent et soutiennent notre marche dans Tétude du monde surnaturel révélé par rÉvangile. Ce sont des prficipes féconds qu'on ne soumet jamais au travail de la réflexion et de Fexam^, sans qu'il en jaillisse des lumières propres à étendre le cercle des pensées religieuses et à nourrir les saintes affections.

C'est parce qu'ils manquent de ces vérités élémentaires et cardinales, sans lesquelles le travail de la pensée n'est qu'un vagabondage de l'imagination, que le protestant et le philosophe rationaliste sont condamnés, comme dit encore saint Paul, à se consumer et à languir dam l'examen de questions insolublesj à chercher toujours, sans arriver jamais â la ^ience de la vérité (2). Le premier nous dit fièrement : La

(1) Saint Payl, ip- aux Éphés., l\, 14.

(2) Prem. ég. à T^mthée^ VI, 4 ; Dciw?. ép,^ ni, 7.

base de mes investigations religieuses est des plus solidesy des plus larges : c'est la Bible^ contenant la parole de Dieu. — Très-bien ! mais la Bible est-elle indubitablement la pure parole de Dieu, et de ses trente-quatre mille versets, quel est celui qui vous donnera la clef des autres et le premier article de la doctrine de Jésus-Christ? Telles sont les deux immenses questions que vous devez vider avant de savoir que penser et juger en religion. Jusque-là vous trainez le boulet de rignorance, du doute, et vous ne pouvez vanter votre liberté de penser en religion sans faire gémir le bon ôens.

Le philosophe nous dit : Ma liberté de penser ne s'arrête qu'aux définitions de ma raison. — Eh bien, votre raison a-t-elle défini s'il y a un Dieu, si vous avez une âme immortelle, s'il 7 a une loi morale qui règle vos rapports avec Dieu et les autres êtres, et quelle est cette loi ? Ces problèmes, que la philosophie humaine agite assez inutilement depuis près de trente siècles, il faut que vous les résolviez péremptoirement, si vous voulez que votre liberté de penser en religion soit autre chose que la faculté de vivre sans pensée religieuse et sans règle morale.

Comprenez-vous maintenant que la liberté de pensée, de conscience et d'examen en religÉnn est inséparable des convictions religieuses, et que, par conséquent, elle ne peut se trouver en dehors de cette Église, visiblement divine, qui seule peut commander la foi et fonder des convictions inébranlables ?

D. Je conçois que les libres penseurs, protestants ou philosophes, s'ils restaient fidèles à leur principe de n'accorder créance qu'aux définitions de leur raison, ne sortiraient jamais des perplexités du doute, attendu que la raison biblique ou philosophique, pour donner des définitions immuables en matière religieuse, attendra probablement la fin des siècles. Mais il parait que, dans la pratique, ces messieurs s'accommodent assez bien des définitions chrétiennes ou antichrétiennes qu'ils trouvent ftdtes, les uns

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