LIVRÉ I. J
dans la secte religieuse à laquelle ils appartiennent, les autres dans l'école philosophique qu'ils fréquentent.
B. Oui : et ce fait est une confirmation de ce que j'ai établi dans le chapitre précédent : que nous naissons tous catholiques, disposés à croire que la Traie religion n'a pas attendu notre naissance pour se révéler au genre humain^ et que Dieu ne nous a pas mis au monde pour déchifîrer leâ mystères de la Bible ou donner une philosophie exempte d'erreurs et de mystères.
T^e principe du rationalisme hérétique et philosophique : Ne tiens pour trai que ce qui est démontré à ta raison, est une absurdité que l'orgueil accepte pour se délivrer des vérités qui lui déplaisent, mais que la nature repousse. Vérités et erreurs, croyances orthodoxes et opinions hétérodoxes, antichrétiennes, tout est traditionnel ; les hommes n'inventent rien. Le schismatique, l'hérétique, le philosophe sans croyance, ne sont tels que par crédulité, c'est-àdire, par une foi irréfléchie à Fautorité de ceux qui les endoctrinent.
Bien de plus évident. Si les églises schismatiques de rOrient retiennent depuis huit siècles soixante millions de chrétiens sous le joug des plus misérables préjugés anticatholiques ; — si notre Occident et TAmérique du Nord comptent encore vingt-cinq ou trente millions de protestants plus ou moins attachés aux institutions de Luther, aux institutions deC^JiviD, aux institutions anglicanes de la reine Klisabeth , à quoi cela a-t-il tenu, à quoi cela tient-il encore ? A l'accord unanime des fidèles et des ministres, des pères de famille et des gouvernants, à employer la méthode catholique d'enseignement par voie d'autorité, et à déployer plus ou moins de rigueurs contre les ennemis de l'enseignement officiel.
Quant aux mille sectes, soi-disant indépendantes, qui ont abandonné l'orthodoxie gréco-russe, l'orthodoxie luthérienne, l'orthodoxie calvinienne, Forthodoxie anglicane, pour se constituer à part, de quoi vivent-elles ? Elles vivent
de leur foi moutoniiière à la parole de ceux qui les ont fondées.
Qu*ont été, que sont encore les petits groupes de libres penseurs assez unis pour former une sorte d'école, en Ailemagne, en France, en Italie, ailleurs ? Us ont été, ils sont encore les fidèles moutons de Eant, de Fichte, de Goethe, de Voltaire, de Rousseau, de tout beau discoureur qui leur a appris, non a discuter, mais à ignorer, à mépriser, à travestir la philosophie de FÉvangile.
Ainsi s'accomplit forcément la loi de l'auteur de notre nature, loi qui veut que les hommes soient enseignés par d'autres hommes et qui ne leur laisse que la liberté du choix entre l'enseignement de la vérité et celui de l'erreur. Ainsi s'accomplit forcément la loi du Dieu de justice, loi qui condamne les esprits rebelles aux salutaires enseignements de l'Église divine à boire les erreurs que leur imposent les plus odieux charlatans. Ne voyez-vous pas, en effet, que la liberté de penser, dans le sens anticatholique, livre l'immense majorité des esprits au despotisme intellectuel le plus effréné ?
D. Oui, avec le besoin de croire à ce qu'on nous enseigne, et l'impossibilité où nous sommes presque tous de contrôler l'enseignement que nous recevons, il est clair que la liberté absolue de penser et de prêcher sa pensée ne sera, pour les penseurs orgueilleux et les visionnaires, que la faculté de duper et d'asservir les masses.
R. Les faits sont encore là pour le démontrer. — Quel oppresseur des âmes que cet eunuque Photius, dont le satanique orgueil entraine dans le schisme les trois quarts des chrétiens de TOrient, et les imprègne si bien de ses calomnies et de ses fureurs contre la grande Église, que ses dupes répètent au dix -neuvième siècle leur devise du quatorzième et du quinzième : « Plutôt Turcs que catbolicpies ! .
Quels despotes encore que les auteurs et fauteurs des orgies religieuses du seizième siècle, qui, pour satisfaire leur
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orgueil , leur luxure , leur rapacité , inventèrent des religions dignes de Mahomet , et par le fatalisme de leurs dogmes, et par la barbarie de leurs moyens d'évangélisation ! Quel incroyable servilisme que celui de ces ouailles luthériennes, caWiniennes, anglicanes, très-oublieuses des confessions dp foi de leurs glorieux réformateurs» mais trèsfidèles à jeter toiqours au monde catholique FaccusatioA d'adorer la Vierge et les saints , de nier les mérites du Bédempteur^ tle Tendre les indulgences et la rémission dea pédiés, de maudire la Bible, et vingt autres stupidité d^ oe genre , extraites mot à mot des écrits de Luther et de Calvin!
Concluons. — La liberté de pensée, de conscience, d*examen, ne sera parfaite, absolue, que dans le ciel^ alors que^ voyant la lumière dans là lumière (1), toutes les vérités dans leur centre éternel, Dieu, nous serons affranchis pour toujours des ténèbres de l'ignorance, des perplexités du doute^ des séductions de Terreur.
Dans ce bas monde, il n'y a, en religion, de vraie liberté de penser que celle que le Libérateur du genre humain dé* finissait ainsi : Si vov>s croyez à ma parole^ disait^il aux Juift, vous serez mes disciples^ et vous connaitrez la vérité^ et la vérité vouê délivrera... Vous ne serez vraiment libres, qu'autant que le Fils vous affranchira (2). Or le Fils n'a afiranchi le monde de l'esclavage de Terreur que par la création et le maintien, depuis dix-huit siècles, du soleil catholique , dissipant les ténébreuses visions des corrupteurs de la parole de Jésus-Christ ^ confondant les orgueilleuses prétentions du pouvoir , du génie, de la naissance , de la richesse , soumettant les plus hautes intelligences au ulyeau de la même foi , des mêmes devoirs, ou plutôt élevant les masses à la hauteur des lumières et des vertus qui font les héros et les saints.
(2) S. Jean, VIII, 32, 86.
âOO L4 PHILOSOPHIE OU CATÉCHISME CATHOLIQUE.