CHAPITRE V
Sur quoi repose et à quoi atMutit le prétendu droit de libre discossion en
matière religieuse et sociale.
D. Voilà encore un de ces droits chers an libéralisme moderne, que probablement vous voulez démolir.
B. Oui; car ce droit démolit, d'un seul coup, les droits de Dieu et de l'humanité : il repose sur les ruines de la religion qui a civilisé le monde, et il livre les peuples, corps et âme, au bon plaisir d'une infinité de dieux et de déesses pires que ceux dont le christianisme a renversé les autels.
D. n est possible que l'abus du droit de discussion porte atteinte aux croyances religieuses; mais je ne vois pas comment le droit lui-même de discuter la religion en implique la ruine.
B. Vous allez le voir. — La religion n'est religion^ c'està-dire loi obligatoire pour la conscience , qu'autant qu'on la croit divine ; car, outre que Dieu seul peut lier la conscioice, nous entendons tous par religion l'ensemble des devoirs que Dieu nous impose. Une religion humaine, c'est-àdire inventée par des hommes qui nous donnent leurs volontés pour celles de Dieu , est une absurdité impie , un crime de lèse-souveraineté divine et de lèse-humanité. Or une religion que l'on croit divine est par là même indiscutable. On ne discute pas ses convictions; on ne discute pas contre Dieu. Croire et discuter s'excluent comme le oui et le non. On ne discute que parce qu'il y a doute, et là où le doute se produit, la croyance s'en va.
Une nation catholique qui mettrait au nombre des droits du citoyen la libre discussion publique des questions religieuses et sociales, la liberté pour chacun de publier ses opinions en cette matière, déclarerait donc trois choses : 1® qu'elle a cessé de croire à la divinité de l'enseignement catholique et à la bonté des préceptes moraux qu'il donne pour base à la société; T qu'elle attend du zèle et du sa-