LIVRE 1. SMH
Toir de cbaqae citoyen capable de prêcher on de tenir nne plome, des Inmières qui la décident à se retremper dans la foi catholique, ou à se tourner vers une religion plus convenable à l'état des esprits ; 3** que» jusqu'à décision finale du grand procès, chacun restera libre de penser et de pratiquer ce qui lui plaira en matière de religion et de morale.
Ne serait-ce pas là, comme je le disais, démolir d'un seul coup les droits de Dieu et de l'humanité, les fondements de la civilisation chrétienne, et faire appel aux prêcheurs de la barbarie?
D. On dira que la vraie religion ne perd rien à être discutée ; que le droit de discussion implique le droit de défense aussi bien que le droit d'attaque ; que, après tout, la liberté de la presse, comme la lance d'Achille, guérit les blessures qu'elle fait.
B. Yoilà de belles phrases qui couvrent d'énormes erreurs.
Le christianisme , considéré en lui-même , n'a certainement rien à craindre de nos discussions. Quelle que soit ridée que puissent s'en former les hommes , Jésus-Christ reste éternellement le maître absolu du ciel et de la terre, et sa loi, la loi immuable de l'humanité. Ameutons contre loi tous les christophobes qui, depuis Julien l'Apostat jusqu'à Proudhon, ont dit : Conspuons , écrasons Vinfâtne Ga^ liléen 1 Faisons goûter et répéter à la jeunesse studieuse le mot favori du Voltaire allemand, Goethe : « U y a quatre choses que je déteste également : le tabac et les cloches, les punaises et le christianisme (1). » Gela n'empêchera ni les croyants, ni les indifférents, ni les mécréants enrage, d'être traduits au tribunal suprême pour y entendre une de ces deux sentences : Venez, les bénis de mon Pére^ prendre possession du royaume... Allez y maudits ^ au feu éler-^
(1) Sur la rage anticliréUenne du fameux poète et les doctrines du Proudhon germanique , Louis Feuerbach , yoyez la Liberté de penser, numéro dn 36 noTcmbre 1850.
depuis vingt ans que j'y suis abonné , je lui trouve un mérite rare dans le journalisme : celui de rester fidèle à ses principes^ et de ne pas mentir ! » L'expéri^ce, fiiite dix fois, m'a donné dix fois le même résultat.
Non, rien ne saurait peindre la puissance de fascination et d'abêtissement q[u*exerce sur ses lecteurs habituels un journal qui sait enjoliver l'erreur et flatteries passions. H les égare, il les affole , il leur inocule ses préjugés , ses haines; il les fanatise, il les soulève, il les arme, il les pousse en furieux contre les hommes et les choses qui ont le malheur de lui déplaire. Je vous ai dit plus haut que la liberté de discussion en matière religieuse livrait les peuples, corps et àme, à une infinité de dieux et de déesses pires que ceux dont nous a délivrés le christianisme, et peut-être y avezvous soupçonné quelque exagération.
D. Oui, et le soupçon subsiste encore.
B. Voyons donc ! Les dieux d'Homère et de Virgile étaient sujets à de grands vices, et, dans Foccasion , ils ne se refusaient pas de grands crimes; mais ils avaient aussi de prédenses qualités, celle entre autres d'être muets. Ciontents de rencens et des victimes qu'on leur offrait à certains jours, ils n'exigeaient rien de plus, et laissaient vivre les hommes selon les lois et coutumes reçues de leurs aïeux ; lois et coutumes entachées , il est vrai, d'un égoïsme barbare, mais qui conservaient un ordre de choses préférable à l'anarchie.
11 n'en est pas ainsi des dieux de la plume, imposant chaque jour leurs idées et leurs passions à trente ou quarante Hiille serfs, dont chacun est un écho répétant la parole du maître dans le cercle de ses entours. Convictions religieuses et politiques , respect des lois divines et humaines, vertus chrétiennes et sociales, dévouement à la patrie, à la famille, etc. : rien ne peut résister à ce feu roulant de sophismes, de blasphèmes, de sarcasmes , d'érudition mensongère, d'insinuations perfides, de faits calomnieux, d'accusations atroces, d'anecdotes graveleuses, de feuilletons obscènes.