LIVRE II
comment voulez-vous que sa foi branle, appuyée qu'elle est, d'abord sur la lumière d*en haut, et ensuite sur cette base de rédiflee catholique, dont yous avez reconnu, dans le livre précédent, Finébraulable solidité ?
D. Vous dites que la foi s'appuie d'abord sur la lumière d'en haut, qu'elle est un don de Dieu ; cela ne peut-il pas servir d'excuse aux incrédules?
B. Oui, la foi est un don surnaturel. En effet, quoi de moins conforme à notre nature lâche et sensuelle, que cette disposition de l'âme à embrasser des croyances qui, loin de flatter les sens, répugnent à nos inclinations terrestres, et à les retenir avec assez de constance pour leur faire au besoin le sacrifice de la vie ? Pour cela, ne faut-il pas dans l'intelligence une lumière supérieure à la lumière qui produit la conviction naturelle, et dans le cœur un attrait supérieur à notre attrait naturel pour la vérité? La surnaturalité de la foi est donc moins un dogme mystérieux qu'un fait sensible pour l'àme du croyant et pour l'âme de l'incrédule. Celui-ci le constate , ce fait, en disant qu'il ne peut croire ni s'expliquer comment les autres croient.
Mais cela excuse-t-il les incrédules? Non. Laissons aux théologiens calvinistes et jansénistes le soin de créer, sur la prédestination et la dispensation des grâces, des dogmes et des mystères que l'Église de Jésus-Christ ne connut Jamais que pour les repousser. Appuyés sur les principes éternels de la foi , de l'espérance et de la charité catholique , voici ce que nous devons dire aux incrédules, quels qu'ils soient : Le Sauveur notre Dieu , qui veut que tous les hommes se sauvent et arrivent à la connaissance de la vérité (1), a voulu par là même que le don de la foi fût , de près ou de loin, accessible à tous. S'il est des âmes privilégiées à qui il l'impose, pour ainsi dire, d'office et à coups de foudre , comme saint Paul, ce ne sont là que des exceptions. La loi commune est que les infidèles travaillent à se rendre moins
^0 Saint Paul, Prem, ép, à Timothée, 11, 3, 4.
âlS LA PHILOSOPHIE DU CAtÉCttlSBIE CATHOLIQUE.
indignes et moins incapables du don céleste, sous Finspîratioû de la grAce, qui ne fait défaut à personne. Qu'ils usent bien des lumières et des bons instincts qui sont en eux , pour faire le bien et éviter le mal que leur signale la conscience ; le don de la foi leur arrivera infàillibleinetit, dût-il leur être porté par un ange. Quant à vous, incrédules, nés et vivant au sein de la lumière chrétienne, au jour de votre baptême vous avez reçu ce don, et Dieu ne Ta pas retiré. Il reste enseveli sous les ruines de votre instruction religieuse et de votre innocence. Reprenez Yotre catéchisme, adressez du fond de votre cœur une parole de repentir et de confiance au miséricordieux Sauveur des âmes , et le don revivra avec ce surcroît de puissance qu'il déploie dans le retour des enfants prodigues.
Je crois en Dieu.
D. Au lieu de : Je crois en Dieu , pourquoi ne pas dire : Je crois Dieu , ou Je crois à Dieu?
R. Croire Dieu y croire un Dieu^ c'est croire que Dieu est, et faire un acte de raison. Croire à Dieu^ c'est croire à ce qu41 nous dit, et lui soumettre notre intelligence. Croire en Dieu, c'est sans doute croire que Dieu est, c'est aussi croire à la parole de Dieu et lui faire le sacrifice de notre esprit ; mais c'est de plus lui faire Tabandon de notre cœur, mettre tout notre être à sa disposition et lui dire : Seigneur, qu'y a-t-il au ciel et sur la terre que j'aime autant que vous? Vous êtes mon partage éternel; commandez donc, et vous serez obéi (1)!
Telle est la foi que Jésus-Christ demande à ses disciples ; foi vivifiée, exaltée par Tespérance et la charité; foi qui, ne refusant rien à Dieu et attendant tout de lui, en obtient
(1) Psaume LXn, 25, 26.
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ïes merveilles les plus inespérées; car Dieu entre dans rhomme selon la place que l'homme lui fait en se reniant lui-même. C*est la fol qui transporte les montagnes, et fait plus encore en transportant les hommes de Famour du mal à Tamour du bien. C'est la toute-puissance divine s*incarnant dans les pêcheurs de Nazareth et leur faisant dire : Ce qui noui fait triompher du monde, c'est notre foi (1).
Eh bien ! cette foi victorieuse de l'esprit du monde , qui est constamment tourné du fhdl (2), a toujours été nécessaire , et nous est plus nécessaire que jamais. Ne comprenez-vous pas que tout ce qui nous reste de vertus civilisatrices est un fruit de la foi, et que les passions effrénées qui nous poussent à la barbarie ont été déchaînées et enflammées par le rationalisme hérétique et philosophique ?
D. Oui, les grands dévouements ne peuvent être inspirés et soutenus que par la foi, qui dit : Je n'attends que de Dieu ma récompense.
B. Eh bien ! croyez que la foi n*est pas moins nécessaire aux millions de petits dévouements quotidiens qu'exige la civilisation d'un peuple , et que les vertus les plus communes succombent , dès qu'elles n'ont d'autre appui que le raisonnement philosophique.
Quand Thomme raisonne pour s'autoriser à faire le mal, il est rare qu*il se défle de ses raisonnements, si misérables qu'ils soient. La raison en est que la passion qui les a inspirés les juge parfaits. Mais quand il s'agit de se porter au bien, de remplir un devoir un peu pénible, les plus forts raisonnements sont faibles; le doute, vingt fois renversé, se relève toujours, et tant qu'il est debout, on laisse le bien, on fait le mal ; et quand cela a un peu duré, on fait du mal un bien, un droit, et du bien, du devoir, un mal, une exigence tyrannique. Allez ensuite combattre ces belles théories ; si l'on ne vous jette pas à l'eau , on vous accueillera à coups de sifflet. Un exemple ou deux.
(1) Saint Jeah, Prem, ép,, V, 4.
(2) Ibid., 19.
Voilà une pauvre mère désolée par un nourrisson, qui est le huitième. Elle a assez bien élevé les autres , soutenue qu'elle était par la pensée du Père qui est aiAX deux et de la Mère des douleurs , attachée au pied de la croix. Les raisonnements de l'hérésie et de la philosophie, arrivés jusqu'à elle, en ont fait une àme exempte des préjugés catholiques. Elle use de sa raison, et se demande pourquoi elle épuiserait un misérable reste de vie pour élever un huitième malheureux. Le nourrisson , je le veux , n'est pas étouffé, car la justice y trouverait à redire ; mais il meurt. — La foi vous avait donné une héroïne , le raisonnement en a fait une païenne, un monstre capable de tout.
Voilà un ouvrier, père de famille, jusqu'ici modèle de probité, d'activité, de tempérance, d'économie, parce qu'il croit en Dieu et ne doute pas des promesses de Votivrier de Nazareth. Les libres penseurs lui font déserter la maison de la foi pour les maisons du raisonnement : le club , le cabaret. Il ne chante plus le Credo , mais telle chanson de boue et de sang qui partout retentissait naguère ; celte chanson , il l'apprendra à ses enfants , car c'est la raison pure. Au jour du triomphe de la raison, ce fer, que le crùyant employait à façonner la terre, la pierre, le bois, etc., le raisonneur s'en servira pour expurger le solde tous ceux qui font obstacle au bienheureux règne de la raison pure.
Qu'est-ce que la barbarie? C'est la substitution du raisonnement à la foi.
S ffl.
Je crois en Dieu le Père tout-puissant , Créateur du ciel et
de la terre.
D. Voilà, si je ne me trompe, deux mystères bout à bout: le mystère d'un seul Dieu en trois personnes, et le mystère d'un Dieu qui fait tout de rien.
E. Oui, et je vous conseille de ne pas vous effaroucher,