‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 89 sur 230 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

péché personnel, mais le péché de la nature humaine, dégradée, viciée, corrompue dans son chef Adam. Transmise par le canal mystérieux de la génération, cette nature nous apporte la souillure qu'elle a contractée dans notre premier père. Qu'y a-t-il là qui révolte la raison et qui implique cette absurdité : Pécher avant d'être ?

Sans doute, nous ne comprenons pas comment notre âme, créée hier par Dieu, est souillée par le contact du corps qui nous vient d'Adam. Cela tient à notre parfaite ignorance des mystérieux rapports que Dieu a établis entre notre ûme et notre corps, et entre le premier homme et toute sa descendance. Mais, si cachés qu'ils soient, ces rapports existent et ne peuvent être niés. Notre àme est tyrannisée par le corps, et la vie nous arrive par cette longue chaîne de générations , qui remontent visiblement de nous au premier couple humain. Cela étant, est-il donc si incroyable que, enfants de Yhàmme terrestre {terrassé, collé à la terre par le péché), comme dit saint Paul, nous naissions tous à Vimage de notre père (l)?

Et puis , dites-moi , le fait n'est-il pas là à l'appui du dogme? Le mystère du péché originel ne se déroule -t-il pas toujours sous nos yeux ? Les raisonnettes des libres penseurs l'auraient-ils par hasard aboli ?

D. Loin de là; il se pourrait, comme vous l'avez dit quelque part, qu'un des meilleurs arguments du péché originel, ce fût la conduite de ceux qui le nient.

B. En cela, je n'ai dit que ce que chacun doit voir. Si quelque chose pouvait faire douter du fait de notre corruption native, originelle, ce serait le spectacle des bons, des parfaits chrétiens, qui, formés dès le berceau à Famour de Dieu et des hommes, font de leur vie un tissu de bonnes œuvres. Cependant, interrogez ces anges, vous verrez qu'ils ne conservent pas le moindre doute sur le péché originel et ses tristes suites. Personne mieux qu eux ne comprend, ne

(1) Prem. ép. aux Cortrith., XV, 49. '

sent les deux hommes qui sont en nous, Tbomme que Dieu a créé, Tbomme que le péché a engendré| et la terrible influence que celui-ci exerce sur celui-là. Us confessent d'esprit et de cœur cette malice originelle qu ils ont abolie dans leurs œuvres, tandis que les incrédules démontrent à tous par leurs œuvres ce qu'ils nient dans leurs paroles. Admettons des exceptions tant que vous voudrez, mais ne reconnaissez-vous pas la masse à ce portrait tracé par un grand maître : Ils sont corrompus, abominables dans leurs convoitises... Leur gosier est un sépulcre ouvert, leur langue un instrument de mensonge, leurs lèvres distillent le venin de V aspic ; la malédiclion et la haine s'exhalent de leur bouche ; leurs pieds sont des ailes quand il s'agit d'aller répandre le sang..,; et ils ne flattent le peuple que pour le dévorer comme une bouchée de pain (1) !

Quant à l'autre objection : « Périr tous par la faute d'un seul , quelle iniquité ! m sa solution exige des développements que j'ai donnés ailleurs et que je ne peux reproduire ici (2). Une seule réflexion.

La solidarité humaine, dont les libres penseurs nous parlent beaucoup sans savoir ce que cest, n'est pas un vain ipot : c'est la loi constitutive de Yhumanité (unité des humains). S'il existe une telle solidarité entre une nation et ^on chef politique , que celui-ci puisse, en telles circonstances, la sauver ou la perdre, le Créateur n'aurait-il pas pu, sans blesser la justice, établir une solidarité bien plus étroite entre Adam et cette famille humaine dont il était le chef naturel, le chef religieux et politique? Et cette solidarité une fois admise, le chef pouvait-il tomber sans que la. chute de la famille ne s'ensuivît? — Pour le philosoph sérieux, la question est toute en ceci : Dieu avait-il le droi de faire de tous les individus humains une seule famille, a risque de les voir se corrompre, s'égarer les uns les autre

(1) Psaume XUT, i-4.

(2) V. Science de la vie, 1. 1, leçon» xxm-xxyi .

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