HISTOIRE
APERÇU GENERAL
Dans la première partie de notre étude sur le Droit familial, nous avons cherché et indiqué les principes qui devraient le régir aux yeux de la raison.
En abordant son développement historique, chez les grands peuples répandus sur le globe, nous aurons à constater que l'immobilité absolue n'est nulle part, mais que le progrès est lent au sein d'une humanité, toujours déchue et toujours guérissable.
Ainsi, dans les temps antiques, la famille connaît le règne de la force, avant de connaître les règles du droit. Un anathème semble peser sur elle, celui que nous trouvons dans la Bible, lorsque Dieu dit à la femme tombée : Sub viri potestate eris et ipse dominabitur lui (1). La servitude qui la frappe
(1) Gen., ch. III, verset xvn.
s'étend à l'enfant, à l'esclave, au serf, à tous les êtres faibles, qui sont constamment sacrifiés.
Mais, à dater de V avènement du Christ, un soufte libérateur s'élève : le droit lutte peu à peu contre la force : il aura le triomphe définitif, après de douloureuses étapes, après avoir connu à la fois le recul, le temps d'arrêt et le progrès.
LA JUDEE
La première nation qui frappe les regards dans le monde antique, celle dont l'histoire est écrite avec le plus de précision, c'est la nation hébraïque.
Abraham est son grand patriarche, et ce nom sacré sera sans cesse invoqué par elle. Quand, après des exodes successifs, elle s' arrêtera sur la terre de Chanaan, pour devenir un peuple sédentaire, elle n'oubliera ni les exemples, ni les traditions d'Isaac, de Jacob et de Joseph, ces premiers descendants du fondateur.
Moïse, son grand, son unique législateur, qui parlera en quittant la montagne du Sinaï, résumera toutes les coutumes des Patriarches, et formulera les prescriptions qui en découlent.
Tout d'abord, s'affirmera la puissance absolue et incontestée du chef de famille sur la femme et les enfants, et cette puissance a un objectif : multiplier la race qui doit être nombreuse comme les sables du désert et les étoiles du ciel.
Abraham n'a qu'une femme, Sarah; mais elle était stérile avant la naissance d'Isaac, et ellemême met sa servante Agar dans la couche du Patriarche afin d'avoir une postérité.
Abraham veut marier son fils Isaac : il fait demander Rébecca par Eliézer, son fidèle serviteur, porteur de présents pour le père de la jeune fille. L'acceptation des présents est le signe du contrat passé entre les deux Patriarches et on ne s'occupe point du consentement des futurs époux.
Isaac n'aura qu'une seule femme, Rébecca. La bénédiction paternelle, surprise par une supercherie de Rébecca, fait passer à Jacob le privilège de primogéniture qu'Esaû pouvait réclamer. Jacob a travaillé sept ans chez Laban pour obtenir Rachel : Laban a mis dans sa couche Lia. Jacob travaillera sept ans encore avant d'avoir Rachel.
Les deux épouses, pour multiplier leur postérité, mettront au lit de Jacob Zelpha et Bala, leurs servantes, qui deviennent, comme Agar, les femmes du second rang.
Jacob, au moment de mourir, enlève le droit de primogéniture à Ruben qui a outragé le Patriarche en ayant des relations avec Bala, la seconde femme donnée par Rachel. Il transfère à Juda, son quatrième fils, le droit d'aînesse, fait à son fils Joseph un préciput, met sur le même rang que ses autres fils Manassé et Ephraïm, les deux enfants de Joseph, et il veut que, dans l'avenir, Ephraïm, le plus jeune, ait le privilège de primogéniture.
Sous cette autorité des Patriarches, les Hébreux se multiplieront ; une nombreuse postérité est le
signe des bénédictions du ciel. La femme stérile stî croit déshonorée.
On connaît l'histoire de Thamar : elle a épousé successivement les deux fils de Juda et ceux-ci l'ont outrageusement délaissée, enclins qu'ils sont à des vices contre nature. Thamar n'hésite pas : elle se déguise en courtisane, pour tromper Juda sur son identité, et elle a de lui deux enfants, Phares et Zara. L'âpre désir de ne point rester stérile excusera presque l'inceste, et Phares, malgré la souillure qui précède sa naissance, sera l'ancêtre, en ligne directe, de Joseph, l'époux de Marie, la mère du Sauveur.
Le mari seul a le droit de répudiation ; la femme adultère est lapidée. Moïse exigera seulement que l'adultère soit affirmé et prouvé devant le juge, et il voudra que le complice de la femme coupable subisse la même peine.
Moïse défend surtout [aux Hébreux d'épouser des étrangères et de marier leurs filles à des étrangers. Pour le grand-prêtre, la règle est plus sévère ; il ne doit épouser qu'une vierge, et une vierge de son pays.
Cherchant toujours à adoucir les dures coutumes de ce peuple qu'on nommera le peuple de Dieu, Moïse ordonne que l'homme, qui abuse d'une vierge, sera contraint de l'épouser et de payer au père cinquante sicles d'argent. Si la vierge n'a pas été séduite, mais violée lorsqu'elle était déjà fiancée à un autre, le coupable sera lapidé.
L'esclavage existait chez les Hébreux, pour tous les prisonniers de guerre : telle était la loi des peuples antiques. Mais Moïse prend pitié des captives : celui auquel une femme revient dans le partage du butin, aura le choix, dit- il, entre deux partis : ou il l'épousera, ou il la renverra libre ; il lui est interdit de la vendre.
Chez les Hébreux, la veuve épousait souvent le frère du premier mari décédé ; elle donnait ainsi des enfants à ce dernier.
Le père avantageait les fils, et surtout l'aîné, mais la fille restait encore héritière, sous la condition d'épouser un homme de sa tribu.
Après Moïse, lorsque les Rois succèdent aux juges, les chefs qui montent sur le trône ont de nombreuses épouses dans leur palais. Salomon est le grand Roi populaire: c'est lui qui fait bâtir le temple ; on l'appelle Salomon le Sage et Salomon le Grand : il reçoit pendant un an la Reine de Saba, à laquelle il donne des fêtes splendides ; après son départ, la Reine lui envoie le fils qu'elle a eu de lui, et Salomon le fait élever dans le temple. Le grief que les Anciens relèvent contre le Grand Roi, ce sera moins la pluralité des femmes, que le fait d'avoir admis, dans sa couche, les filles des races étrangères.
La législation familiale, dont Moïse a tempéré les rigueurs, sera gardée avec un immuable respect par les Hébreux, devenus le peuple juif. Ils la conservent sur les bords de l'Euphrate, pendant leurs
soixante- dix ans de captivité sous les Rois assyriens. Ils l'ont encore, lorsque le Christ apparaît pour changer la face du monde, et on peut dire qu'elle fut, dans la vieille Asie, berceau du genre humain, le droit le plus élevé des races orientales.