‹ La philosophie du droit (volume 3)Chapitre 23 sur 37 · L INDE · texte numérisé non relu

L INDE

L'Inde, qui compte, aujourd'hui, 300 millions d'habitants, fut toujours la contrée la plus peuplée de l'Orient. Dans ces vallées que traversent les grands fleuves, là, où la végétation est luxuriante, au bas des hautes montagnes, les femmes sont plus nombreuses que les hommes; elles y sont aussi les êtres sacrifiés.

L'Indien peut avoir plusieurs femmes. La loi de Manou l'autorise toujours à remplacer la femme stérile, ou celle qui ne lui donne que des filles.

Il est déshonoré, s'il n'a pas d'enfant mâle, au jour de ses funérailles, et le Ciel lui est fermé.

Une semblable croyance laisse assez voir, à elle seule, ce que doit être la législation familiale.

Le père a sur ses enfants une puissance absolue. Il mariera ou fiancera sa fille, sans le consentement de celle-ci.

Quand le père décède, sa puissance passe à son fils d'abord, puis, à défaut de fils, au parent le plus proche par les mâles, c'est-à-dire à l'agnat.

Au décès du mari, une coutume séculaire obligeait la femme que ce dernier avait distinguée dans

son sérail, à monter sur un bûcher, dressé au lieu de la sépulture. Elle était brûlée vive et suivait ainsi le maître dans une autre vie. La femme, qui aurait refusé de monter au bûcher, restait déshonorée.

Le second mariage était à peu près impossible pour une veuve, et la situation ne s'est pas sensiblement modifiée, puisqu'à une date qui n'est point ancienne, on comptait dans l'Inde 930.000 veuves, dont 670.000 avaient moins de dix- neuf ans.

La religion brahmanique n'eut aucune influence, pour adoucir la servitude de la femme. On croit, généralement, que les Brahmes, représentants officiels du culte de Brahma, favorisaient le maintien de la coutume barbare, au nom de laquelle la veuve montait sur le bûcher, et qu'ils donnaient au supplice une sorte de caractère religieux. La victime mourait, parée de ses plus beaux bijoux, que le feu ne consumait point, et le brahme, après la cérémonie, les recueillait dans les cendres refroidies.

Aujourd'hui, les Anglais régnent en souverains dans l'Inde ; ils ont fait de ce vaste pays la pierre d'assise de leur puissance coloniale et maritime, surtout depuis que Disraeli y fit proclamer Impératrice la Reine d'Angleterre. Naturellement ils durent réagir lentement contre les antiques coutumes et interdire les funérailles barbares, dont nous venons de parler. Plus tard une loi importante, de 1891, défendit au père de marier sa fille avant l'époque de la nubilité. Interprétant large-

ment cette loi protectrice, les missionnaires européens enseignent aujourd'hui, aux bords du Gange, qu'il faut le consentement de l'épouse pour la validité du mariage que veut le chef de famille.

A côté des Indiens proprement dits, qui suivent la religion de Brahma, se placent les Musulmans, solidement établis dans l'Inde depuis des invasions séculaires : leur chiffre dépasse aujourd'hui 60 millions ; ils vivent à côté de l'Indien, sans le pénétrer et sans se l'assimiler. Là, comme ailleurs, la loi musulmane, édictée par le Coran, et consacrée par la coutume, fait soit à la femme, soit à l'enfant, à peu près la même situation que celle autorisée par la loi de Manou. Le Musulman riche a des femmes nombreuses, et, plus défiant que l'Indien, il impose à toutes la claustration du harem.

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