‹ La philosophie du droit (volume 3)Chapitre 25 sur 37 · LE JAPON · texte numérisé non relu

LE JAPON

Voisin de la Chine, le Japon ne l'a point copiée : hier, il était son ennemi : il sera peut-être son allié demain : dans tous les cas, le Japonais croit à sa prééminence, et se dit, avec orgueil, l'Anglo- Saxon du monde oriental.

Son antique organisation de la famille se rapproche, sur plus d'un point, des règles tracées par le vieux droit européen, dont nous parlerons tout à l'heure.

Comme à Rome, on y distingue deux mariages : les justes noces et le concubinat.

Dans les justes noces, le mari n'a qu'une et unique épouse; dans le concubinat, il a autant de femmes qu'il en peut nourrir.

Epouse ou concubine, la femme est sous l'autorité absolue de l'époux, sub manu mariti.

Comme à Rome, on a recours au contrat d'adoption, pour rendre la famille plus forte et plus nombreuse. Le père adoptif a les mêmes droits et les mêmes prérogatives, que le père qui a engendré.

Les enfants adoptif s et les enfants nés de justes noces ou du concubinat restent, au début, sous

l'autorité absolue du chef de famille. Mais lentement les mœurs ont adouci les lois : sous l'influence des missionnaires, puis, au contact des commerçants et des colons européens, le père a perdu le droit de vendre ses enfants et de les faire tomber ainsi au rang des esclaves.

Jusqu'au milieu du xixe siècle, les Japonais avaient une organisation militaire et féodale, et, comme les lois politiques ont toujours avec les lois familiales un lien fort intime, leur Code civil actuel garde encore, comme un double legs du passé, le privilège de masculinité et le privilège du droit d'aînesse. Le premier s'atténue graduellement, le second se maintient.

Des lois nouvelles limitent l'exercice de la puissance conjugale et de la puissance paternelle.

Le concubinat subsiste encore, comme union légale, à côté des justes noces ; mais on constate que le nombre des épouses de second rang diminue sensiblement, à mesure que le Japon s'assimile les idées européennes. Dans les familles opulentes on ne compte qu'une concubine, de même qu'on ne compte qu'une seule épouse ; et c'est sous cette forme adoucie, que règne encore la polygamie.

En dehors des deux formes légales du mariage, les justes noces et le concubinat, les unions passagères, les unions sans lendemain sont fréquentes : les mœurs restent relâchées.

Page 1