AUTRES PEUPLES ASIATIQUES
Plus au centre de l'Asie, la Tartarie, avant d'être pénétrée et à demi- civilisée par les Russes, connaissait aussi cette famille primitive, où le mari et le père sont à la fois des maîtres et des juges.
Une coutume bizarre s'y pratiqua longtemps : un Tartare voulait- il s'adjoindre une compagne, il la demandait au père. Ce dernier agréait-il le prétendant, la jeune fille partait la première achevai. Si le prétendant, monté comme elle, mais partant le dernier, l'atteignait dans la course, il avait conquis sa femme : c'était l'enlèvement au moins simulé. S'il avait plu à la jeune fille, celle-ci ralentissait sa marche ; s'il lui déplaisait, elle pouvait toujours échapper par la fuite. La coutume tartare était déjà en progrès : elle laissait à la jeune fille la faculté du refus ou de l'acceptation.
Le mari payait au père une somme d'argent ou lui livrait quelques objets en nature pour terminer le contrat.
En Tartarie, la polygamie était la loi générale pour tous ceux qui avaient quelque bien ; mais la première femme conquise ou achetée avait le pas
sur toutes les autres ; c'est pour elle qu'engendraient les secondes épouses, ainsi que l'avait fait Agar pour Sarah, Bala pour Rachel, Zelpha pour Lia, sous lés tentes des Patriarches.
Plus humains que les Chinois, les Tartares ne permettaient pas au père de vendre ses enfants.
Toujours en Asie, mais dans des contrées qui se rapprochent davantage de la vieille Europe, les Assyriens et les Mèdes, peuples aujourd'hui disparus, ne connaissaient guère que la force : la force était le droit. Le Roi régnait en maître absolu, et il laissait les chefs de clans et les chefs de familles agir, chez eux, avec la même autorité.
Les anciens Perses, qui combattirent la Grèce, pratiquaient, à peu près, ce même droit mal défini.
Chez les Perses d'aujourd'hui, qui ont succédé à ces nations éteintes, la civilisation moderne peut pénétrer sous ses formes industrielles, mais elle ne trouve, dans un peuple amolli, que des traces indélébiles de dégénérescence. Là, règne la polygamie : l'union incestueuse du frère et de la sœur est permise, en- vertu d'une tradition séculaire. Avec de telles mœurs, une nation marche à la ruine et à la mort, si elle ne trouve pas, pour s'arrêter sur la pente, un point d'appui. Ce point d'appui, la Perse ne l'a cherché jusqu'à ce jour que dans l'Islamisme, et nous verrons plus tard, dans une autre étude sur les points d'appui du Droit, que la reli-
gion de Mahomet n'est pas seulement insuffisante, mais qu'elle est souverainement inefficace.
Nous ne saurions quitter l'Orient sans parler de ces contrées et de ces îles auxquelles on a donné le nom général d'Océanie.
Là où domine l'élément polynésien, les esclaves, la femme et l'enfant sont traités, dit-on,^un peu moins durement qu'aux Nouvelles- Hébrides. Mais partout la polygamie est la règle : le mari a beaucoup de femmes quand il est riche, il en a moins quand sa fortune décroît. Lorsqu'il meurt, le fils garde, sur les veuves du père, une autorité absolue.
Sur beaucoup de points, au décès d'un grand chef, on étrangle sur sa tombe une de ses femmes, qui doit aller le servir dans un autre monde. Cette barbare coutume sera lente à disparaître.