LA CHASTETE
Le premier renoncement imposé par l'Eglise à ses clercs est le détachement de la famille : ils n'en connaîtront jamais ni les joies ni les charges. Sur ce point ils imitent le Christ, dont ils doivent propager la doctrine.
Le Sauveur, qui est leur modèle, est né d'une vierge et reste vierge, pendant tout le temps de sa vie mortelle.
Son apôtre préféré, celui dont la tête repose sur la poitrine du Christ, pendant la mémorable soirée de la Cène est, lui, aussi, l'apôtre vierge. A ce titre, il sera entouré par ses frères dans l'apostolat d'un respect unique et mystérieux et ceux qui le verront atteindre sa centième année, croiront que ce disciple privilégié, qui n'a pas connu la femme, ne doit pas mourir, échappant ainsi à la loi commune.
Pour suivre le Christ, avant même que leur mission ne commence, tous les apôtres abandonneront, non pas seulement leurs filets et leurs barques, mais leurs foyers et leurs femmes.
Sans nul doute, le célibat, dans les conditions que nous avons précédemment exposées, favorise singulièrement la mission de ceux qui vont être les coopérateurs du Christ, et répandre partout l'Evangile,
or, en même temps qu'ils suivent une voie plus parfaite, que la voie commune, la monogamie se propage, la dignité du mariage se relève, et les vierges sont entourées d'un pieux respect. Un lien mystérieux s'est établi entre le renoncement du clerc et d'autres renoncements d'ordre moins élevé, imposés dès lors à tous les fidèles : la chasteté absolue du prêtre fit la chasteté relative de ceux qui devaient suivre la voie commune. Cette relation intime entre la vertu des uns et la vertu des autres apparaît très sensible, et au sein de la corruption romaine, et au milieu des peuples barbares, qui envahissent l'Empire.
Dans les temps plus modernes, nos missionnaires n'ont d'action dans leur apostolat en terre infidèle qu'en raison du prestige que leur donne le célibat : ils moralisent les sauvages dans la mesure où ils suivent pour eux-mème une règle plus parfaite.
Dans nos sociétés européennes, combien l'influence du prêtre catholique, seul dans sa demeure, est supérieure à celle du pope russe ou du clergyman protestant, qui ont les charges de la famille, et les préoccupations légitimes, mais égoïstes, qu'elle entraine nécessairement !