LE RENOUVELLEMENT DU LANGAGE
Quelle que soit sa rapidité, l'évolution se manifeste partout, et il n'est au pouvoir d'aucune volonté individuelle ou collective de l'enrayer. On avait cru jadis qu'une langue, comme l'orthographe qui la transcrit, pouvait se fixer par la littérature. Il n'y a pas longtemps encore que grammairiens et critiques s'accordaient pour déclarer que la langue française avait été fixée au xvn« siècle par les écrivains classiques. Rien n'est plus faux, comm« l'a montré M. Meillet, à la suite de M. Ferdinand Brunot : « Dans quelle mesure parlait-on, hors la Cour et hors Paris, la langue qui se fixait ainsi? il n'y a suère eu de réaction expresse, mais quelle était la réaction passive? — Les formes, en apparence, ne changeaient pas ; en réalité il s'opérait alors une transformation radicale : c'est le moment où les désinences s'amuïssent ou se réduisent à très peu de chose, où les pronoms, les articles, les particules font de plus en plus corps avec le verbe, où, en un mot, le français cesse tout à fait d'être une langue du type latin, à suffixation, pour devenir la langue à préfixation qu'il est aujourd'hui dans la réalité... C'est au moment où la langue écrite change le moins et se fixe le plus que se réalise la plus grave des révolutions» *.
On avait confondu, en réalité, la fixité de la langue uvec son unité, et on avait cru qu'il était impossible