LE RENOLVELLEMEM DU LANGAGE
enfants, qui, par l'abus des dictées, apprennent l'orthographe bien plus que la langue ; obstacle à l'expansion de la langue, dont les difficultés pour les étrangers sont, de ce fait, singulièrement augmentées.
La question de la réforme orthographique, qui fut déjà soulevée dans l'antiquité, se pose à l'heure actuelle, avec plus ou moins d'acuité, dans la plupart des nations. L'Allemagne a effectué une réforme, voici un quart de siècle, et, plus récomment, la Norvège et le Brésil. Le Parlement hollandais a été saisi de la question, qui a été agitée aussi en Angleterre et plus encore aux États-Unis : M. Roosevelt avait défendu un projet de réforme qui n'a pas abouti. En France, la simplification orthographique a soulevé de vives polémiques pendant ces dernières années!.
Pour heurter le moins possible les habitudes, pour apporter chaque fois peu de changements et ne pas rompre la tradition, la réforme orthographique doit s'opérer périodiquement, à intervalles plus ou moins éloignés, suivant la rapidité d'évolution que présente la langue — plus souvent, par exemple, pour le français que pour l'italien dont le développement phonétique est très lent. C'est le principe dont s'est inspirée l'Académie française, en apportant des changements orthographiques très importants* à chaque édition de son Dictionnaire, et, depuis 1878. en approuvant le principe du projet Gréard et
J. Pour l'historique de la question en France, on pourra se reporter à mon volume La langue française cV aujourd'hui (2* partie, ch. II}.
en acceptant un certain nombre de modifications en 1906. C'est une question de degré et de mesure.
Dans l'évolution du langage, qui fera l'objet du livre suivant, il faut envisager tour à tour l'histoire interne et l'histoire externe des langues.
La première a paru jusqu'à ce jour la plus importante. C'est ici que s'encadrent les phénomènes les plus nombreux et les plus précis, susceptibles d'une connaissance rigoureusement scientifique. Plusieurs classifications sont possibles. Celle qui est préconisée par M. Meillet et qui semble préférable, distingue deux grandes catégories : les évolutions spontanées et les formations externes. Dans la première rentrent les changements phonétiques et sémantiques; dans la seconde, les emprunts aux langues étrangères et les créations savantes.
On pourrait aussi étudier successivement et isolément les évolutions des sons et des sens — puis des mots, enfin des phrases (combinaisons syntaxiques).
Il est utile de distinguer, parmi les évolutions, les formations purement collectives et celles d'origine individuelle. Dans la classification proposée, on va du général au particulier — l'initiative individuelle étant nulle pour les transformations des sons, et atteignant son maximum avec la création des mots savants.
La même progression conduit des phénomènes les plus inconscients à ceux qui offrent le maximum