Pour l'ellipse, voir ci-dessous p
2. Cf. Cohen, Vargot de Polytechnique (Mémoires de la Société de linguistique, 1908).
contraire beaucoup moins souples à cet égard, surtout à l'époque actuelle, et nous sommes choqués en français par des combinaisons comme « le soc briseguérets », « le Dieu darde-tonnerre » ou « le pâtre promontoire», «l'immensité fantôme», qu'elles soient sous la plume de Du Bartas ou de Victor Hugo.
Les composés par juxtaposition sont formés en général d'un substantif et de son adjectif épithète, d'un nom (ou d'un verbe) et de son complément. La disposition de leurs éléments est naturellement conforme aux lois syntaxiques de l'âge qui vit leur formation. Chauve-sou7'is remonte à une époque où cet adjectif précédait le nom, tandis que les patois qui ont créé plus tard le mot ont dit « souris chauve ». Mardi (it. martedi)^=^ martis-dies (et les jours analogues de la semaine) furent formés en latin vulgaire quand le complément déterminatifs'exprimaità l'aide du génitif précédantgénéralement le nom; le provençal dimartz=^ dies-martis est d'une période postérieure. Au moyen âge, la même construction se traduit par la simple juxtaposition des deux noms (le second étant au cas-régime) : V Hôtel-Dieu date de ce moment. Aujourd'hui que la préposition de i-emplit le même rôle, nous avoirs des composés de la forme « belle-de-nuit », « sabot de la Vierge », «porteur d'eau », etc.
Dans les composés germaniques, le complément précède le mot qu'il détermine : de wasser = eau. et trœger^= porteur, on forme ?msser/r^^er-= porteur d'eau. De même pour l'adjectif épithète. Dans le style administratif allemand, et surtout suisse-allemand, et en flamand plus encore, on arrive à des com-
binaisons comme Kantonal-poUzei-direktio7i= Du ection de la police cantonale.
Toute différente de la précédente, la composition par préfixe se rapproche au contraire de la dérivation. La particule qui s'ajoute pour modifier le sens du mot, s'agrège seulement au début — et non à la fin. Si les préfixes ont eu tous à l'origine une existence indépendante, beaucoup — comme les suffixes — ne vivent plus en dehors des mots qu'ils forment : ainsi con- (corn-) en français (lat. cum), ge en allemand, etc. Le préfixe peut s'adjoindre simultanément au suffixe : c'est la composition parasynthétique, du modèle de em-barqu-er .
La dérivation est un procédé de formation plus intime et plus délicat : le suffixe ne s'accole pas brutalement au mot, il se substitue à sa terminaison, pénètre plus profondément le terme qu'il modifie, et se soude à sa racine. Les suffixes ont pu avoir à l'origine une vitalité propre ; mais dès qu'elles servent à la dérivation, ces particules perdent leur indépendance et cessent de jouer tout autre rôle. La dérivation est la grande richesse des langues romanes. 11 suffit de rappeler tout le parti qu'en ont tiré, dans un style propice à la fantaisie, Rabelais et l'auteur de Chantecler.
Un même suffixe comme un même préfixe est d'ailleurs appelé à exprimer des idées assez variées, suivant les influences analogiques, suivant les hasards de la vie sociale, grâce auxquels telle forme accapare tel sens plutôt que tel autre par droit du premier occupant. Une épicière est une marchande (d'épices, à l'origine), tandis qu'une souricière n'est
pas une vendeuse de souris : si l'on avait fait commerce de souris avant de vendre des pièges pour les capturer, il est à présumer que le sens du mot serait tout autre. Le suffixe -ter, -iére sert à désigner les noms d'ouvriers (de métiers) formés par un substantif, surtout au féminin : giletière, culoilière, plumassière, etc.; on ne dit cependant pas bonbonnière, parce que ce terme avait été déjà pris par la langue avec un autre sens : on recourut donc à un suffixe voisin -euse (qui forme des noms analogues avec les verbes : briinisseuse, blanchisseuse...) et on fit bonbonneiiseK Dans aucune langue un suffixe n'a et ne peut avoir un champ d'action rigoureusement déterminé.
Certains suffixes furent à l'origine des mots indépendants, comme les suffixes français -awrf et -ard qui remontent respectivement au germanique wald (bois) et hai^d (dur), — mots qui se trouvent fréquemment à la finale des noms propres, d'où ils ont passé aux noms communs.
Mais les langues renouvellent surtout leurs suffixes par le procédé du renforcement, réparant ainsi l'affaiblissement, la contraction progressive provoquée parle jeu des lois' phonétiques. Le français a ainsi transformé le suffixe -ie en -ei'ie, et d'après boucher-ie, boulanger-ie, où la syllabe er faisait partie du radical du mot {boucher, boulanger), on a créé geyidarm-erie (gendarme), tandis que plus récemment la langue populaire reforme à son iouTinairerie, phar^ mac-erie.