‹ La philosophie du langageChapitre 31 sur 106 · Ouvrière qui fabrique les bonbons (terme technique · texte numérisé non relu

Ouvrière qui fabrique les bonbons (terme technique

L'argot a donné à ce procédé une extension considérable. Il a renforcé les suffixes in en p?^i (d'après la' série damp-in, calep-in, galop-in)\ ot {aud) en' got (gaud) (d'après ^/^-o^, salig-aud, rag-ot, nig-aud, etc.), ochc en boche, uche en muche, etc. Deux mots, voire un seul, suffisent parfois pour déclancher un suffixe, qui provigne aussitôt avec une grande rapidité.

Non seulement un suffixe peut s'adjoindre à la racine d'un mot simple, mais il est susceptible aussi de se substituer à un autre suffixe ou à une finale tout entière, le terme étant amputé, à l'occasion, d'une portion même de son radical. L'argot opère ces substitutions avec une telle brutalité qu'on les a appelées parfois, chez lui, déformation de la finale : en réalité, le passage d'Auvergnat à Auverpin, d'Allemand à Allebochej de fantassin à fantaboche, d' Italien à Italgo, etc., est analogue, sur une plus grande échelle, au phénomène qui a fait osciller le latin vulgaire, pour désigner « parrain », entre patr-anus, patr-inus, et patr-enus i, — qui a remplacé, en français, chambellenc par chambellan, saumuire par saumure, sanglout par sanglot, siroter pour siroper, etc.

La dérivation, comme la composition, permet d'établir la chronologie des formes, mais à l'aide, cette fois, de réactifs phonétiques : l'altération du c suffit à prouver que pourceau, porcher — en face de porc — ont été créés en latin et remontent directement à porcellus, porcarius; levreau a été tiré de lièvre

1. Le premier est l'ancêtre du français parrain, le second du provençal pairi{n), le troisième de l'auvergnat pouire.

avant la diphtongaison de e tonique en ie (c'est-à-dire remonte à un type du latin vulgaire leporellus), tandis que fiévreux est postérieur à ce même phénomène, l'adjectif ayant été formé d'après fièvre et non d'après le latin febris.

La dérivation des noms composés se heurte à certains obstacles et ne va pas sans quelque gêne tant que la valeur des éléments composants est perçue. Les langues germaniques n'y ont guère recours. Le français lui-même affectionne peu ce procédé de dérivation, et M. Antoine Thomas a pu dresser le bilan de la langue classique et ancienne en quelques colonnes^. Toutefois, les nécessités de la vie moderne multiplient ces formations. Généralement le composé forme dérivation, comme un mot simple, par la finale de son dernier terme : fainéantise (on ie sens de la composition est perdu), verlde-grisé (où il est conservé), et des néologismes comme demi-mondaine, grève-généraliste, etc. Mais parfois le suffixe affecte le premier élément. Le second peut subsister, si c'est un adjectif (conseiller général, de « conseil général » ) ; il disparaît, au contraire, si c'est le complément d'un nom : de « chemin de fer » on a formé récemment cheminot^ aidé sans doute par l'ellipse « chemin », courante notamment en langage de Bourse. Il a fallu à la langue plus d'un demi-siècle pour trouver ce dérivé.

Le provençal et l'italien traitent les composés avec plus de désinvolture, et en tirent des dérivés, comme des mots simples, dès qu'ils sont acclimatés

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